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Un aller simple - Didier Van Cauwelaert

un aller simple.jpgLe roman est lancé à partir d'évènements à proprement parler burlesques. Aziz, français de 19 ans, originaire de Marseille, va être expulsé de son pays pour un retour "volontaire" vers sa patrie au Maghreb. Comment est ce possible ? C'est ce que raconte Aziz dans la première partie du roman. Il se trouvait dans une voiture volée par des gitans, enfant. Ce sont ces derniers qui l'ont élevé et lui ont fourni les papiers d'identité marocaine. C'est un peu leur vie qu'il a vécu jusqu'à son arrestation et à son expulsion.

Dès les premières lignes du livre, sa force principale saute aux yeux, le style. Le récit est raconté par Aziz avec une certaine oralité qui fait mouche. Les aventures un peu rocambolesques et un peu pittoresques de sa jeune existence prennent force et drôlerie dans un langage très imagé et baroque à sa manière. Les bons mots affleurent, et ils sont parfois faciles, mais la loufoquerie de l'ensemble, le piquant et le phrasé d'Aziz emportent facilement les rares objections dans un flot plaisant, même les quelques clichés sur les gitans par exemple. Le livre est parlé, chanté avec des expressions et un accent qu'on sent poindre à chaque instant.

C'est d'ailleurs cette faconde, cette gouaille, cette imagination fertile qui piègent Aziz dans cette bizarre aventure du retour à un apocryphe pays natal. Accompagné par un jeune énarque qui n'est pas au mieux de sa forme, il s'agit de retrouver son passé, ses racines, dans une entreprise qui à sa façon se moque de ses retours volontaires tels qu'ils sont institués par certaines politiques d'immigration. Le livre se transforme au fur et à mesure en un voyage initiatique pour les deux protagonistes qui sont en fait embarqués dans une même galère. Dans un pays qu'aucun d'entre eux ne connaît, ils sont à la recherche d'eux-mêmes, tissant maladroitement, au fil d'expériences ratées, de lente compréhension des choses qui les entourent et qui émanent d'eux, des liens d'amitié qui rendent le livre attachant.

Un aller simple est une histoire populaire - au bon sens du terme ? - qui sait parler avec ingéniosité d'amitié, de racines, de malheurs en déroulant des aventures surprenantes et en s'articulant autour de personnages forts et atypiques. Le cocktail est séduisant parce qu’il mélange avec talent, verve et énergie, rires et tristesse. Et ce n'est pas grave si la fin est un peu rapide et triste, si quelque fois le côté invraisemblable de cette histoire émerge, c'est tout simplement distrayant et inventif. Un aller simple a eu le prix goncourt en 1994 et c'était sans doute mérité...

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