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  • Cinq questions de morale – Umberto Eco

    9782246561613.gifCe livre est un recueil de cinq textes d’Umberto Eco qui sont à l’origine des conférences ou des interventions. Ils concernent 5 thèmes dont l’actualité est toujours brûlante et qui concernent des secousses profondes qui animent la civilisation occidentale. Avant de survoler chacun de ces thèmes, je tiens à souligner le caractère accessible de chacun de ces textes ainsi que la vigueur et l’originalité de la pensée d’Umberto Eco qui ne se lasse pas de surprendre et donc de stimuler le lecteur.

     

    1/ Penser la guerre est un collage de 2 textes parus respectivement à l’occasion de la première guerre du golfe et de l’intervention militaire de la communauté internationale au Kosovo. Si on peut rester prudents devant l’impossibilité et l’inutilité de la guerre comme le proclame Umberto Eco, force est de reconnaître la mise en lumière qu’il fait des difficultés de mener et de gagner les guerres au sens traditionnel. Depuis le caractère néfaste pour des pans de l’économie en passant par l’impact des opinions publiques et l’interpénétration du village global jusqu’à la nécessité de faire le moins de victimes, il nous montre que les enjeux de la guerre ont changé et qu’elle n’est peut-être plus « efficace ». Une réflexion à apprécier au regard de l’intervention US en Irak et Afghanistan.

     

    2/ Le fascisme éternel est un texte qui essaie de préciser la nature polymorphe et insidieuse du fascisme et donc d’expliquer sa renaissance et sa menace permanente sur les démocraties du monde entier. Umberto Eco distingue le fascisme d’autres types de totalitarismes et surtout définit un ensemble de 14 traits intrinsèque du fascisme. Une grille de lecture intéressante.

     

    3/ Sur la presse, est un rapport présenté devant le Sénat italien et qui porte sur les difficultés de la presse en raison notamment de la concurrence des autres médias. Ce qui est frappant dans ce texte, est la perception aigüe qu’à Umberto Eco de la tabloïdisation progressive, du grégarisme et des enjeux financiers et rédactionnels de la presse. Si l’auteur italien semble très (trop ?) remonté contre l’influence de la télé et des hommes politiques à ce sujet, il perçoit également la menace internet alors que le rapport n’est écrit qu’au milieu des années 90. Notons qu’Umberto Eco propose une voie de secours qui n’est pas la tendance actuelle en raison du degré d’exigence et des moyens qu’elle demande. Il souligne les dangers d’un quatrième pouvoir défaillant et dénaturé.

     

    4/ Texte le moins abouti à mes yeux alors qu’il porte sur un sujet qui m’intéresse, Quand l’autre entre en scène. C’est un morceau de la correspondance d’Umberto Eco avec le cardinal Martini sur l’éthique naturelle et celle fondée sur la transcendance ou la foi. Il aurait tout simplement fallu développer un peu plus.

     

    5/ Les migrations, la tolérance et l’intolérance est un collage de textes. Je veux souligner leur caractère original sur le thème de l’immigration. La distinction que fait Umberto Eco entre migration et immigration est vitale pour un regard neuf sur les mouvements de population. Sujet d’actualité s’il en est. Le lien est tout trouvé avec une réflexion sur le caractère naturel et profond de l’intolérance qui nécessite un travail d’éducation à la base. Rien de novateur dans ce 2ème texte, surtout comparé à celui sur l’intolérable qui propose ni plus ni moins que de redéfinir constamment notre seuil d’intolérable et de sortir de nos règles communes à chaque fois qu’il nous semble avoir atteint quelque chose que nous ne pouvons plus supporter.

     

    Ouvrage intéressant, pistes de réflexion ouvertes sur ces sujets.

  • Ma Mercedes est plus grosse que la tienne – Nkem Nwanko

    mercedes.jpgDans ma mercedes est plus grosse que la tienne, il ne s’agit pas tant d’une mercedes que d’une Jaguar, celle d’Onuma, enfant prodigue de retour au village. A vrai dire n’importe quelle voiture de luxe (ou pas) aurait pu faire l’affaire pour ce qu’elle est censée représenter : la réussite sociale. La voiture demeure encore de nos jours un élément clé de la société occidentale. De par son importance dans l’économie, mais plus encore dans la symbolique, en tant que représentation de la modernité triomphante, du miracle de la technologie, de l’accomplissement de la liberté individuelle, notamment contre les contraintes d’espace et de temps, mais aussi en tant que prolongation de l’égo de son possesseur. Imaginez alors son impact dans les sociétés traditionnelles africaines et plus particulièrement dans un village du fin fond du Nigéria…


    Onuma est un jeune homme doué qui a quitté le village pour Lagos où son intelligence naturelle, plus que des études finalement négligées, en a fait un chargé de relations publiques. Son retour au village à bord de sa Jaguar est l’occasion pour Nkem Nwanko d’aborder la question centrale du matérialisme au sein des structures traditionnelles – élargissement possible à l’occident. L’importance, la valeur d’Onuma est liée à sa voiture. Grâce à elle il est le centre d’attraction du village, c’est un homme admiré, adulé, respecté et qui est tenu en haute estime. Toute l’attention du village est concentrée sur lui qui est un mirage de la prospérité et de l’élévation sociale et culturelle.

    Nkem Nwanko livre une sorte de parabole dont la morale est cruelle pour Onuma. L’objet de sa puissance se trouve être aussi celui de sa perte. Ou comment la Jaguar finit dans un ravin et devient une source d’ennuis financiers qui provoquent la chute d’Onuma. Ce dernier dont la valeur est attachée à la voiture se retrouve aliéné par ce bien matériel. Son prestige dépend de la Jaguar dont il ne peut se passer. Or un enchaînement malheureux de déboires et de pépins, une concordance fatale de mauvais choix l’éloignent chaque fois un peu plus de son objectif : récupérer son bolide et restaurer son aura.


    La déchéance d’Onuma est progressive et sa fin pathétique. Elle n’est pas seulement une dénonciation du matérialisme triomphant et la culture de l’apparat. Elle met aussi en lumière les travers de certaines mœurs, certaines coutumes du village même si c’est aussi une attaque en règle contre l’individualisme triomphant et le mépris envers les non urbains. L’exploration psychologique du personnage d’Onuma est intéressante à maints égards. Il représente une figure de l’Africain qui n’est pas si commune en littérature: une espèce d'ambitieux individualiste et déraciné, adepte de l'ostentatoire. On peut éventuellement rester sur sa faim en ce qui concerne Lagos telle que perçue par Onuma ou encore regretter que les enjeux politiques du village qui apparaissent opportunément à un moment du livre ne soient pas exploitées de manière un peu moins simples.

    Pathétique, riche en péripéties, ma mercedes est plus grosse que la tienne est un livre qui vaut quand même le détour.

  • Dernier noël de guerre – Primo Lévi

    Le-dernier-noel-de-guerre.jpgCe recueil a été constitué de nouvelles de Primo Lévi qui ne font pas partie d’autres recueils mais qui sont parues dans ses œuvres complètes au titre de pages éparses. Et le moins que l’on puisse dire après lecture de ces textes courts est qu’ils sont de natures différentes et donc forcément inégaux.


    Pour commencer par les nouvelles qui me sont apparues comme les moins intéressantes et les moins réussies, je vais évoquer les interviews d’animaux. Primo Lévi se glisse dans la peau d’un journaliste qui interviewe une girafe, une taupe, une araignée ou encore une bactérie logée dans l’intestin humain. En quelques mots : l'humour tombe à plat et ce que ces nouvelles ont à nous dire sur les hommes et leur société est souvent banal, provoque un certain ennui et un profond désintérêt. C’est vraiment dommage que ces nouvelles occupent une place importante dans le recueil.


    Les nouvelles d’inspiration vaguement fantastique, ou encore teintées de science-fiction forment le deuxième contingent du recueil. Si En une nuit possède un certain mystère que je recommande d’explorer et que le Buffet ou encore Etat civil ont des touches plaisantes d’humour et de décalage, Les fans de Spot de Delta Cep s’avère être une nouvelle ratée. Ces nouvelles sont globalement peu marquantes et pas d’une folle originalité.


    Les nouvelles en forme de souvenirs de Primo Lévi sont les plus réussies. La fin du gars de Marineo ou encore la chair de l’ours sont des textes qui portent une certaine intensité, un propos intéressant et font montre d’un art narratif plus captivant à défaut d’originalité. Il n’est pas non plus surprenant que la nouvelle la plus aboutie et la plus marquante du recueil soit celle qui donne son titre à ce dernier. Dernier noël de guerre est un témoignage poignant et fort dans la veine de ceux qui ont fait la notoriété de Primo Lévi – Si c’est un homme, la trêve


    Ce recueil de nouvelles assez décevant peut relancer la question de la valeur des œuvres de Primo Lévi hors témoignages incontournables et capitaux concernant son expérience des camps de la mort.