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  • Après le tremblement de terre – Haruki Murakami

    Apres-le-tremblement-de-terre.jpgEn 1995, un tremblement de terre de magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter frappe Kobe, sur l’île de Honshu au Japon. Bilan : plus de 6000 morts et des dizaines de milliers de blessés, sans parler des dégâts matériels. C’est à la suite de ce drame qu’Haruki Murakami retourne dans son pays après des années d’exil en Europe et aux Etats-Unis. Les 6 nouvelles de ce recueil portent en elles les stigmates de cette catastrophe.

    Il ne s’agit pas ici de parler de manière directe du tremblement de terre, ni d’évoquer tout ce qui pourrait nous venir à l’esprit au sujet de ce genre de tragédies en termes d’images. Pour Haruki Murakami, le séisme est intérieur. Le tremblement de terre de Kobe traverse toutes les nouvelles, les relient d’une façon indirecte - sans que les nouvelles aient de connexion les unes avec les autres - par la fracture, la faille béante qu’elle ouvre dans l’existence des personnages. Le tremblement de terre survient en chacun d’entre eux, polymorphe, un ennemi intérieur qui brusquement surgit et les bouleverse.

    Ce qui frappe dans ces nouvelles est l’extrême solitude de ces personnages communs qui sont confrontés à des interrogations silencieuses mais violentes qui les rongent. Que ce soit cet homme brutalement quitté par sa femme qui le trouve vide ou encore cette femme en voyage en Thaïlande qui en veut à un homme au point de souhaiter sa mort en passant par ce jeune homme qui suit un inconnu dans la rue qui pourrait être son père inconnu ou encore ces deux passionnés de feux de camp qui souhaitent se donner la mort.

    Haruki Murakami a une manière subtile de dire les maux intérieurs. Il narre avec une certaine fluidité, de la finesse, dans une ambiance minimaliste et parfois teintée de fantastique, mystérieuse, des angoisses existentielles fondamentales, d’une profondeur soudainement vertigineuse. Impossible de ne pas reconnaître l’élégance de son écriture qui confère de la beauté mais aussi une puissance inouïe à des sentiments de perte, de nostalgie, d’échec, de vide, d’absurde, de mélancolie.

    Après le tremblement de terre est un excellent recueil de nouvelles, fort et original dans son approche du séisme de Kobe.

  • Carton Jaune – Nick Hornby

    9782264044259.jpgSi vous n’aimez pas le football, si vous n’y comprenez rien et trouvez incroyable la passion qu’il provoque, ce livre n’est certainement pas pour vous, passez votre chemin. Peu importe que Nick Hornby essaie aussi d’expliquer la fièvre du football, sa fièvre aux néophytes, aux sceptiques. Je crois vraiment que pour totalement apprécier Carton Jaune, il est préférable d’être un amateur de ballon rond. En effet, Carton Jaune est l’autobiographie d’un fan d’Arsenal. L’intérêt du livre ne réside pas dans l’existence de Nick Hornby, narrée sur plus d’une vingtaine d’années : sa famille divorcée, ses relations avec son père, sa belle-famille, ses premiers amours pathétiques, son parcours scolaire moyen, ses orientations professionnelles hasardeuses, ses crises existentielles, ses désirs d’écriture, son adhésion à la classe moyenne, etc. de la province anglaise à Londres. Tous ces éléments qui n’ont rien d’original ne prennent valeur que par leur traitement original à travers le prisme du football.

    Il est dingue de voir comment le ballon rond est entré dans la vie de Nick Hornby et a tranquillement pris le fauteuil principal pour régenter toute sa biographie qu’il déroule en parallèle de l’histoire du club d’Arsenal. Carton Jaune est un livre intéressant lorsque Nick Hornby explique sa passion, son amok, du football. Il raconte sa difficile condition de supporter, d’une certaine façon une ascèse, qui demande d’insensés sacrifices de toutes sortes. Il faut dire qu’il est de ceux qui ne ratent pas un match, de ceux qui peuvent en parler des heures sans s’arrêter, de ceux qui en font une philosophie, une métaphore de l’existence, de ceux qui croient qu’il n’a pas d’égal sur bien des plans, de ceux qui sont capables de suivre fidèlement le même club pendant plus de vingt ans et de se rendre au stade tous les samedis, d’effectuer des déplacements, de rater des évènements importants pour un match, de perdre la raison, de déborder de sentiments pour un autre match, etc.

    Il n’est pas évident d’écrire sur le sport, d’où la valeur de Carton Jaune. Chaque chapitre est construit autour d’un match d’Arsenal et des évènements qui l’entourent. Suivez l’histoire du club, découvrez là, vivez donc ses grands moments, ses pires aussi, voyez ses personnalités légendaires – Adams, Winterburn, Wright, Graham, Mee -, écoutez son ambiance – Highbury - et à partir de là, réfléchissez sur le football en général. Les supporters, le hooliganisme, le racisme, la logique financière, les stades, les compétitions, la révolution de la TV, etc. Le tout jalonné de moments tragiques ou magnifiques que tout amateur de football connaît : Pelé et le Brésil 70 – la meilleure équipe de tous les temps - ou la tragédie du Heysel.

    Je suis passionné de football et je dois dire que rien que pour ça, j'ai apprécié Carton Jaune.

  • Pays perdu – Pierre Jourde

    9782266143783.jpgUn pays perdu ? C’est ce à quoi ressemble le petit village du Cantal qui est au centre de ce livre. Pour l’histoire, c’est deux frères qui reviennent dans le village de leur enfance parce que l’un d’eux a hérité d’un cousin. Durant le court laps de temps qu’ils passent au village pour chercher un éventuel magot caché dans la ferme laissée en héritage, se déroule l’enterrement de la fille d’un des habitants, récemment décédée. Le retour au pays natal de ceux qui sont devenus assez tôt des citadins est l’occasion de raconter ce coin, une espèce de bout du monde.

    Il n’y a pas vraiment d’intrigue dans Pays perdu. Pas besoin. Ici, il s’agit juste du portrait du village et de ses habitants. Portraits qui défilent les uns après les autres. Ceux qui pensent que les descriptions n’ont plus d’avenir en littérature en sont pour leurs frais. Pierre Jourde réhabilite l’art du portrait et de la description en se faisant succéder sous nos yeux ébahis, un monde autre. En fait un monde que l’on croyait disparu ou peut-être fantasmé, celui de la ruralité âpre et dure, de la tradition, enfoncé dans une espèce d’immobilisme, vaincu par la désuétude.
    Qu’est ce que  ce pays alors ? Un monde qui se meurt, une réminiscence du passé. Un monde rongé par l’alcool, la promiscuité, la dureté de l’existence. Un décor aride, rustique  froid qui semble écraser les existences du poids du néant, de l’absence d’horizon. Ici les grandes valeurs semblent porter le vice sur leurs dos. Ici, on est buriné, maltraité par la vie mais on la lui rend bien, au moins sur les voisins et les gens de l’extérieur, parce qu’évidemment on n’aime pas les gens de l’extérieur.

    Pierre Jourde arrive à faire exister avec force chacun des habitants de ce village à l’esprit de son lecteur. Leurs petites histoires, leurs manières, leurs traits sont restitués, sans concession, avec justesse. Il les met à nus, ouvre leurs entrailles peu ragoûtantes et livre leurs secrets, leurs maux intimes, leurs failles, leurs défaites. C’est dur, c’est moche mais en même temps il faut reconnaître que ces habitants sont contés avec une langue riche qui d’une certaine façon leur donne un aspect poétique brut, une densité fascinante.

    Pays perdu est un livre intéressant. Il a valu à son auteur de violentes représailles lors de son retour sur les terres de son village qui lui a inspiré ce livre. Certains habitants n’avaient pas aimé ce qu’ils pensaient être leurs portraits.