26.08.2009

Le jour des triffides – John Wyndham

triffidesue8.jpgA la suite du passage d’une comète et du magnifique spectacle lumineux dans le ciel terrestre qui en a résulté, la quasi-totalité des hommes se retrouve aveugle le lendemain. Seuls de rares personnes comme Bill, qui était à l’hôpital les yeux bandés suite à un accident, peuvent encore voir. Le roman catastrophe de John Wyndham commence avec la découverte de la tragédie par Bill. Plus rien ne sera jamais pareil après cet aveuglement généralisé. C’est un Londres d’abord paralysé, désert, puis progressivement abandonné, en situation de délabrement, d’effondrement que décrit l’auteur anglais. Il arrive à créer une atmosphère de fin de monde et d’anarchie qui est saisissante pour le lecteur, tant elle est visuelle à travers les descriptions et les situations mises en place par l’auteur. Un monde s’effondre, c’est à la fois triste, violent et pathétique.

Devant un tel cataclysme, le fil conducteur est tout trouvé et mené avec intelligence et clarté. Comment survivre et quelle société maintenant ? Ce sont les questions auxquelles se confrontent Bill et sa partenaire Josella. Ils savent que plusieurs voies s’ouvrent à ce nouveau monde. La tentation soliste, égoïste est là, comme celle de la petite communauté, l’asservissement de la masse des faibles – les aveugles –est possible, comme leur prise en charge, la refondation des valeurs peut-être faite comme leur travestissement ou leur renversement. Au fil de leurs aventures, Bill et Josella vont affronter tous ces types de situations qui trouveront parfaite illustration à travers le caractère et les actes des personnages secondaires.

John Wyndham fait coïncider une menace plus grande encore avec cette catastrophe : les triffides. Ce sont des plantes carnivores et mobiles nées d’expérimentations russes (contexte de guerre froide oblige !) qui ont proliféré en raison de leur exploitation économique (outrances du capitalisme!). Elles profitent de l’effondrement de la civilisation pour se développer et s’attaquer aux hommes dont la quasi-totalité sont des proies faciles : les aveugles. La menace de l’extinction de l’espèce est un défi supplémentaire qui renforce, l’ambiance pesante de déclin, de faillite de la civilisation et de l’homme, l’urgence de la refondation du monde. Le jour des triffides est écrit à la première personne, dans le style du journal d’un survivant narrant les évènements. Le point de vue interne permet de vivre les évènements de l’intérieur et de leur donner plus d’intensité. Le lecteur est amené à partager les angoisses, les craintes, les espoirs mais aussi les défaillances, les tentations de Bill Masen.

Le jour des triffides est une œuvre symbolique des romans catastrophes de l’après-guerre. Divertissant, il est marqué par un contexte historique menaçant. Il interpelle sur la place et la survie de l’homme, son action sur la nature, et laisse ouverte la porte à la possibilité d’une autre société. Bien.

25.08.2009

Un roman Russe – Emmanuel Carrère

9782070356652.jpgIl est difficile de résumer et de définir un roman Russe, parce qu’il est à sa manière une sorte d’ovni littéraire qui dépasse les genres. Il se joue des frontières littéraires pour développer ce qui est à la fois un journal intime, le carnet de bord d’un réalisateur, le récit d’une saga familiale et d’une passion amoureuse. C’est le propre du génie romanesque que de ne pas être simplement figé dans une forme (cf. l’art du roman de Milan Kundera) mais de pouvoir articuler différents éléments, récits dans un collage qui a du sens.

Certains ont vu dans un roman Russe, un nouvel opus de la vague autofiction qui prédomine les lettres françaises récemment et l’ont critiqué. Pour ma part, le genre importe peu au regard de la qualité du livre. Le problème de la majorité des autofictions est surtout que ce sont de mauvais livres, mal écrits, mal construits ou inintéressants. Ce n’est pas le cas d’un roman Russe. Et c’est peut-être le petit miracle d’Emmanuel Carrère. Il raconte l’histoire de sa passion amoureuse avec une certaine Sophie. Une histoire difficile, avec bien entendu des coucheries, des orages, des bonheurs, des différences entre les protagonistes etc. Banal ?

En fait pas tant que ça parce que l’originalité d’Emmanuel Carrère se retrouve dans son écriture. Il s’agit d’une véritable mise à nu. A la lecture de cette histoire, on y sent une dureté, une violence, une noirceur qui sont rares. Emmanuel Carrère est sans concession avec lui-même, avec ce qu’il a vécu. Le lecteur sent qu’il n’y a pas de jeu, pas de légèreté. Il s’agit ici de trifouiller le plus profond des choses, des mots, des pensées. Le mérite de l’auteur est de ne pas faire de son lecteur un témoin éloigné mais presqu’un acteur pris quelque part au milieu des déchirements, des envolées de cette passion complexe. Il y a quelque chose de viscéral et d’essentiel, de nécessaire dans la manière dont ce texte est écrit qui le distingue des autres textes similaires.

D’autant plus qu’excellent romancier, Emmanuel Carrère, mêle cette histoire à celle d’une quête personnelle, une quête identitaire qui est encore plus intéressante à mes yeux. Il essaie de comprendre, de décrypter la fêlure intime qui fait de lui l’homme qu’il est, un écrivain, cet écrivain là. Déchiré, complexe, sombre et envoûtant. Cette quête est un processus de réappropriation d’une généalogie, celle d’une famille de Georgiens que l’histoire et ses grands sabots a poussé à émigrer en France. Suivre l’enquête d’Emmanuel Carrère sur ses origines russes, sur ses grands parents et plus particulièrement son grand père qui se trouve être une personne aussi torturée que lui est un cheminement riche, une fois encore très intime mais aussi très difficile, très âpre. Les sinuosités, les sombres recoins de cette histoire familiale sont exposés et révèlent la face cachée d’une famille. Un traumatisme qui court d’une génération à l’autre est là, tapi. Et à vrai dire, on s’en tape un peu que ce traumatisme concerne aussi Hélène Carrère d’Encausse, la mère de l’écrivain et la secrétaire perpétuelle de l’académie Française. Ce livre vaut plus que ça.

Emmanuel Carrère arrive à faire de la Russie un fil conducteur, un pivot entre sa quête des origines, son problème identitaire et sa passion amoureuse. La Russie est le point de départ du livre et de ces trois sujets. Alors qu’il était parti couvrir l’histoire incroyable d’un prisonnier hongrois resté enfermé pendant cinquante ans dans un hôpital psychiatrique russe à Kotelnitch, s’ouvre sous ses pieds un abîme dans lequel il s’engouffre. Il veut faire un film sur la vie à Kotelnich. La Russie, les voyages pour réaliser ce film entre autres, permettent de tisser des liens entre les trois explorations poursuivies par le livre. La Russie est une pierre angulaire qui lui permet de travailler d’abord, de poursuivre sa quête des origines, de se confronter à lui-même et qui a une importance dans le délitement de son histoire avec Sophie.

Ce qu’il y a de moins intéressant dans un roman Russe, ce sont finalement les passages de « cul » et les longueurs concernant la nouvelle publiée par Emmanuel Carrère dans le monde. Pour le reste, un roman Russe est pour moi une œuvre intéressante, dense et présentant une structure narrative à même d’exploiter ses différents thèmes, et qui offre plusieurs niveaux de lecture. Emmanuel Carrère est un des écrivains français les plus intéressants de ces dernières années et il le confirme.

Tsili – Aharon Appelfeld

tsili.jpgTsili Kraus est une jeune juive d’une douzaine d’années un peu simple d’esprit qui est abandonnée par sa famille en fuite alors que les persécutions antisémites atteignent leur pinacle en Europe centrale en 1942. Par chance, elle échappe aux profiteurs qui viennent piller leur maison dans laquelle elle reste cachée. Après, commence pour elle une errance, en marge de la société chez de rares personnes qui veulent l’accueillir en échange de menus services et avec qui elle finit par avoir des problèmes, dans la forêt à vivre et à se nourrir comme un animal de ce qu’elle trouve.

Tsili est un livre original sur l’holocauste. Tout d’abord avec ce personnage éponyme. Tsili est une juive qui en raison de sa simplicité d’esprit est rejetée par sa propre famille qui semble obsédée par l’idée de s’intégrer à une société qui veut les engloutir. L’ironie du sort veut qu’elle arrive à ne pas être perçue, identifiée comme une juive lorsque livrée à elle-même, elle rencontre des « autochtones ». Cette simplicité d’esprit est d’une certaine façon une chance pour Tsili à ce moment là pour échapper au sort des autres juifs, même si elle finit par être rejetée en raison de sa féminité, de ce que sa naïveté et son physique laissent entrevoir comme possibilités aux hommes et menaces aux femmes. L’exclusion est au cœur du livre avec Tsili qui se retrouve obligée de se replier sur elle, d’apprendre de manière difficile ce qu’est le monde adulte et le monde extérieur en général.  L’holocauste est constamment présent dans le roman d’Aharon Appelfeld. C’est une menace qui rôde autour de Tsili, qui charge l’atmosphère d’une certaine électricité et d’une réelle noirceur. Et pourtant, il n’est jamais évoqué de manière frontale. Même lorsqu’elle rencontre dans la forêt Marek, un juif qui a réussi à s’évader d’un camp de concentration, la Shoah n’est présente que de manière diffuse, éparpillée dans les mots, les actes, les dialogues. Elle demeure cependant là, obsédante, lourde car tapie dans tous les recoins, montrant par intermittences son visage. Une bête qui ronge Marek.

Aharon Appelfeld ne se lance pas dans de grands discours, il ne succombe pas au pathos alors que la tragédie est là, permanente, multiple. Il raconte avec une certaine retenue qui n’étouffe pas les sentiments le destin tragique d’une enfant au cœur et à côté de la tourmente. Les deux à la fois. La vie malgré le vide immense, le trou noir de l’histoire. Il dit aussi avec des anecdotes justes, des histoires fortes l’immédiat après holocauste. En même temps que Tsili, Aharon Appelfeld nous met devant la honte, le malheur, le désarroi, la souffrance, le désespoir de ceux qui ont survécu. Cette espèce de néant qui a suivi la sortie des camps et qui a vu une avancée anarchique, hiératique vers l’ailleurs, de ces graciés envahis par des sentiments, des pensées, des pulsions contradictoires.

Tsili est un livre dur, intense, triste. 

19.08.2009

Une vie de boy – Ferdinand Oyono

une vie de boy.jpgUne vie de boy est un classique de la littérature africaine. Paru peu de temps avant les indépendances en Afrique de l’ouest, il apparaît comme un témoignage de valeur sur la condition noire sous la colonisation, bien que le livre soit un roman. Une vie de boy est composé de deux cahiers qui constituent le journal intime du jeune Toundi. Ce jeune indigène y rapporte ses aventures depuis qu’il a décidé de quitter la demeure familiale rejoindre l’église du père Gilbert et échapper à une correction de son paternel. C’est le point de départ d’une existence qui sera placée sous le signe de la servitude. En effet en rejoignant l’ecclésiaste, Toundi gagne un toit et un couvert et apprend à lire et à écrire mais emprunte aussi la voie du boy – servant – qu’il poursuivra chez le commandant Decazy.

Etre Boy n’est pas une synécure, c’est un métier difficile – présent aux aurores et service jusqu’à minuit – aux contours flous – l’essentiel est d’être disponible et corvéable à merci – qui est riche en brimades, en humiliations – coups, retenues salariales, insultes…Toundi trime et essaie de donner satisfaction à ses maîtres blancs. Outre la description de la difficile situation du personnel domestique chez le colon blanc, le métier de Boy permet de pouvoir observer de plus près les maîtres. Les portraits effectués par Toundi qui est au contact étroit avec les colons blancs permettent d’en savoir plus sur les opinions de ces derniers sur les noirs,  la colonisation ainsi que sur leurs comportements, les mœurs en vigueur dans le microcosme colonial. Toutes les opinions traversent le journal de Toundi, le mythe du bon sauvage, les clichés racistes, les espoirs d’apport de civilisation façon Jules Ferry entre autres. Tous les comportements sont là aussi. Ceux qui s’adaptent à l’Afrique, vont jusqu’à coucher avec les noirs, ceux qui en profitent, ceux qui ne l’aiment pas et en souffrent.

Une vie de Boy est un livre parfois drôle, surtout dans sa première partie, avec des anecdotes amusantes, un ton parfois léger et moqueur, des observations justes et piquantes, mais sa tonalité générale est tragique. C’est une dénonciation de la servitude durant la période coloniale, du traitement infligé aux noirs, du racisme, de l’inhumanité qui trouvent illustration dans la trajectoire du personnage principal Toundi. Ce boy efficace et plein de bonne volonté, avide d’apprendre, un peu naïf, est malheureusement confronté à une réalité moins vertueuse que lui. Au fur et à mesure qu’il en apprend sur les colons blancs, sur le commandant et sa femme notamment, ces derniers baissent dans son estime. Ils le lui rendent bien en le traitant chaque jour moins bien, se défaussant sur lui de leurs fautes, de leurs erreurs, l’accablant un peu plus chaque jour. Il paie pour eux.

L’écriture de Ferdinand Oyono n’est pas révolutionnaire mais permet de coller aux aventures de Toundi et de ressentir les difficultés de sa condition. Il y a une simplicité et une naïveté qui ne paraissent pas feintes et qui rendent l’œuvre touchante. Une vie de Boy vaut le détour.

18.08.2009

Contes glacés – Jacques Sternberg

sternberg3.jpgJacques Sternberg a trouvé sa voie en devenant l’auteur de contes brefs dont lui seul a le secret et la formule. Comme l’affirme la quatrième de couverture, il en a écrit plus de 1500 parmi lesquels Joseph Duhamel a choisi ceux qui composent ces contes glacés.

L’art de ces contes est de jouer avec la science fiction, le fantastique ou encore l’absurde, le non-sens pour interpeller, se moquer, critiquer. De manière succincte, avec un sérieux teinté d’ironie, et une science de la chute, Jacques Sternberg s’attaque aux objets de notre quotidien (miroir, rideaux, photos…), aux animaux (chats, poissons, insectes…), aux lieux (musée, gare, bibliothèque…), aux lois de la nature, aux êtres humains bien sûr. Cette sélection par thème est pertinente pour montrer la diversité des sujets abordés par Jacques Sternberg et propose une approche balisée d’une œuvre pas si évidente à appréhender et à apprécier. Néanmoins je dois avouer en tant qu’amateur de ces contes que cette sélection est en deçà de celle des 188 contes à régler ou celle des histoires à mourir de vous par exemple qui sont bien meilleures – peut-être plus uniformes aussi.

Ma préférence dans les contes de Jacques Sternberg va à ceux qui critiquent la nature humaine, la société de consommation, l’idiotie contemporaine ou moderniste ou encore les croyances, les us établis – de préférence par la science-fiction. Force est de reconnaître que ce recueil fait une place plus grande à ceux qui privilégient l’absurde pur ou encore le fantastique pour l’effroi et la surprise.

Ces contes glacés n’en demeurent pas moins une porte d’entrée vers l’univers très particulier de Jacques Sternberg et de ses contes originaux

17.08.2009

L’immortel Bartfuss – Aharon Appelfeld

bartfuss.jpgL’immortel Bartfuss est le premier livre d’Aharon Appelfeld que je lis. Le moins que je puisse dire est que la déception est sans doute à la hauteur de mes attentes.

Bartfuss est un rescapé de la Shoah. Il s’est échappé d’un camp de la mort, s’est caché dans les forêts voisines, s’est réfugié en Italie, avant de partir pour Israel. La légende dit qu’il a survécu avec plus de cinquante balles dans le corps. Enfin, c’est ce que l’on devine à la lecture du livre, car du passé de Bartfuss, de son histoire de rescapé de la Shoah, on n’a que des bribes, des morceaux ténus et décousus, attrapés ci et là, dans un dialogue, dans la narration. Jusqu’au bout du livre, ce passé au statut mythique de Bartfuss restera évanescent, mystérieux. Trop.

Il en va de même pour ses activités au sortir de la guerre. Bartfuss n’a pas été un enfant de chœur, il s’est adonné à des activités illégales, dangereuses, il s’est compromis de différentes manières. Mais tout ceci reste brumeux, toujours flou et difficile à saisir. C’est donc tout un aspect du livre, de la personnalité et du vécu de Bartfuss qui reste en jachère pour le lecteur. C’est dommage car ce sont ces éléments qui auraient pu donner plus de force au livre, plus de chair et plus d’impact. Plus d’intérêt. Car que reste t-il alors de l’immortel Bartfuss ?

Une histoire de couple qui a mal tourné et qui marine dans la rancœur, l’aigreur et de pathétiques histoires d’argent. L’essentiel du livre tourne effectivement autour du couple de Bartfuss et de Rosa. On en sait plus sur cette histoire que sur celle de Bartfuss même. Une drôle de rencontre qui semble irréelle et puis un enchaînement hasardeux qui fait de Rosa et de Bartfuss, un couple, des parents et ensuite des habitants d’Israël, et enfin une famille déchirée avec Rosa et les deux filles d’un côté et Bartfuss seul de l’autre. C’est histoire n’est pas vraiment touchante, ni vraiment marquante. Il y a trop d’ellipses, trop d’éléments abandonnés en cours de narration ou peu développés pour qu’elle prenne de l’ampleur. Aharon Appelfeld semble perdu dans le minuscule, dans le détail et dans l’insignifiant.

Il est concentré sur Bartfuss et sa difficulté à être dans sa vie après la Shoah. Mais il est difficile de partager les émotions et les réflexions de ce dernier en raison des éléments explicités plus haut. On suit Bartfuss dans ses déambulations sans grand intérêt. Le vide de son existence est omniprésent, il pourrait être moins ennuyeux pour le lecteur si son passé était plus présent, si ses rencontres avec les autres rescapés apportaient plus d’éléments, étaient moins mystérieuses, si les dialogues étaient moins dans le non dit – semblant parfois vides ou inutiles.

Le poids de l’héritage de la Shoah, la difficulté de vivre avec, après, de faire ou d’être quelque chose de mieux, me paraissent des thématiques mal exploitées dans ce livre ou en tout cas trop ambitieuses pour ce que j’ai pu lire. Je suis peut-être passé à côté de Bartfuss l’immortel, mais je ne compte pas m’arrêter là avec Aharon Appelfeld en espérant être moins déçu.

15.08.2009

La petite fille de monsieur Linh – Philippe Claudel

linh.jpgMonsieur Linh est un réfugié asiatique. Ce vieil homme a fui son pays ravagé par la guerre pour une terre d’accueil occidentale. C’est un voyage douloureux que l’exil pour un homme qui a tragiquement perdu toute sa famille. Il ne lui reste plus que sa petite fille, un nourrisson auquel il s’accroche pour avoir la force de vivre et de supporter le dépaysement et le déracinement qui accompagne son aventure.

Dans son livre, Philippe Claudel traite le thème de l’exil et du choc des cultures du côté des sentiments. Ce qui peut apparaître touchant par moments mais est surtout à la limite du guimauve et du sentimental la plupart du temps. L’écriture intimiste, le point de vue interne et la tonalité de la narration créent une atmosphère chargée de pathos qui est assez rapidement pénible pour qui n’est pas amateur de grands sentiments à la louche.

A vrai dire, le livre est assez convenu sur les sujets qu’il traite et est même souvent dans le cliché. Il n’y a pas de véritable réflexion autour de ce que vit Monsieur Linh, seulement de l’émotion assez facile. La complexité de la situation de réfugié est éludée au profit de souvenirs idéalisés de Monsieur Linh, de sa culture, de sa famille et du passé. Le choc des cultures n’est pas réellement exploité ou tangible dans les situations. Philippe Claudel se contente du plus basique et du plus évident pour tous.

Certains peuvent apprécier l’histoire d’amitié entre Monsieur Linh et cet homme qui a perdu sa femme. Mais là encore c’est très prévisible, assez facile, rapide et une fois de plus gorgé d’une sentimentalité de roman à l’eau de rose. Philippe Claudel n’échappe pas non plus à un dénouement tragique qui est couplé à une surprise qui est un des piliers du livre. Je ne la dévoile pas, mais elle peut se deviner plus ou moins rapidement. Alors le livre perd encore plus d’intérêt et devient interminable. C’est dommage quand on voit toute la peine que se donne Philippe Claudel pour son effet de manche.

Lecture difficile pour moi. Même en été, dans un hamac, la tête vide. Je dois avoir un cœur de pierre.

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