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  • Le fourgon des fous – Carlos Liscano

    9782264044952.jpgLe fourgon des fous, c’est celui de la liberté, celui dans lequel on convoie le prisonnier avant de le relâcher définitivement. Carlos Liscano a attendu le fourgon des fous pendant 13 ans. C’est le 27 mai 1972 que son calvaire a commencé. Il n’était alors qu’un jeune homme de 23 ans en révolte contre le régime autoritaire en place en Uruguay. Le fourgon des fous est son témoignage de la torture, des mauvais traitements dont il a été victime pendant son incarcération.

    Le livre de Carlos Liscano est un témoignage intéressant à plus d’un titre. Il divise son livre en 3 parties qui symbolisent les 3 axes qu’il a choisis pour aborder la terrible épreuve qu’il a du surmonter. La première partie « deux urnes dans une voiture » concerne le travail de deuil et de mémoire. Carlos Liscano a perdu ses parents alors qu’il était en prison. C’est la partie la plus touchante du livre. L’auteur uruguayen parle brièvement de sa famille avant et après son incarcération. Il explique, la solitude de celui qui perd ses parents - surtout dans de telles conditions, la dette qu’il a envers ces derniers, et la nécessité d’enterrer ses morts. Il y a des pages simples et brutes qui disent la douleur du manque et du temps raté ou perdu à jamais avec les siens.

    La deuxième partie, « soi et son corps » aborde plus directement le séjour de Carlos Liscano dans sa geôle. Il nous dit ce qu’il a subi, les différents types de sévices, les conditions de détention, les humiliations, les peurs, les angoisses. Il ne s’agit pas uniquement d’un simple témoignage mais d’une réflexion plus vaste sur la torture. Carlos Liscano écrit sur la relation entre celui qui torture et celui qui subit, sur l’enjeu de la résistance, sur la réalité physique et psychique des épreuves subies, sur les techniques pour ne pas succomber, sur l’envie de s’échapper, de se laisser tuer, etc. Tout au long de cette partie, il dessine un rapport au corps singulier vécu par le torturé, le prisonnier. C’est son angle d’analyse. Notre corps n’est pas un avec notre conscience mais un partenaire dont on doit s’occuper avec attention ou s’accommoder et qui peut devenir un handicap, un fardeau ou même quelque chose d’étranger. Il n’y a pas de pathos dans la description que fait Carlos Liscano de son séjour dans les prisons uruguayennes, au contraire. D’où une acuité plus grande de ce qu’il décrit au sujet du corps, de son analyse sur la distance entre le corps et la conscience.

    La troisième partie « s’asseoir et attendre ce qui arrivera » évoque l’enjeu de la liberté pour celui qui a été prisonnier si longtemps, qui a subi la torture. Que faire de sa vie, comment survivre après cette souffrance, quel destin ? Ce sont des réflexions sur la résilience, mais aussi la reconstruction de soi, la construction d’une existence. C’est l’explication succincte des choix effectués par l’auteur une fois qu’il a été libéré.

    Le fourgon des fous est un excellent livre dont je recommande la lecture.

  • La grève des Bàttu – Aminata Sow Fall

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    Les Bàttu, ce sont les sébiles des mendiants. Qu’est ce qui peut donc bien amener les mendiants à la grève mentionnée dans le titre du livre ? Le souhait du ministre Mour N’diaye de les repousser hors de la ville et la farouche détermination de son bras droit Kéba-Dabo qui n’hésite pas à recourir aux moyens les plus rudes pour y arriver. Celui qui a déjà parcouru les rues d’une capitale d’un pays du tiers monde, plus particulièrement en Afrique, a déjà été confronté à la présence de cette population d’handicapés, de pauvres, de gueux, de toutes espèces, à la recherche de leur pain quotidien. Le phénomène désormais présent dans une moindre mesure dans certains pays d’Europe, permet de donner une dimension universelle plus immédiate au roman d’Aminata Sow Fall.

    La question qu’elle pose est celle de la place des plus démunis dans toutes les sociétés et la réaction des puissants et des gouvernements devant la pauvreté. Détourner les yeux n’est pas toujours possible et pour éviter de désagréables rencontres, ne vaut-il mieux pas cacher cette misère, la refouler, au nom du tourisme ici, de l’inconfort de certains par là, de la gêne qu’ils occasionnent, du trouble de la tranquillité d’esprit de monsieur tout le monde ? Il est remarquable que le ministre Mour N’diaye ne pense brièvement à des solutions plus humanistes comme l’éducation, ou une aide sociale que lorsqu’il est acculé et a besoin des mendiants.

    C’est là que le livre possède une dimension purement africaine. En effet, retournement de l’histoire, pour réaliser des sacrifices propitiatoires, vitaux pour ses ambitions, le ministre se retrouve en demande de mendiants alors que ceux-ci se sont retranchés dans un camp en dehors de la ville. Leur grève se trouve être un succès car la tradition des sacrifices force les puissants à aller vers eux. Difficile d’imaginer pareil renversement de logique dans le monde occidental où l’exclusion volontaire serait sans doute la pire des solutions pour ces damnés.

    Tout au long du livre, Aminata Sow Fall aborde sans les approfondir d’autres thèmes comme la condition d’épouse en Afrique, la corruption des élites gouvernementales. Elle inscrit son livre dans un cadre très africain avec les passages relatifs aux marabouts, aux croyances et pratiques. Le livre est une charge optimiste et salutaire contre la considération offerte aux miséreux. Attachant, il possède le charme et les défauts d’une certaine simplicité et prévisibilité.

  • Trois jours chez ma mère – François Weyergans


    6541042_3548763.jpg2005 : François Weyergans reçoit le prix Goncourt pour Trois jours chez ma mère, un livre à lire ? J’ai une bonne intuition à partir de ce que je perçois du livre grâce au barnum médiatico-littéraire à son sujet: c’est une daube. 2009 : intuition confirmée après lecture de l’ouvrage. Si j’ai un conseil à donner, passez votre chemin, ne perdez pas votre temps, car à plus d’un titre, Trois jours chez ma mère est un mauvais livre.

    François Weyergans écrit sur un certain François Weyergraf qui essaie difficilement d’écrire un livre intitulé Trois jours chez ma mère qui met en scène un François Weyerstein qui a le même problème et qui lui même s’efface devant un François Graffenberg. Est-ce l’originalité très très relative de ce procédé littéraire qui a convaincu les jurés du prix Goncourt ? C’est en tout cas fort étonnant parce que cette construction narrative en « poupées russes » n’est pas si innovante. Surtout, elle s’avère finalement peu convaincante car peu élaborée, peu aboutie dans ce livre. C'est un concept qui tourne à vide.

    Le concept des François successifs n’a aucune finalité sinon que de permettre à François Weyergans de raconter ses problèmes d’argent, sa difficulté à écrire, ses multiples aventures imaginaires ou non. Tout ceci est d’un nombrilisme inintéressant. C’est d’un ennui si abyssal que la lecture en est pénible, interminable. Finir Trois jours chez ma mère relève réellement de la performance, d’autant plus que François Weyergans truffe son livre de pensées parfois réellement affligeantes sur un peu tout ce qui lui passe par la tête.

    Le livre est d’une banalité désolante. Pire, il est pathétique car il frôle tous les sujets qu’il aborde. La relation à la mère est inexistante et n’arrive à émerger péniblement que dans les dernières pages. Les problèmes d’argent se limitent à des anecdotes et ne paraissent pas tangibles. Les relations amoureuses ne servent qu’à masquer la pauvreté de l’ensemble avec du sexe peu crédible, mal mis en scène et inutile. A aucun moment François Weyergans n’arrive à intéresser le lecteur à ses problèmes de création artistique. son écriture ne permet pas au lecteur de dépasser la platitude de son propos. Son humour tombe à plat et il apparaît superficiel quand il veut être subtil ou intelligent.

    Trois jours chez ma mère est un livre dont la vacuité n’est même pas cachée par un procédé littéraire totalement artificiel.