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Fahrenheit 451

  • L’apiculture selon Samuel Beckett – Martin Page

    Apiculture beckett.jpgAvec Martin Page, même si on garde souvent les mêmes ingrédients d’un ouvrage à l’autre, on passe facilement d’un grand plaisir et d’une certaine réussite à une frustration et à un entêtant sentiment de déception. Avec l’apiculture selon Samuel Beckett, on est plutôt dans cette deuxième catégorie malgré de bonnes intentions.

    Un jeune étudiant de retour d’un exil anglais en mal d’argent et en difficulté pour terminer sa thèse obtient un petit boulot improbable : aider Samuel Beckett à ranger ses archives alors même qu’un metteur en scène essaie de monter une de ses pièces en prison. C’est l’occasion pour le personnage principal de nouer une relation très singulière avec l’auteur d’En attendant Godot dont il fait un portrait très différent de celui qui est resté à la postérité.

    Loin d’être austère, le Samuel Beckett de Martin Page est en effet un excentrique qui ne se contente pas seulement de faire de l’apiculture mais également de quotidiennement philosopher de manière iconoclaste sur le quotidien, l’écriture, son œuvre et les petits riens du quotidien.

    Ce livre est empli de fantaisie, fait montre d’une certaine créativité mais est assez léger dans l’ensemble. Il se révèle en fin de compte plutôt ennuyeux malgré ses trésors d’inventivité et surtout très vain. Que reste-t-il de tout ça à la fin ? Que dit finalement Martin Page de Samuel Beckett et de son œuvre ? Rien de bien intéressant et de bien audible.

    Quelconque, insipide.

  • Dans le désert – Julien Blanc-Gras

    index.jpgLe succès de Julien Blanc-Gras s’explique sans doute par ce que la quatrième de couverture appelle sa bienveillante ironie, qu’il promène un peu partout sur le globe de livre en livre. Ce n’est pas un écrivain voyageur classique pas plus qu’un voyageur lambda du tourisme de masse. Il est quelque part entre les deux. A la recherche d’aventures mais sans tomber dans l’extrême ou dans la pose, il promène son air débonnaire et son regard critique acéré en touriste lucide, qui sait ne pas bouder les plaisirs simples de la découverte et de l’ailleurs.

    Dans le désert, écrit dans la veine de ses ouvrages précédents, fait plus particulièrement écho à Briser la glace, dans un jeu des contraires. Il propose de s’aventurer dans la péninsule arabique et plus particulièrement au Qatar et aux Emirats arabes unis – un peu au Bahreïn et à Oman – pour appréhender cette partie du monde qui charrie bien des fantasmes, des idées reçues et de l’incompréhension. Plus que de désert, il s’agit ici de gaz et de pétrole, d’islam et de tradition, d’argent et de culture, de passé et d’avenir.

    Dans le désert est un livre plaisant, qui ne ménage pas ses efforts pour décrire l’univers singulier de ces monarchies pétrolières. Riche en anecdotes et en situations cocasses ou ubuesques, il bénéficie de la plume franche, alerte et drôle de son auteur. Il arrive même à en dire beaucoup sur ces pays un peu mystérieux qui résistent à nos tentatives de compréhension ou d’assimilation. Pourtant, le livre s’avère être un demi-échec. Julien Blanc-Gras nous apprend finalement peu de choses sur cette zone du monde. Rien qu’un reportage léger à la télévision, une lecture en diagonale d’articles de presse ou même l’omniprésent bruit de fond de l’actualité n’ait suggéré ou révélé.

    Il manque un petit plus, un supplément d’âme présent dans la plupart de ses ouvrages et c’est peut-être un enseignement en soi du livre et une partie de ce qu’il a à dire. A de rares exceptions près, notamment dans les dernières pages, la rencontre avec les habitants de ces pays et leur réalités n’existe pas ou est ratée, lisse. Comme si Julien Blanc-Gras était un peu passé à côté de ces pays malgré lui, malgré tous ses efforts. Simplement parce que ces pays n’offrent pas beaucoup de prises, parce qu’ils nécessitent probablement une autre approche, un mode d’investigation différent, plus poussé. Il est bien plus facile d’y fréquenter les étrangers, les expatriés, qui il est vrai, y représentent la majorité des habitants…  

    OK.

  • La porte bleue – André Brink

    cvt_La-Porte-bleue_5167.jpegDavid est marié à une femme blanche et n’a pas d’enfants. Professeur, cet Afrikaner à la vie stable est aussi artiste peintre et s’adonne à sa passion dans un atelier privé qui est son refuge. Cet honnête homme qui a à priori tout pour être heureux semble pourtant à la recherche d’autre chose sans pouvoir clairement le définir et encore moins l’atteindre. David est un homme un peu corseté par le contrôle social et par une forme de lâcheté ou de laisser aller qui le bride. Il n’arrive pas à se jeter entièrement dans la peinture, à embrasser la vie d’artiste et à quitter sa femme Lydia.

    C’est plus loin dans le roman d’André Brink que s’éclaircit ce désir d’autre chose qui ronge à très petit feu David sans pour autant l’étouffer. Un épisode de son passé démontre qu’il a déjà eu le courage qui lui manque maintenant. Mais pas assez pour aller au bout de sa logique. C’est probablement pourquoi il est un peu retombé dans une situation, un confort très éloigné de ses ambitions. La possibilité d’une alternative, d’autre chose, c’est ce que représente la porte bleue de son atelier qui donne le titre du livre. Cette porte qu’il ouvre un jour pour tomber sur une femme noire et deux enfants inconnus qui semblent être son épouse et sa progéniture !

    La porte bleue c’est l’ouverture sur une autre dimension ou David vit une autre vie. André Brink ne tranche pas sur ce que vit David. Ce dernier doit accepter ce nouveau contexte dans lequel il se débat avant de finir par céder et de le mettre en perspective avec sa vie et son passé. Progressivement, il va essayer d’embrasser cette nouvelle vie et dépasser ses peurs et ses angoisses. La réalité derrière cette porte bleue est une opportunité pour vivre une autre vie, pour briser les carcans d’une société sud-africaine et Afrikaner qui ne lui permet pas de s’épanouir pleinement.

    Intéressant, le livre d’André Brink est une critique à peine voilée d’une société Afrikaner corsetée par les conventions et marquée par le racisme. Il est plus généralement une subtile incitation à essayer de vivre sa vie rêvée sans céder à « la pression immense de l’esprit de tous sur l’intelligence de chacun ». (Tocqueville). Facile à lire et intrigant, le livre est également dérangeant par séquences. D’un Kafkaïen pas toujours maîtrisé, la porte bleue manque tout de même d’un petit quelque chose pour être pleinement convaincant.