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Fahrenheit 451

  • L’ange sur le toit – Russell Banks

    mélancolie,passé,tristesse,divorce,évènements,séparation,enfanceL’ange sur le toit, c’est un recueil de 10 nouvelles (dont une introduction) de Russell Banks construites autour d’un point de bascule dans la vie des principaux protagonistes. Certaines nouvelles sont au plus près de ces moments de rupture alors que d’autres prennent du recul pour s’attarder sur leur irradiation ou leur réapparition dans l’existence ultérieure des principaux concernés. Pour la plupart, à l’exception notable de la première nouvelle, elles se déroulent aux USA et concernent un américain moyen plutôt blanc, entre deux âges, pas vraiment fortuné et dans une situation affectueuse plutôt instable.

    Chacune des nouvelles baigne dans une atmosphère triste et mélancolique qui embrasse parfois des paysages pauvres, désolants, en hiver ou dans des coins reculés. La sensation d’échec est grande dans chacune des situations décrites qui ont souvent un caractère irrémédiable et qui laissent un vrai goût d’amertume. A quelques exceptions près, Russell Banks ne fait jamais dans le sensationnel, ni dans la totale noirceur, il y a beaucoup de subtilité dans la mise en scène de ces moments de vie, dans ces retours en arrière et beaucoup de finesse dans la description des états des différents personnages.

    Un bon recueil de nouvelles qui n’en est pas pour autant complètement égal et entièrement maîtrisé, chose par ailleurs extrêmement difficile avec le genre.

    Plutôt bon.

    Pour le détail des nouvelles :

    Introduction : Une première « nouvelle » autobiographique en forme d’introduction dans laquelle Russell Banks se sert des récits mythomanes de sa mère pour essayer d’expliquer son goût pour la fiction et un peu de son art. En fait c’est un récit qui ne sert pas de réelle introduction à ce recueil de nouvelles en particulier et qui trouve difficilement une cohérence avec les autres nouvelles. Sans compter qu’il est plutôt qelconque…

    Djinn : Cette nouvelle, la seule à se dérouler hors des USA, est également un peu à part dans le recueil. Elle démarre plutôt lentement avant de donner toute sa mesure, notamment dans un final un peu ahurissant. Elle allie un côté spectaculaire et marquant à un propos finalement subtil, à un bouleversement intérieur radical. Intéressante et marquante.

    Moments privilégiés : Une nouvelle finalement assez quelconque qui raconte la rupture définitive d’un père divorcé et sa fille partie vivre ailleurs avec sa mère. Un peu lente, un peu abrupte dans sa chute, pas forcément subtile, la nouvelle raconte la prise de conscience brutale de la mascarade des moments privilégiés de rencontre entre ce père et sa fille.

    Assistée : Pas la meilleure des nouvelles non plus. Un fils et sa mère maintenant dans le quatrième âge reviennent sur un déménagement marquant de nombreuses années avant. Ils n’en ont pas la même vision, cette dernière déterminant un regard plus global sur l’existence de la mère et le comportement du père de son fils.  Un final peu enthousiasmant et une nouvelle un peu terne.

    Les plaines d’Abraham : Peut-être la meilleure du recueil. Elle comporte une belle chute, une bonne mise en scène narrative et un côté spectaculaire qui n’éclipse pas pour autant son esprit mélancolique et triste, une certaine beauté mêlée à l’ironie de la situation.

    Le maure : Bonne nouvelle. De facture classique, elle relate la rencontre fortuite entre deux anciens amants des années après. Retrouvailles hésitantes, jeu de mensonges sur le passé et sur le présent, quelque chose d’un peu mélancolique mais de très beau, accentué par la différence d’âge entre les deux protagonistes. Le temps passe trop vite et est sans pitié…

    Juste une vache : Nouvelle plutôt classique aussi qui représente bien l’esprit du recueil. Un moment charnière, un peu tragi-comique et brusquement, une réalité morne et pauvre qui est découverte, un aspect pathétique qui pousse cet homme et sa femme vers une issue sans doute inéluctable et crainte. Banale histoire de couple, subtilement racontée.

    Noël : Une nouvelle assez courte mais plutôt dense. Tout en non-dits qui se résument en un coup de poing qui rompt le fil ténu qui maintenait artificiellement le récit amoureux du personnage principal. Nouvelle de la faille, elle est aussi tranchante que déroutante.

    La visite : Une nouvelle assez classique, mais convaincante, sur un thème et un mode qui n’ont rien d’originaux. Un homme revient sur les lieux de son enfance qui restent les mêmes sous une superficielle couche de vernis et de travaux. Il revit un moment pivot de son histoire lors duquel il n’a pas su, pas voulu cacher la tromperie de son père envers sa mère. Douleur, tristesse, mélancolie sont omniprésents tout en étant souterrains.

    La soirée du homard : La dernière nouvelle du recueil est assez énigmatique. Elle comporte les ingrédients de toutes les autres mais avec un aspect surréaliste et spectaculaire qui la rapproche de la première Djinn alors qu’elle est différente dans son propos. Une nouvelle plus complexe qu’elle en a l’air et qui laisse un goût d’incertitude sur le propos, les personnages. Pourquoi Stacy a-t-elle tué Noonan au fait ?

  • Rêves de garçons – Laura Kasischke

    reves-de-garcons-2561-250-400.jpgC’est l’été de ses dix-sept ans que raconte Kristy Sweetland. Celui qui a marqué la fin d’une époque pour elle, alors qu’à priori il n’avait rien de singulier. Quelque part dans le Midwest américain, elle a séjourné en compagnie de sa meilleure amie dans un camp de vacances pour effectuer un stage de perfectionnement de pom-pom girls. Au menu, vie de groupe encadrée, exercices et grosse chaleur dans un paysage de lacs et arbres forestiers. Et puis surtout une escapade en voiture au cours de laquelle Kristy, Desiree sa meilleure amie et Kristi une autre pom pom girl rencontrée sur place, vont croiser la voiture de deux jeunes hommes.

    Incipit du roman, cette rencontre fortuite entre ces jeunes filles et ces jeunes hommes sert de filigrane jusqu’au dénouement. Qui sont ces deux jeunes hommes qui ont suivi les trois filles qui les ont finalement semés ? Se peut-il qu’ils les aient retrouvées et qu’ils traînent maintenant autour du camp ? Qu’attendent-ils alors au juste ? Quels sont leurs plans ? Se peut-il que les puériles provocations sexuelles des filles lors de cette rencontre leur aient donné des idées ? L’ombre de ces deux jeunes hommes, potentiels agresseurs et poursuivants, permet à Laura Kasischke d’introduire et d’asseoir un climat de tension diffuse, de menace omniprésente, de voyeurisme qui fonde partiellement l’intérêt du livre. Une peur sourde grandit progressivement parmi les principaux protagonistes du roman et installe une atmosphère d’inquiétude qui ne faiblit pas. L’imminence d’une catastrophe est annoncée et habite autant le lecteur que les héroïnes.

    L’ambiance du livre est une réussite qui malheureusement génère également un suspens et une forte attente qui peut être déçue par la conclusion du livre. Disons-le d’emblée, celle-ci n’est pas à la hauteur du roman et l’affaiblit légèrement même si l’essentiel est indéniablement ailleurs. Rêves de garçons n’est pas un thriller, mais bien une plongée dans l’adolescence en général et en particulier dans celle d’une jeune fille de la classe moyenne de l’Amérique ordinaire. Laura Kasischke arrive à restituer avec justesse cette période charnière avec son lot d’interrogations, d’hésitations, d’angoisses.

    Kristy, la narratrice, est une jeune fille qui semble avoir en main les bonnes cartes sans pour autant arriver à se décider sur son jeu. Belle fille, plutôt intelligente, dégourdie, populaire et attachée à des valeurs morales traditionnelles, elle a fait de Desiree, son exact contraire, sa meilleure amie. Laura Kasischke explore ainsi le jeu classique des amitiés adolescentes basées sur l’envie, le désir, l’esprit de bande, la haine commune et une certaine cruauté. Elle analyse en creux du discours et des souvenirs de Kristy, la naissance d’une adulte, précipitée par l’épisode singulier de cet été pas comme les autres. Rêves de garçons est le récit d’une glissade à côté d’une existence programmée.

    L’écriture de Laura Kasischke est fluide, au plus près des sensations, des émotions de son héroïne. Elle arrive à porter l’intensité des expériences et du ressenti de la période adolescente tout en ménageant le suspens et en portant une atmosphère d’inquiétude bien spécifique.

    Pour moi, une première rencontre agréable mais pas renversante avec Laura Kasischke. Il manque malgré tout à Rêves de garçons, un je ne sais quoi pour sortir du lot et marquer le lecteur.