29.05.2009
L'oiseau d'amérique - Walter Tevis
Chez Walter Tevis, il y a deux dimensions indissociables: la science-fiction et l'humain. La première ne semble toujours qu'un cadre pour mieux explorer la seconde à travers les personnages. Et les personnages, c'est ce que Walter Tevis fait de mieux. Des héros mélancoliques qui cherchent désespérement du sens après avoir déchiré le voile du réel. Dans l'oiseau d'amérique, il y a Spotforth le robot supérieur suicidaire, envahi par la condition humaine, Paul et Mary-Lou les rescapés involontaires d'une société totalitaire d'une drôle de façon. Ces héros évoluent en effet dans un cadre de dystopie original. Leur société a poussé au maximum la notion de plaisir, rejetant ainsi la culture, l'ambition, grâce à un monde d'abord servi, puis ensuite contrôlé par les robots. Ce monde hyperindividualiste meurt d'un idéal de solitude et de plaisir qui le conduit vers l'extinction dans un délire de drogue et de technologie. La comparaison au meilleur des mondes n'est pas fortuite, quelques codes de la dystopie, quelques emprunts aux réussites du genre, donnent de la matière à cette oeuvre sensible. Le terme est adéquat et réflète l'originalité de l'oeuvre. La sensibilité et la mélancolie y sont d'une rareté inégalée dans le monde de la science-fiction. Il y a dans ce livre, un surcroît d'humanité pour une découverte et une redécouverte de soi, du monde, de la culture, du savoir, du lien social. Il y a des pages chaudes et brûlantes de cette humanité un peu triste, défaite, mais si belle, volontaire dans sa marche vers le renouveau. Et évidemment, le livre, la lecture, la littérature ne sont pas innocents dans ce grand chamboulement. Bien.
13:07 Publié dans Littérature Américaine, Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dystopie
L'ivrogne dans la brousse - Amos Tutuola
Ce texte est d'une originalité folle, chose que je reconnais même si je ne l'ai pas apprécié et reste sceptique. Le narrateur est un ivrogne patenté qui, privé de son malafoutier (producteur de vin de palme) décédé, décide de partir à la recherche de ce dernier. Comment retrouver un mort ? En se lançant dans l'univers de la brousse, porte de l'imaginaire animiste riche en aventures, où pullulent rebondissements, mais aussi l'extraordinaire, le fantastique, le mystique, dans un déferlement de créatures et de mondes plus osés les uns que les autres.
Amos Tutuola restitue à sa façon un ensemble de contes et légendes de son Nigéria natal. Le problème se situe dans la construction. Les aventures sont collées les unes aux autres et se succèdent , s'enchaînent sans vrai liant. Il y a un sentiment désagréable d'empilement. Surtout un sentiment d'incohérence et finalement d'usure devant ce carambolage d'histoires où le merveilleux semble incontrôlé. Il est aussi dommage de s'apercevoir que la plupart des histoires de l'ivrogne pourraient prendre plus de consistance, de matière et de sens s'il n'y avait pas une espèce de course folle à l'écriture. Amos Tutuola vide un peu ces légendes de l'essentiel puisqu'il les abandonne clairement au mouvement, à l'action, à la surprise. Il y a un manque autour de ces délirantes aventures.
Enfin, ce livre doit se lire en version originale, je pense, sans vouloir remettre en cause le travail de traducteur de Raymond Queneau. Le style est déterminant, oral, argotique, essayant de suivre un rythme cadencé propre à l'ivrogne. Ainsi, abondent les redondances, les rappels, les tics, une façon unique de dire, de parler créée par l'auteur à laquelle personnellement j'avoue ne pas avoir été très sensible. Je reste donc avec mes doutes devant ce livre dépaysant qui me laisse une impression étrange, plutôt négative, malgré une réelle originalité et un vrai travail d'auteur sur la langue.
13:02 Publié dans Littérature Nigérianne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
L'invité mystère - Grégoire Bouillier
J'ai un léger problème avec ce livre et avec cet auteur. Mes sentiments à leur egard sont ambivalents. Grégoire Bouiller fait de l'autofiction, utilisant des personnages réels et prétendant échapper à la fiction. Mon aversion pour cette mode littéraire me pousse à grincer des dents même si l'auteur arrive à transfigurer son oeuvre, Comment ? Par son ton léger, son écriture spontanée parfois imaginative, illuminée qui procure du plaisir à la lecture et élève le récit. Le problème, c'est que l'auteur est par moments irritant avec des jeux de langue faciles ou par exemple avec l'usage de phrases clichés toujours suivies de l'expression ''comme on dit''. Si l'objectif est de détourner ou de rire de ces phrases, c'est peu probant à la longue. En fait, je suis toujours embarassé avec cet auteur. Il exploite une certaine culture et use d'analogies entre les évènements internationaux de grande envergure et sa petite histoire pour enrichir son récit. C'est parfois drôle et intelligent, parfois raté et incongru. A la fin, je dois reconnaitre quand même avoir pris du plaisir à lire ce livre et apprécié la tournure que lui a donnée l'auteur. Il y a un côté original et iconoclaste qui donne un intérêt relatif à une banale histoire d'amour qui ne passe pas. Grégoire Bouillier tire un grand parti de la mise en scène inédite de cette soirée qui sert de point d'appui au roman. A découvrir je pense.
12:54 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'imposture des mots - Yasmina Khadra
C'est le genre de livre difficile à classer, notamment dans l'oeuvre d'un romancier. L'auteur prend la plume pour raconter une période de sa vie. Il prend sa retraite de militaire en algérie et décide de s'installer en france pour se consacrer à la littérature, maintenant qu'il a tombé le masque. Il est plus facile d'apprécier ce livre quand on est un fan de l'auteur, un connaisseur pas seulement de son oeuvre, mais aussi de sa vie. Il faut aussi s'intéresser au milieu littéraire ou écrire un peu soi-même. Car dans ce livre, Yasmina Khadra nous parle de sa vocation d'écrivain, de sa difficulté en raison de son ambition mais aussi de son passé. Il est attaqué en raison de son passé de militaire et de ses prises de position en faveur de l'armée algérienne. C'est un auteur en proie au doute devant ses choix de vie, son oeuvre en construction. Il affronte ses propres personnages, se débat avec son double, face à la critique et aux coups bas de ce milieu littéraire parisien. Il fait aussi de belles rencontres, essaie d'accompagner sa famille dans une période difficile. Malgré l'intérêt de cet ouvrage, son éclairage sur Yasmina Khadra, cette période décisive pour lui et sa création, il y a un côté limité pour le lecteur qui ne le connait pas et parfois simplement un côté gênant. Bien que courtois, poli et honnete, il ressort du livre un côté mise au point sur la vérité, petits règlements de compte avec le milieu littéraire parisien qui s'ajoute à un portrait très propre, très beau de la propre personne de l'écrivain. Ce n'est pas trop mon goût même s'il y a bien sûr des éclairs qui montrent le grand écrivain. Cet ouvrage était-il nécessaire dans l'oeuvre de Yasmina Khadra?
12:51 Publié dans Littérature Algérienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'apartheid - Nelson Mandela
Le vingtième siècle est sombre, criblé de ces trous de l’histoire, ces périodes durant lesquelles Dieu nous a tourné le dos, la folie s’est emparée des hommes pour enfanter de l’horreur, de l’inhumain. Parmi ces béances dans la dignité de notre espèce, l’apartheid, bien trop méconnu et pas assez médiatisé à mon goût. Pendant près d’un demi-siècle, en Afrique du Sud, un régime politique a formalisé à son extrême, gravé dans le marbre, un régime de ségrégation de la pire espèce qui est devenu un des symboles de l’insoutenable que l’Afrique a pu souffrir depuis le début des ères de la colonisation.
Ce livre paru aux éditions de minuit apparaît comme une bonne introduction à de futures lectures d’approfondissement du sujet. Il s’agit ici de la retranscription de la défense de Nelson Mandela, lors des deux procès qui l’ont finalement conduit à la détention à la perpétuité et ont fait de lui le symbole vivant de la résistance à l’oppression et au racisme en Afrique du Sud, puis progressivement dans le monde entier. Ces deux plaidoyers permettent de saisir le caractère juste du combat de cet homme contre un mal ignoble. A travers eux percent non seulement la nature inique et insupportable du régime de l’apartheid ainsi que toutes ses dérives, ses vicissitudes mais aussi l’histoire du combat pacifique et obstiné des sud-africains pour l’égalité, la dignité, l’avenir, notamment par le biais du congrès national Africain.
C’est une bonne façon de débuter l’exploration de l’apartheid parce qu’il ouvre des portes sur le régime mis en place, sa genèse, sa logique, la résistance, son organisation, son fonctionnement, les hommes de l’époque, leurs valeurs, leurs combats et notamment la figure de proue : Nelson Mandela. Ces deux plaidoiries sont bien cadrées par une introduction qui installe le décor, par des notes qui peuvent aider le lecteur et par une préface – une lettre à l’épouse de Nelson Mandela, Winnie – qui nous immerge dans cette réalité par la porte de l’émotion. Après la lecture de ce livre, commence vraiment le chemin pour ceux qui veulent en savoir plus sur Nelson Mandela très âgé et au sortir d’une vie de combat et de réconciliation, sur le régime de l’apartheid – et ses exactions - tombé il y a seulement une douzaine d’années, sur les résistants, sur l’indifférence et la passivité du monde occidental mais aussi des autres, etc.
12:49 Publié dans Essais, Littérature Sud Africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : apartheid
L'angoisse du gardien de but au moment du penalty - Peter Handke
Je n'avais pas été convaincu par le premier roman de Petre Handke que j'avais lu: l'absence. J'ai quand meme récidivé sans doute vaincu par les honneurs qu'il reçoit à tour de bras, par le titre du livre aussi. Mais disons le clairement, mis à part un certain génie du titre - voir sa bibliographie - on se demande bien ce qui peut faire crier au talent quand on lit Peter Handke. Argumentons.
Il n'y a pas d'intrigue dans ce livre, juste la déambulation d'un ancien gardien de but qui se croyant viré de son emploi, erre, étrangle une femme au passage et finit son parcours lors d'un match de foot durant lequel le goal arrête le penalty - mal tiré au demeurant...Je n'ai rien contre les auteurs qui se passent d'intrigue, seulement il faut trouver autre chose à la place, des pensées, des situations, n'importe quoi sauf l'alternative de Peter Handke, c'est à dire des descriptions interminables qui n'ont pas vraiment de sens, ne sont pas liées aux pensées du personnage, à quoi que ce soit. Dire pendant 150 pages que le héros a marché, a mis une pièce dans le juke box, a mangé, a bu un verre, est parti ici, est revenu, etc ce n'est que du vide, une entreprise ridicule. Que peuvent bien avancer les thuriféraires de Peter Handke ? Il déconstruit l'intrigue, le roman, etc ? D'accord, tout est deja déconstruit, il faudrait peut-être penser à construire quelque chose maintenant. Il est un maître de l'absurde ? Ce sont plutot leurs louanges qui paraissent absurdes. Je crois que l'absurde est censé démontrer quelque chose ou dénoncer, réveler. Les intentions de l'absurde de Peter Handke m'échappent totalement. Si c'est de l'absurde pour de l'absurde, soyons bref, je déteste ce genre d'entreprise. Et le style alors, argument fatal qui pourrait faire tenir tout ca, qui pourrait amener le débat vers l'ecriture ? Rien. Le moins que l'on puisse dire est que je ne me pâme pas devant le style de Peter Handke. Il ne génere qu'un ennui profond.
Pour conclure, je vais un peu me moquer de la quatrième de couverture qui parle d'itinéraire interieur au sujet d'un personnage sans intériorité véritable. Elle parle aussi de fausse allure de roman policier certainement à cause du meurtre négligemment jeté au milieu du roman. Enfin elle révèle qu'avec ce livre Peter Handke démontre sa maitrise. De quoi ai-je envie de dire ? Du néant ? Absolument.
12:45 Publié dans Littérature Autrichienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'amant - Marguerite Duras
C'est le premier livre de Marguerite Duras que je lis, et je dois avouer qu'il ne m'incite pas à poursuivre avec cet auteur. C'est l'histoire d'une fille de quinze ans qui a une relation avec un chinois riche et plus mûr dans la partie asiatique de l'ancien empire colonial francais, avant la seconde guerre mondiale. Entre l'amour fou qu'éprouve ce chinois et la découverte du plaisir sexuel par la jeune fille, se dévoile aussi la famille de cette dernière, une mère inséparable de sa bonne et deux frères dont un incurable voyou. La mère est dépassée par le quotidien et dévouée à son bandit de fils aîné.
Je vais m'arrêter là pour ce qui est du résumé. Il y a une espèce de prétention dans l'écriture - c'est mon ressenti - qui m'a rapidement mis sur les nerfs, d'autant plus que le livre apparait comme un vaste brouillon. Les faits, les réflexions sont comme jetés en vrac, avec dédain, de manière désorganisée. Ce ne serait pas grave si tout ça portait une intensité ou une épaisseur, une réelle mélancolie, en tout cas quelque chose de fort, mais tout semble inexistant, le contexte, le lieu, l'histoire, cette famille même. Il y a une certaine fadeur qui vient peut-être du fait que tout est évoqué, brossé, sans que l'on ait l'impression de toucher à l'essentiel.
On est à côté de cette histoire potentiellement intéressante, folle même, à côté de cette famille spéciale, à côté de la colonie asiatique, du contexte qui recèle surement plus de potentialités pour le livre, à côté de l'écriture. En a t-on fait tout un foin simplement parce que c'etait Marguerite Duras et que c'etait une espèce d'autobiographie ? Ce livre est quand même le prix goncourt de 1984, pour ceux que ca pourrait décider...
12:40 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'Afrique répond à Sarkozy
Le discours de Dakar, vous connaissez ? Nicolas Sarkozy, le président de la rupture, s’est rendu à Dakar, à l’université Cheikh Anta Diop en juillet 2007, tout fraîchement élu à la tête de la France, pour y tenir un discours fondateur de sa politique africaine et de sa vision du continent noir. Très attendu après les promesses répétées et radicales de mener une autre politique en Afrique, d’afficher un autre regard et de montrer une vraie différence, ce discours a fait l’effet d’une bombe nucléaire. Du moins en Afrique – qui d’autre cela intéresse t-il… ?
La raison tient au contenu du discours écrit par Henri Guaino, la plume et aussi la pensée de l’hyperprésident. En effet, l’Afrique n’avait connu depuis longtemps pareille outrecuidance, un véritable affront, une humiliation aussi frontale, directe, décomplexée. C’est avec une arrogance et un complexe de supériorité manifestes que le président Sarkozy a déclamé un tissu d’inepties réellement lénifiant. Ce devait être un grand moment, ça a été une grande honte. Ce discours néocolonialiste - qui ne renie pas non plus le colonialisme à la papa – a offert une vision arriérée de l’Afrique et véhiculé des clichés stupides et des conceptions racistes. En résumé, l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’histoire , elle est bloquée dans le souvenir d’un âge doré qui n’a jamais existé, elle est fermée au monde et à la part européenne en elle – les lumières, le progrès, l’ouverture qui sont forcément européens n’est ce pas…-, le colonialisme n’était pas si mauvais que cela, il a même apporté du positif, et quelque part même les colonisateurs eux-mêmes en étaient victimes, l’Afrique doit arrêter de ressasser le passé, l’histoire du continent n’est que guerres, prévarications, corruption et compagnie – c’est vrai que le vingtième siècle européen et ses immenses charniers font envie…, les africains ont livré d’autres africains. J’en passe et des meilleures.
Le mérite de ce livre est d’offrir aux intellectuels africains, la possibilité de répondre à ce discours affligeant. Ils saisissent cette opportunité pour répondre avec brio aux débilités contenues dans ce discours. La réfutation est faite à tous les niveaux, aussi bien au niveau de l’argumentation, que de la sémantique et de l’histoire. C’est avec précision et une foule de références pour ceux qui voudraient aller voir plus loin que ces intellectuels rassemblés par Makhily Gassama expliquent comment l’Afrique est une fois encore victime de ceux qui disent vouloir l’aider, de ses faux amis. C’est donc un éclairage historique, sociologique, économique et culturel qui est donné ici, pour montrer l’impact négatif de l’esclavage, de la traite négrière et de la colonisation, pour démontrer que l’Afrique a bien eu une histoire riche et très instructive avant sa rencontre avec les européens, pour démonter les discours racistes sur l’infériorité, la différence de l’Afrique, pour expliquer le poids et l’influence des puissances occidentales dans un système économique pervers qui enfonce l’Afrique, pour révéler la fourberie de ces mêmes puissances qui ne reculent devant rien –surtout pas le malheur de l’Afrique – pour jouer les néocolons et influencer la politique, l’économie de l’Afrique dont les forces vives, positives ont fort à faire pour émerger, résister.
Il faut lire cet ouvrage qui n’est pas uniquement un livre de circonstance, d’actualité. Ce collectif d’intellectuels arrive à élever le niveau du débat et à offrir une véritable leçon pour déniaiser tous ceux qui sont encore gavés de clichés, d’illusions, d’idées fausses et reçues, de raisonnements préconçus sur l’Afrique et ses enjeux, ses réalités, son histoire. Très solide, instructif et salutaire.
12:36 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Kathy - Patrice Juiff
Voici une de ces histoires horribles que le Nord de la France semble pouvoir enfanter régulièrement dans son contexte de chômage, de pauvreté, de rudesse climatique, de détresse humaine. L’histoire, inspirée d’un fait divers réel, est celle de Kathy, une orpheline abandonnée par ses parents à l’âge de 3 ans, qui décide de les retrouver alors qu’elle n’est pas encore sortie de l’adolescence. C’est donc ainsi que Kathy va découvrir et intégrer une famille peu attirante, qui vit à l’écart du monde, survit de divers trafics plus ou moins légaux et s’épanouit dans la violence, l’alcoolisme et le sadisme dans un décor mêlant nature, crasse et déchets de toute sorte. Kathy fantasme sa famille, elle est prête à tout pour en être un membre véritable et oublier son ancienne vie. Cela est-il possible ? Oui, une fois délestée de son pécule qui la place au-dessus d’eux, une fois prête à s’abaisser à leur niveau, à accepter un univers de cruauté, de souffrance, de géhenne. Car, très vite le voile fin, le leurre ridicule du bonheur minuscule tombe, et voici la vraie nature de ces êtres du bout de l’humain avec le père violent, le frère incestueux, le beau-frère psychopathe, la sœur hypocrite et jalouse, la seconde sœur mère mourante, la mère martyr. Le cauchemar arrive violemment après la fausse idylle. La cruauté est diffuse avant d’exploser.
Cette histoire donne un autre visage aux thèmes classiques autour de l’orphelin : de la recherche d’identité, du comble du vide affectif aux interrogations et retrouvailles, à la spécificité des liens filiaux. Il est cependant dommage que l’essentiel du livre soit aisé à deviner et que le livre traîne en longueur là où il devrait être sans doute bref et vice-versa. L’équilibre entre la période idyllique et la suite n’est pas réussi. Il est tout aussi dommage que les relations de Kathy avec sa famille d’adoption restent superficiels, les questionnements d’orpheline de Kathy méritaient certainement plus de place et de développement, plus de profondeur. L’histoire demeure quand même assez effrayante et plutôt empreinte d’émotion. Pas de quoi s'extasier non plus...
12:33 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Kaputt - Curzio Malaparte
Malaparte a été au cœur de la seconde guerre mondiale et en a rapporté un témoignage unique. Sept parties qui par un jeu original autour des animaux nous plongent dans ce conflit infernal. Kaputt est un recueil d’anecdotes, de pensées, de conversations, de situations qui restituent l’horreur de la seconde guerre mondiale. Malaparte décrit avec talent les maisons des ministres, gouverneurs allemands et des ambassadeurs de toute l’Europe comme les champs de batailles du front Est, laissant le cauchemar s’animer lentement à travers ses peintures talentueuses. Il sait parler de lui, des allemands, de la guerre, de l’Italie, des juifs, de l’horreur avec un ton unique, distant et cynique. C’est l’un de ses charmes de savoir nous intéresser à tout ce qu'il vit. D’histoire en histoire émerge, cruel, le visage insoutenable d’un monde et d’une humanité qui tombent en lambeaux. La guerre comme rarement racontée.
12:30 Publié dans Littérature Italienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre

