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Négrologie - Stephen Smith

negrologie.jpgCe livre a plusieurs fois été récompensé lors de sa parution, souvent présenté comme un des meilleurs livres sur l’Afrique, écrit par un de ses connaisseurs qui ne cède pas à la facilité, aux écueils de certains livres sur le continent noir. Dans ce livre donc pas de paternalisme, ni de bienpensance et encore moins de sanglot de l’homme blanc, Stephen Smith n’hésite pas à dire les vérités qui fâchent. A commencer par celle-ci qui est sa thèse principale et une véritable bombe : l’Afrique se meurt d’elle-même, engagée dans un suicide long et douloureux sous les yeux du monde, refusant le développement.

Ah bon !? Tiens, tiens, c’est nouveau ça ! Et comment en arrive t-on là ? C’est simple, on commence par dénoncer certaines dérives insoutenables du continent noir, certains gouffres de l’espoir, on mâtine le tout de faits documentés qui raviront bien des néophytes et on arrive à un constat très pessimiste que nous pouvons tous partager. Qui peut effectivement se satisfaire de l’état actuel de l’Afrique ? Personne. Sur cette lancée, Stephen Smith détaille des faits bien connus de ceux qui s’intéressent à l’Afrique mais qui sont selon lui les causes du mal et la preuve du suicide de l’Afrique et de son refus du modernisme. Pour résumer, l’Afrique se donne aux démons identitaires qui mènent à la crispation ethnique mère de tous les affrontements et à l’idéalisation du passé mère de l’opposition à tout changement dans le bon sens, et ce comportement suicidaire est favorisé par l’aide généreuse de l’occident qui la gâte et la confirme dans ses errements.

Rarement, je n’ai entendu raisonnement si pernicieux. D’abord, sans exonérer les Africains d’une certaine part de responsabilité indéniable (qui n’est pas en partie responsable de son destin ou de sa réaction face au destin ?), ni accabler l’Occident de tous les maux, comment peut-on éluder aussi facilement que le fait l’auteur, le poids de l’histoire dans les dérives actuelles de l’Afrique ? L’idée n’est pas de s’apitoyer sur la pauvre Afrique mais juste de reconnaître le boulet que constitue sur la route du développement, les siècles d’esclavage et de colonisation qui ont construit un système, un environnement, un départ défavorables à l’épanouissement du développement et qui ont durablement piégé le continent dans certaines impasses. Alors bien sûr il n’y a pas de fatalité et depuis le temps, rien ne change. D’abord ceci n’est pas vrai, des choses changent en Afrique et puis précisons que depuis lors le jeu a encore été truqué, puisque outre les handicaps déjà précités, est intervenu une forme de néo-colonialisme, qui bien souvent a anéanti les forces qui souhaitaient aller dans le bon sens en Afrique et ceci au nom des intérêts des différentes puissances internationales qui ont tout simplement assujetti ces nations en construction comme des pions de leurs stratégies internationales.

Il est vraiment décevant de voir limiter l’impact de ces éléments fondamentaux auxquels il faut ajouter le caractère pernicieux et truqué du système économique actuel. C’est faux de dire que l’Afrique ne souhaite pas s’insérer dans le système économique mondial actuel. Il est plus logique de dire que ce système la tient à l’écart avec la bienveillance des grandes puissances. Il est tout aussi faux de dire que l’Afrique n’a pas de richesses (sic). Il l’est encore plus de parler d’une aide au développement mondial conséquente et inutile. S’il est vrai que l’aide économique est inefficace, avec de graves effets pervers, c’est faire preuve d’ignorance ou de mauvaise foi que de ne pas préciser la nature de l’aide au développement, qui, faible quantitativement, est en réalité pour une grande partie des prêts (certes à taux faibles ou inexistants, mais des prêts quand même…) et une autre des contrats dont tirent profits les donateurs. Et ne parlons même pas de l’époque où elle servait de financement occulte des partis politiques…

Ce qu’il faut à l’Afrique, c’est une aide véritable et massive, un réel souci de l’intégrer dans le système économique international, de payer à prix honnête ses richesses et de favoriser ses forces vives, démocratiques et volontaires. A ce moment là, on pourra savoir si vraiment elle a décidé de se suicider et d’échouer malgré de véritable efforts. Il est dommage que l’on distille de fausses idées contribuant à faire croire au reste du monde que tout est fait pour l’Afrique et qu’elle ne veut rien faire même si une fois de plus, il ne faut pas exonérer l’Afrique de ses responsabilités et il ne faut avoir cesse de souligner ses dérives et les écueils qui lui tendent les bras. Un livre qui ouvre un débat qui mérite bien plus que ces quelques lignes, tant il y a à dire.

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