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Fahrenheit 451

  • Tous les conspirateurs – Christopher Isherwood

    isherwood.jpgPhilip est un jeune employé de bureau durant l'entre-deux guerres qui rêve de se consacrer à l'écriture et à la peinture. Démissionnaire, cet orphelin de père, issu d'une famille de la bourgeoisie, doit faire face à l'influence d'une mère très présente qui rêve d'un avenir plus conventionnel et stable pour lui. Comment échapper aux pressions de son milieu social pour ce jeune homme, plutôt faible et malheureux de sa situation présente ? Le mieux ne serait-il pas de suivre la voie sage entrevue par sa mère, par un des amis de la famille, et se conformer à un être social parfaitement symbolisé par un de ses amis, Victor, qui s'éprend de sa sœur ? Philip préférerait tellement pencher plutôt du côté de son autre ami Allen, anti-conventionnel et débauché notoire qui n'a pas vraiment les faveurs de sa famille.

    Dans la perspective d'un pastiche de roman victorien, tous les conspirateurs peut sans doute être considéré comme réussi. Difficile pourtant de l'apprécier tellement il paraît daté et se montre relativement peu intéressant. Il y a bien la relation toxique entre le personnage principal et sa mère, la mise en scène d'un univers engoncé dan ses conventions et la présence palpable d'un fort contrôle social., mais que tout cela est ennuyeux ! On a lu ailleurs, en plus intéressant et plus captivant ce qui est le sujet central du livre, c'est à dire l'ambition d'artiste d'un jeune homme contrarié par son milieu social et sa capacité à l'assumer. Dans tous les conspirateurs, il faut supporter la mise en scène de ces grands-bourgeois, de leurs dialogues insipides et de leur univers compassé sans aucune touche d'humour ou d'authenticité. On peut néanmoins reconnaître que Christopher Isherwood restitue sans doute ainsi parfaitement l'univers victorien. Ce qui n'empêche pas de lui reprocher de l'alourdir à laide d'une écriture qui m'a laissé circonspect.

    Christopher Isherwood n'aide pas le lecteur à pénétrer son récit et à s'attacher aux personnages ou à se projeter sur leurs enjeux en multipliant des ellipses. Le récit manque ainsi de fluidité et de clarté, d'autant plus que l'écrivain britannique opère une sorte de fusion entre les conversations et les monologues intérieurs, n'hésitant pas à entremêler passé et présent. Son style potentiellement novateur à l'époque se télescope ainsi avec la mise en œuvre du roman victorien pour le rendre quelque peu abscons au début, puis insupportable par moments, sachant qu'il n'est pas non plus aidé par un dénouement qui a un faux côté « Hollywood ending »...

    Peut-être essaierai-je plus tard l'Adieu à Berlin mais là, je suis plutôt déçu.

    Passé à côté.

     

  • Ce qu'on peut lire dans l'air – Dinaw Mengetsu

    dinaw.jpgAprès les belles choses que porte le ciel, Dinaw Mengetsu revient avec un second roman au titre tout aussi aérien et légèrement kitsch. Un roman double dans sa construction et dans ses thèmes. L'écrivain américain d'origine éthiopienne raconte dans ce livre le naufrage de deux mariages en même temps qu'il revient sur le sentiment d'exil et de la différence qui concerne l'ensemble de ses principaux protagonistes.

    Nous suivons donc d'un côté, Yosef et Mariam, les parents du narrateur Jonas, deux immigrés éthiopiens en terre américaine qui n'ont pu se rejoindre qu'à trois ans d'intervalle. Le roman revient sur un épisode charnière de leur histoire, une sorte de voyage de lune de miel et de retrouvailles qui permet de raconter un peu de leur histoire et de révéler les drames à l'oeuvre dans leur couple. De l'autre côté, le narrateur livre l'histoire du couple qu'il a formé avec sa femme Angela, en décortiquant leur parcours depuis leur rencontre jusqu'à leur séparation définitive.

    Les deux histoires sont alternées à un rythme régulier et Jonas, leur dénominateur commun les scrute à distance, avec un recul analytique qui lui permet de faire un bilan qui ne dit pas vraiment son nom. La conduite parallèle des deux récits n'exclut pas des ponts et des passerelles qui ne sont pas que thématiques. Les parents de Jonas sont bien présents dans le récit du mariage de ce dernier même s'ils ne sont pas au premier plan et même s'ils sont à distance de l’événement qui est au cœur de l'autre récit du livre qui les concerne directement.

    Dinaw Mengetsu arrive à faire passer tout au long du livre, la mélancolie qui habite Jonas et qui donne lieu à des passages d'une certaine poésie et d'une grande justesse. Ce narrateur est un personnage réussi, une sorte de promeneur de l'existence, un peu en marge, des autres et même de sa propre vie, détaché, un peu lâche aussi, se laissant porter tout en essayant de se tenir à distance du conflit et de la peine. Dinaw Mengetsu se donne également la peine de donner chair et de développer la psychologie de a femme Angela et les deux parents Yosef et Mariam. Il dessine ainsi des êtres plutôt fascinants, aux trajectoires et aux ressorts complexes qui ne laissent pas indifférents. Beaucoup de souffrances qui sont décrites avec finesse et sensibilité.

    Une autre force du roman est le talent pour dévider de manière particulièrement juste et remarquable le fil d'un mariage qui se délite. Avec minutie, Dinaw Mengetsu décrit l'effondrement de leur couple face à des ambitions et des besoins différents. Il ne cesse de revenir aux blessures intimes de Jonas et d'Angela qui minent leur union jusqu'à l'implosion. Le mal est profond et est à aller chercher du côté de leurs enfances et de leurs parents. Avec une langue simple, Jonas parle ainsi de la condition noire aux Etats-Unis, du rapport des autres à la différence, des difficultés économiques des classes sociales pauvres. Il raconte évidemment l'exil et ses chausses-trappes, notamment à travers le destin en partie fantasmé de Yosef, mais aborde aussi la violence conjugale que subit Mariam et qui est à l'origine de la faillite de sa famille.

    Le roman de Dinaw Mengetsu aurait pu être ainsi une belle réussite s'il ne souffrait pas d'un manque de souffle qui fait que parfois il se traîne un peu et qui relativise l'impression d'ensemble. Le livre souffre effectivement de certaines longueurs. Plus particulièrement en ce qui concerne le récit de Yosef et Mariam qui est finalement bien trop étiré alors qu'il est plus concentré sur une courte période et sur un événement central par rapport au récit de Jonas et Angela. Cette dichotomie est préjudiciable au roman. De manière plus générale, le récit de Yosef et Mariam, en arrière-plan laisse parfois un peu sur sa faim, surtout que certains de ses ressorts sont plutôt exploités dans l'histoire de Jonas et Angela. Lors de certains passages un peu longuets, certaines qualités du livre, notamment sa tonalité mélancolique et la distance analytique de Jonas, jouent contre lui.

    OK.

     

  • On achève bien les chevaux – Horace Mac Coy

    mc coy.jpgPublié durant l’entre-deux-guerres, On achève bien les chevaux est un livre témoin de la grande dépression qui a touché les Etats-Unis après le krach boursier de 1929. Le pays était le théâtre d’une grande vague de misère, de spectacles affligeants comme celui des marathons de danse qui sont au cœur du livre. En échange de repas gratuits et d’une prime qui leur permettrait de survivre à cette période de chômage et de pauvreté, des couples acceptaient de danser des heures et des jours jusqu’à total épuisement, sous les yeux d’un public voyeur. Le capitalisme le plus sauvage à l’œuvre : le mercantilisme omnipotent, l’exploitation de l’homme par l’homme dans les conditions les plus déplorables, la place aux instincts les plus vils, bassesse et déchéance.

    Le succès de l’œuvre d’Horace Mc Coy tient essentiellement à la mise en lumière d’une période difficile de l’histoire par l’intermédiaire de ses principaux protagonistes : Robert et Gloria. Ces pauvres hères qui viennent à peine de se rencontrer, chairs à cinéma du mirage hollywoodien, se lancent donc dans un de ses marathons dont l’issue tragique est annoncée en incipit du roman. Le temps que la sentence soit prononcée, chacune des phrases la composant ouvre les différents chapitres, Robert se remémore comment il en est arrivé à tuer Gloria, au bout de la souffrance physique et pour la libérer d’un désespoir qui la rongeait de l’intérieur.

    Pour ma part, j’ai du mal à faire grand cas du livre même si j’en perçois l’intérêt décrit ci-dessus, d’autant plus que la critique d’un système capitaliste ayant mis à genoux une société et ses valeurs me semble particulièrement pertinente de nos jours. Peut-être parce qu’en dépit de sa brièveté, le livre m’a paru aussi long qu’un de ces fameux marathons de danse. Peut-être parce que les péripéties qui meublent les pages en attendant la mort de Gloria ne m’ont pas semblé pouvoir maintenir le souffle d’un récit qui s’étiole malgré un certain suspens. Peut-être parce que nous restons au bord des personnages, pas assez près du désespoir de Gloria, pas assez loin dans la psychologie de Robert. Peut-être parce que le passage à l'acte de Robert est finalement pas très bien amené. Peut-être enfin parce qu’Il est en plus difficile de se raccrocher à une langue d’un intérêt limité, finalement transparente, qui lasse à force de dialogues répétitifs.

    Pas convaincu.