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Le culte de la performance - Alain Ehrenberg

culte de la perf.jpgLa notion de performance, au cœur de nos sociétés modernes, s’est métamorphosée depuis les années 80, pour prendre de nouvelles significations pour l’individu, plus particulièrement dans trois domaines: le sport, la consommation et l’entreprise.

Alain Ehrenberg veut démontrer comment la performance dans le sport est devenue le symbole de l’idée de justice en vertu de la concurrence et de l’indifférenciation égalitaire. Ce que représente le sport, ce n’est plus l’abêtissement populaire et intellectuel comme autrefois, c’est plutôt un idéal démocratique d’élévation sociale de l’individu dans un univers aux règles surdéterminées. En résumé dans l’imaginaire collectif, chacun de nous peut arriver à ses ambitions, maîtriser son destin dans un cadre concurrentiel juste. Problème, où trouvez vous un cadre concurrentiel juste dans la vie de tous les jours messieurs et mesdames ?

La signification de la performance s’est aussi transformée dans la consommation. Consommer à tout va n’est plus considéré comme une aliénation, une distraction de l’idéal d’émancipation, d’élévation culturelle de l'individu, c'est même devenu plutôt le but ultime. Consommer est désormais une performance dans la réalisation, l’épanouissement de soi, essentiellement à travers le paraître. Ce que je consomme est ce que je suis, ce que je veux être, ce que je veux montrer. Mais comment faire autrement quand le prisme principal de lecture de notre monde est économique (croissance, rentabilité, etc.) et les valeurs dominantes, celles associées à l'argent ?

Enfin, dernière figure de la transformation de la perception de la performance : le chef d’entreprise. Autrefois, le symbole de l’oppression des travailleurs, il est devenu un modèle dont la performance illustre à perfection un idéal d’individu que promeut notre société : l’homme autonome, adaptable, à l’aise dans un univers en constant mouvement, capable de prendre des risques. Ce que vous n'êtes pas ? Tant pis, il ne semble y avoir de places que pour un seul type d'homme.

Le livre est encore plus intéressant quand il pointe les conséquences de ces transformations de la notion de performance sur l’individu et la société. La montée de la dépression, des maladies mentales et du dopage quotidien pour faire face à l’exigence de performance, à la nécessité d’être un modèle d’autonomie, d’adaptation etc, l’hyperconsommation et la décadence des idéaux d’émancipation par la citoyenneté, les dérives identitaires dans le sport etc.

C’est un livre aux thèses très percutantes, qui s’intéresse surtout à l’individu et à ses mutations dans un contexte moderne. Il est vraiment dommage cependant qu’il perde de sa force en s’étendant indéfiniment sur les exemples. La multiplication des exemples et les longueurs concernant les entreprises étudiées par l’auteur noient souvent la vigueur et la densité des arguments et du propos. L’idée de lier ses démonstrations au destin de certaines entreprises ou figures d’entreprises rend le livre plus accessible, mais bien plus long et prive le lecteur de développements sur les thèses principales et les conséquences.

Intéressant.

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