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Fahrenheit 451

  • Les Dix Enfants que madame Ming n'a jamais eus - Éric-Emmanuel Schmitt

    madame-ming-a%20vue-oeil.jpgUn riche homme d’affaires français fait à la faveur de son originale technique de négociation qui le conduit bien souvent aux toilettes, la rencontre de Madame Ming, la dame pipi de son hôtel de luxe dans la province de Guangdong où il traite avec des entreprises locales. C’est l’occasion pour le businessman d’échanges inhabituels et privés avec cette femme plutôt originale. En effet Madame Ming en arrive assez rapidement à parler des dix enfants qu’elle aurait eus dans une Chine pourtant soumise à la politique de l’enfant unique. Il n’en faut pas plus pour piquer la curiosité de notre hommes d’affaires, par ailleurs célibataire endurci et rétif à la procréation. Quel est donc le secret de Madame Ming ? Quelle vérité se cache derrière les histoires un peu rocambolesques de chacun de ses enfants qu’elle déroule de manière très linéaire ?

    Voici pour ce qui est du résumé de l’intrigue. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est du genre simpliste. Pas étonnant que le livre soit si bref au point que la maison d’édition ne soit obligée d’utiliser d’une mise en page à même de jouer les cache-misère (police de caractère pour aveugles, espacement et interligne maximaux, etc.). Le livre tient en grande partie sur le mystère de Madame Ming, à savoir si c’est une fabulatrice ou pas et repose donc directement sur son dénouement et sur la découverte du secret de cette femme. Encore faut-il accepter quelques grosses ficelles au niveau de la narration. Cette amitié entre le businessman français et Madame Ming la dame pipi est tout simplement improbable et relève du vœu pieux. Il faut une bonne dose de crédulité pour accepter cette histoire, ses rebondissements et sa conclusion qui sont prévisibles ou en tout cas assez peu subtils. Même pour un « conte philosophique », il faut un peu plus de finesse ou au moins de magie et de maîtrise. Là, c’est un peu gros en plus d’être beaucoup trop cliché.

    En effet, Eric-Emmanuel Schmitt véhicule de la Chine une image d’Epinal. Ce n’est pas possible de nous vendre encore aujourd’hui une chine fantasmée qu’illustre bien le personnage de Madame Ming, une espèce de Confucius déguisée en madame pipi. C’est un personnage plutôt kitsch qui est un peu ridicule à force de s’exprimer en aphorismes pleins de sagesse, de vagues citations que l’écrivain a bien voulu lui mettre dans la bouche. L’aspiration à une dimension spirituelle et philosophique se noie ici dans le sirop de bons sentiments et dans une prose diluée dans le glucose qui ne lésine pas sur la banalité…

    Je ne peux résister à l’envie de citer le texte: « La Chine, c’est un secret plus qu’un pays. Madame Ming, l’œil pointu, le chignon moiré, le dos raidi sur son tabouret, me lança un jour, à moi l’européen de passage : nous naissons frères par la nature et devenons distincts par l’éducation. Elle avait raison…même si je la parcourais, la Chine m’échappait » ou encore « La chine contenait autant de sujets que la Méditerranée de poissons ». Mouais.

    Ce livre qui fait partie du cycle de l’invisible dans l’œuvre d’Eric-Emmanuel Schmitt, à côté d’autres œuvres qui ont l’air de loin de sentir autant la spiritualité light de supermarché et le sucre écœurant du sentimentalisme le plus larmoyant.

    Je suis peut-être dur mais en résumé, vite lu et vite oublié. Vraiment, aucun intérêt, à part celui de valider à nouveau cette phrase célèbre d’André Gide : « on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments ».

     

  • Gringoland – Julien Blanc-Gras

    voyage,tourisme,voyageur,hippie,mondialisation,vacances,hédonismeMoins abouti que Touriste ou Paradis avant liquidation, Gringoland apparaît néanmoins comme la matrice de ces œuvres de Julien Blanc-Gras qu’il précède. Comment être un jeune écrivain voyageur aujourd’hui, après Pierre Loti, Nicolas Bouvier, Jérôme Charyn et tous les autres, à l’heure du tourisme de masse, des nombreuses émissions télé/radio de voyage, du village planétaire ultra-connecté, des vols charters, des formules all-inclusive, des innombrables guides de voyage, des week-ends en amoureux et des années sabbatiques, des road-trips à l’étranger ?

    La réponse de Julien Blanc-Gras peut ne pas forcément plaire aux idéalistes, aux fanatiques de l’authentique, car située quelque part entre les pérégrinations touristiques banales de tout un chacun et la recherche d’un apex de découverte et d’immersion, dissimulant mal des questions existentielles plus profondes et des obsessions. Elle est sérieusement grinçante, caustique, dans le décalage permanent de celui qui prend du recul avec son voyage et son expérience, aiguisant son sens de l’observation, n’hésitant pas à se laisser aller à quelques considérations sur le voyage, les voyageurs, la vie en général.

    Du Mexique à la Californie en passant par le Guatemala, Belize ou encore Cuba, Julien Blanc-Gras essaie d’échapper à un destin banal en se confrontant à des univers différents, en suivant le fil de l’aventure et des rencontres pour dire quelque chose de son époque, de sa génération, du voyage, des lieux qu’il traverse. En vrac, il plonge dans le microcosme superficiel du monde des stars et des IT girls en Californie,  dans l’univers enfumé des nouveaux hippies ou des  « travelers », souvent de jeunes occidentaux blancs favorisés mais désenchantés, en quête de sens, d’ailleurs, d’absolu ou de Dieu seul sait quoi. Il se frotte de près ou de loin à la réalité des migrants mexicains en partance pour l’Eldorado américain ou à celle de la jeunesse dorée du Mexique qui brûle la vie derrière les murs des ghettos de riches. Etc. Un morceau d’un petit précis de mondialisation à l’usage de la jeunesse.

    Que d’aventures donc doublées de réflexions plutôt pertinentes qui font que l’on ne s’ennuie pas à la lecture de Gringoland. C’est un livre vif, mordant, servi par une certaine proximité rapidement installée avec le lecteur et qui est à apprécier malgré quelques défauts. L’incipit, avec cette histoire de chienne, n’est ainsi pas forcément réussi et plutôt longuet, manquant de la finesse et de la subtilité dont l’auteur finit par faire preuve ultérieurement. Le texte est aussi émaillé de formules à l’emporte-pièce, de jeux de mots de toutes sortes qui ne font pas toujours mouche ou qui sont un peu grossières (à noter que l’auteur s’est nettement amélioré sur ce point-là dans ses ouvrages ultérieurs).

     Drôle, divertissant, plutôt réussi.

  • L’été slovène – Clément Benech

    LT-SLO~1.JPGDeux jeunes étudiants amoureux prennent la route pour des vacances d’été en Slovénie. De banales vacances en perspective ? Pas seulement. En réalité, c’est un véritable test amoureux auquel ils se soumettent. La moindre aventure est ici prétexte à une réflexion, à une analyse entre les natures à priori très différentes d’Elena et du narrateur. Chacune des situations mises en scène révèle des réactions plutôt contraires de la part des deux protagonistes. L’enjeu majeur de ce couple semble être la spontanéité et l’esprit d’aventure autour duquel ils s’écharpent gentiment. Mademoiselle aimerait un peu plus de folie de la part de ce jeune homme un peu trop calme, attentionné et réfléchi. Le dénouement paraît ainsi inéluctable.

    Fort heureusement celui-ci n’est pas long à arriver car le moins que l’on puisse dire, c’est qu’un été slovène n’est pas vraiment un livre passionnant. Il faut d’abord passer outre les banalités que ne renierait pas le plus médiocre des guides touristiques sur la Slovénie – pays que j’ai visité. On pourra éventuellement affirmer que ces platitudes collent au basique contexte de voyage des personnages principaux, simples touristes quelque peu désargentés. Argument réutilisable alors pour les aventures résolument sans intérêt qui émaillent ce voyage et qui ne sont prétextes qu’à des mini-crises ridicules pour le jeune couple : en vrac un accident de voiture, un impossible accès à un site touristique majeur, l’intrusion d’éléments extérieurs dans leur intimité…

    Le jeu amoureux entre Elena et le narrateur est bien trop prévisible, plutôt pathétique et enfantin, glissant allègrement vers le mur sans que cela ne semble plus prêter plus à conséquence. L’ensemble est porté par une écriture légère, tournée vers les émotions des deux protagonistes, pas désagréable - pas marquante non plus - mais polluée par un humour qui tombe à plat et des généralités parfois confondantes.  

     

    Aucun intérêt.

    Pour quelques heures à la plage peut-être…