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Fahrenheit 451

  • Des mille et une façons de quitter la Moldavie - Vladimir Lortchenkov

    lortchenkov.jpgVous connaissez la Moldavie ? Ce petit pays d’Europe orientale de moins de 4 millions d’habitants est en quelque sorte le personnage principal de ce roman satirique de Vladimir Lortchenkov. Comment expliquer que toute la population d’un pays, depuis les habitants d’un minuscule village jusqu’au président de la république même, essaie désespérément d’atteindre l’Italie, terre promise, véritable eldorado ou les attendent travail, félicité, dignité ? Peut-être en dressant le portrait loufoque d’une des nations les plus pauvres d’Europe, un pays qui se cherche entre la nostalgie d’un satellite essentiellement à vocation agricole de l’URSS et un futur incertain de membre de la grande union européenne. C’est ce que fait Vladimir Lortchenkov d’une manière très originale et drôle, par le biais de cette satire féroce.
    En effet tout au long du livre, l’auteur moldave s’en donne à cœur joie contre tout le monde, la Roumanie, l’Union Européenne et surtout les moldaves de tout bord, du plus simple des citoyens, jusqu’au président de la république. Sous sa plume, les moldaves se révèlent être de gros buveurs, ignorants, violents et paresseux qui n’ont de motivation que pour fuir leur pays de cocagne, pas pour le transformer. Les rêves d’exil de ses compatriotes et l’émigration massive sont dépeints sous un jour burlesque, fortement teinté de méchanceté, de violence et de noirceur, qui ravit le lecteur.
    Chaque chapitre est un épisode qui raconte une tentative d’exil qu’il ne faut pas dévoiler pour en conserver toute la saveur. Chacune d’entre elles rivalise d’une ingéniosité abracadabrantesque pour se solder presqu’inévitablement par un lamentable, voire tragique échec. Encore et encore, comme pour souligner le caractère un peu vain de toutes ces entreprises et pour démontrer l’inventivité de l’auteur qui semble s’amuser comme un fou à imaginer ces péripéties hilarantes.
    Il y a d’ailleurs dans ce livre, un côté compilation d’aventures et d’anecdotes qui pourrait à la longue lasser, n’eut été cette créativité sans cesse renouvelée de Vladimir Lortchenkov, son humour noir et aussi des personnages finalement attachants. Les habitants du village de Larga sont en effet touchants par cette volonté indécrottable d’échapper à leur misère par l’émigration mais aussi par la truculence dont ils font preuve dans leur morne quotidien.
    Un livre original, drôle et divertissant alors qu’il aborde des sujets qui pourraient être pesants comme la pauvreté, l’exil, les mouvements migratoires.
    Recommandé.

  • Amsterdam – Ian Mc Ewan

    ian_mcewan_amsterdam.jpgLa citation de W.H Auden, extraite de La croisée des chemins, en épigraphe d’Amsterdam dit l’essentiel du livre : « Les amis qui furent ici ensemble et s’étreignirent sont partis, chacun vers ses erreurs ». La mort de Molly Lane, critique et gastronomique et photographe qui fréquente la haute société Londonienne, est le point de départ de cette histoire centrée sur l’amitié et les valeurs morales. D’un côté, Clive Linley, musicien reconnu, en charge de composer une symphonie pour le millénaire, de l’autre Vernon Halliday, patron de presse, qui essaie de redresser un vénérable quotidien en train de prendre la poussière. Jusqu’à quoi sont prêts ces deux protagonistes pour arriver chacun à leurs fins ? Que sont-ils prêts à sacrifier sur l’autel de leurs ambitions personnelles ?
    Il est facile pour chacun d’entre nous de travestir nos pires actions avec les habits de la vertu pour garder la face alors que nous piétinons allègrement les valeurs morales que nous prétendons défendre. C’est ce que font Clive et Vernon, chacun sous le regard de l’autre. En fait, ils n’ont en tête que leurs carrières professionnelles et leurs prestiges personnels respectifs quand ils basculent, chacun à leur façon de l’autre côté de la morale. Place à la mesquinerie, à l’égoïsme, au cynisme et à la lâcheté, qui font que ces vieux amis en arrivent à s’interroger sur le sens de leur amitié et à ne plus se reconnaître au point de se dire : « nous savons si peu de choses les uns des autres. Tels des icebergs, nous ne donnons à voir que la surface, d’une apparente clarté à l’usage du monde, d’un moi dont l’essentiel reste immergé. »
    Comme souvent, Ian McEwan fait montre d’un réel sens de l’immersion, en nous plongeant complètement dans le quotidien professionnel de ses deux personnages. Les pages sur la musique avec Clive ont une certaine beauté et sont réussies, portant au passage une réflexion acide sur la création artistique. Celles sur la conduite de la rédaction d’un quotidien avec Vernon sont fouillées et révélatrices des problématiques actuelles du journalisme coincé par l’effritement des ventes et tenté par le spectaculaire et l’indécence au détriment d’un traitement de fond et de la qualité. L’auteur anglais permet ainsi aux questions éthiques auxquelles sont confrontés ses deux personnages de prendre plus de relief.
    Ian McEwan a un savoir-faire évident qui lui permet de mener habilement son intrigue qui monte crescendo vers une conclusion paroxystique. Il déshabille progressivement ses personnages avec intelligence, révélant leur côté obscur qui est l'enjeu central de son livre. Amsterdam pourrait ainsi être une totale réussite n'eut été la fin pour laquelle l'auteur anglais a opté. C'est vraiment dommage car ce dénouement, quoi qu’original, est un peu prévisible, trop scénarisé, voire grotesque. L'impression globale du livre souffre donc de sa dernière partie sans suspens et un peu longuette. Ce n’est néanmoins pas l’essentiel à retenir d'Amsterdam qui a d’autres qualités: une fluidité dans la narration, une écriture limpide et beaucoup d’ironie.

    Moins dense et abouti que Samedi ou Expiation.
    Booker Prize 1998.
    OK.

  • Née de la côte d’Adam – Nurrudin Farah

    Née de la côte d'adam.gifNée de la côte d’adam est le premier roman de l’auteur somalien Nurrudin Farah. Il conte l’histoire d’Ebla, jeune fille qui s’enfuit de son village de la Somalie profonde pour échapper à un mariage avec un vieillard qui a été arrangé par son grand-père contre deux chameaux. Direction donc la ville et la maison d’un cousin pour cette fille de la campagne qui se retrouve très vite confrontée à de multiples difficultés.
    L’histoire d’Ebla, c’est un condensé de maux qui frappent les femmes et qui subsistent encore dans l’Afrique moderne. Cette dernière, illettrée, découvrant la ville, est exploitée à plus d’un titre lors de son périple. Pour se rendre utile à la ville, chez son cousin, Ebla n’a d’autre choix que de faire office de servante. Très vite, elle se retrouve à nouveau confrontée à une dépossession d’elle-même et de son corps puisqu’à nouveau promise à un autre par son cousin. La solution est-elle toujours dans la fuite ? Peut-être pas pour la jeune femme qui continue de prendre son destin en main du mieux qu’elle peut mais en s’offrant à celui qu’elle souhaite.
    C’est un portrait de femme complexe que nous livre Nurrudin Farah. Le roman étant situé à la veille de l’indépendance de la Somalie, l’attitude de la jeune Ebla est réellement audacieuse. Loin de se laisser faire, cette dernière n’hésite pas à partir ou à prendre un amant quand elle le juge nécessaire, hors toute considération amoureuse. Elle est forte et ne recherche pas forcément le soutien et l’approbation des autres et pourtant ne semble néanmoins pas envisager de possibilités loin des hommes qui constituent son horizon principal. Comme une fatalité.
    Née de la côte d’Adam est un livre dont l’intérêt principal réside dans cette critique du statut et du traitement de la femme dans la société somalienne. L’impact de ce regard lucide sur l’asservissement de la femme, jugée inférieure de l’homme est néanmoins fortement tempéré par les défauts du livre de Nurrudin Farah. Née de la côte d’Adam est plutôt ennuyeux. Il est d’abord desservi par une narration qui manque de souffle malgré les multiples aventures que vit Ebla. Nurrudin Farah a opté pour un ton monocorde et pour des dialogues très succincts, pauvres en contenu, qui affadissent son propos. Tout le mérite que l’on peut reconnaître à l’engagement du livre ne peut escamoter par exemple la faiblesse des personnages secondaires qui ont peu de relief et ne sont pas vraiment exploités (ex : la voisine du cousin d’Ebla, le mari et l’amant qu’elle se choisit…) ou encore les dénouements un peu abrupts que Nurrudin Farah apporte à plusieurs situations que vit Ebla.

    Le genre de livre qu’on aimerait adorer mais qu’on a du mal à finir et dont on garde un souvenir lointain et mitigé. Quelconque au final.