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  • Darwinia – Robert Charles Wilson

    darwinia.jpg1912 : cataclysme : l'Europe a disparu. A sa place, un continent dont les contours géographiques sont similaires, se dresse. Avec une faune et une flore venue d'ailleurs. Quid de ce mystère ? Pour le savoir il faut suivre Guilford Law, photographe, membre d'une des 1ères expéditions américaines parties à la découverte du continent inconnu.

    Le talent de Robert Charles Wilson tient à la réelle originalité de ses approches romanesques. Le point de départ de ses livres que j'ai lus est toujours une formidable idée. Les chronolites qui émergent de nulle part pour annoncer l'avènement d'un conquérant du futur, le vaisseau des extraterrestres qui occupe soudainement l'horizon de l'humanité, le Spin qui se dresse comme une barrière qui protège cette dernière de la mort du soleil.

    Le problème est que pour l'instant, souvent à la suite de ces formidables incipits, les romans de l'auteur canadien finissent par se perdre dans un galimatias qui érode le formidable crédit tiré des géniales intuitions de départ. Il en est ainsi de Darwinia. Très bon roman d'aventures à l'ancienne, traité sur le mode « exploration d'une terre étrange», le livre mue logiquement vers une uchronie un peu décevante. En effet Robert Charles Wilson est un peu léger sur les développements de son monde qui dérape vers une autre trajectoire après 1912 et l'irruption de Darwinia.

    La réelle déception est cependant la transformation finale du livre en une sorte de Matrix 2 et 3. Pour en venir à bout de sa trouvaille, Darwinia, et l'expliquer, Robert Charles Wilson se lance malheureusement dans un charabia mystico, spatio, temporalo, technologique qui est gonflant. Il ne s'agit ni plus ni moins qu'une histoire de bataille d'un système très complexe et élaboré contre un virus, une saloperie auto immune à sa façon, qui le gangrène. Le tout est donc précipité vers une apocalypse convenue qui rivalise d'effets un peu clinquants et grossiers.

    C'est d'autant plus dommage que Robert Charles Wilson a un sens certain de la narration. Il sait entretenir le suspens, développer des intrigues, emporter le lecteur avec lui jusqu'à sa dernière ligne - ou presque. Outre son originalité, il a un certain talent pour créer des personnages denses, complexes et finalement attachants. Encore que cette dernière assertion doit être tempérée. Les personnages de Darwinia sont certes plus épais que bien d'autres de science-fiction, mais restent moins aboutis et réussis que ceux d'ouvrages plus tardifs de l'auteur comme Spin ou le vaisseau des voyageurs. Il faut signaler que certains ont un rôle parfaitement inutile dans l'œuvre et que certaines interactions, relations sont brossées rapidement.

    Finalement, Darwinia est une grosse déception étant donné le potentiel que comporte l'ouvrage. Il se montre insuffisant sur de nombreux plans, porteur des faiblesses présentes dans les œuvres ultérieures de Robert Charles Wilson sans totalement en posséder les forces. Je conclus sur une note plus générale sur cet auteur qui ne me semble pas complètement à la hauteur de sa réputation désormais plus qu'assise. Les fulgurances et les intuitions dont il fait preuve ne peuvent suffirent à éclipser beaucoup de ratés, d'inaboutissements dans son œuvre. Dommage.

  • Spin – Robert Charles Wilson

    wilson_spin.jpgC'est arrivé brutalement, un soir, alors que les jumeaux Lawton, Diane et Jason, accompagnés de leur ami Tyler Dupree, observaient le ciel : les étoiles ont disparu. Ainsi commence l'aventure formidable du Spin, une membrane qui recouvre la terre et la pousse vers une eschatologie originale. Le temps hors du Spin s'écoule à une vitesse incroyable qui fait de la mort du soleil et donc l'extinction de la race humaine une affaire de décennies. Qu'est ce que le Spin ? Quelle est son origine ? Comment échapper à la fin qui semble inéluctable ? Quelles possibilités restent-ils aux hommes ?

    La base SF de ce roman de Rober Charles Wilson me paraît plus développée encore que dans les précédents opus de lui que j'ai lus. Le Spin est une surprenante énigme qui permet à l'auteur de développer un champ étendu d'idées qui touchent à une incroyable variété de thèmes, sujets chers à la science fiction. Pour répondre aux multiples interrogations et défis engendrés par le Spin, Robert Charles Wilson aborde effectivement l'isolation de la terre, la terraformation de mars, l'existence de formes de vie extra terrestre de différentes sortes et les situations de contact, les exo planètes, l'allongement de la durée de la vie humaine, les voyages interstellaires, la création d'organismes biologiques originaux par le génie génétique etc.

    Si la capacité de l'auteur à intégrer tous ces thèmes dans son histoire, autour du Spin et le développement poussé de ces idées peut susciter une certaine admiration, voire un enthousiasme chez les lecteurs, je dois avouer ne pas m'être laissé impressionner par cet aspect du livre. Peut-être que le livre de Robert Charles Wilson aurait gagné à aborder moins de thèmes, comme dans ces précédents ouvrages. Le développement de la piste martienne depuis la terraformation m'a par exemple semblé peu profitable au livre. Je trouve également que les idées à la conclusion du livre ne sont pas à la hauteur du Spin et de sa problématique en termes d'originalité notamment.

    Ceci n'empêchera pas les lecteurs d'apprécier le point fort du livre, l'aspect purement terrestre et humain relatif au Spin. C'est selon moi la vraie force de ce livre. Là où Robert Charles Wilson est brillant, c'est lorsqu'il saisit et développe les implications induites par le Spin en matière d'économie, de politique, de religion. Inutile de s'attendre à d'interminables pages de chaos, le livre est plus subtil que cela. Il s'agit ici de comprendre comment certaines industries vont émerger au détriment d'autres en raison du défi qui consiste à sauver l'espèce humaine et à survivre dans un monde sans satellites, de voir le fanatisme et le sentiment religieux devenir incandescents et d'inquiétantes portes de salut pour les masses confrontées à l'Extinction, tout comme le nihilisme, d'appréhender les enjeux de pouvoir à différentes échelles etc. La question démographique et celle des ressources de la planète, nichée au cœur de l'énigme du Spin, est cruciale à l'heure des interrogations écologiques.

    Comme à son habitude, Robert Charles Wilson fait de ces problématiques et de la SF, un contexte difficile pour faire évoluer des personnages riches et denses. Dans Spin, les méandres de la famille Lawton sont fouillés. Jason est le fils prodige d'E.D Lawton un industriel pour qui le Spin est une aubaine. Ce pur génie est intégré aux recherches sur le Spin quand sa jumelle Diane rejoint le rang des convertis aux religions. Famille écartelée, déchirée, avec ses secrets enfouis, ses drames. E.D est un tyran obnubilé par la réussite et déterminé à façonner son fils, alors que la mère, Carol, est une alcoolique, que Diane se révolte comme elle peut, délaissée. Et au milieu de tout ça Tyler Dupree, fils de la gouvernante, ancienne épouse d'un ami-associé d'E.D, qui vit une relation étrange avec cette famille. Il me semble néanmoins que les personnages sont moins forts, moins vrais, par moments, parfois dilués dans tout ce qui à trait au Spin mais ils n'en demeurent pas moins, épais, dotés d'une réelle profondeur.

    Spin n'est pas le chef d'œuvre annoncé, et j'avoue une certaine déception, même s'il reste en dépit de ses défauts, un livre de science-fiction divertissant et intéressant. S'il est parfois dépassé ou essoufflé par son ambition, la variété de ses sujets, l'intrigue est menée de manière efficace et bénéficie d'uneprofondeur liée à l'épaisseur des personnages et au développement des idées.

    Aurait pu être génial...

     

     

    Pour ceux qui veulent aller plus loin avec Robert Charles Wilson, un lien vers une interview fleuve sur son oeuvre:

    http://blog.belial.fr/post/2009/09/11/L-homme-qui-apprenait-lentement-un-entretien-avec-Robert-Charles-Wilson

  • Sur la plage de Chesil – Ian McEwan

    17.jpgFlorence et Edward s'aiment. Le bonheur leur semble promis lorsque nous les retrouvons le soir de leur mariage, au moment du repas précédant la nuit de noces. Seulement, il se trouve que les tourtereaux ont réservé leur première expérience charnelle pour cette nuit singulière. Lentement, avec un art fin et délicat, Ian Mc Ewan raconte l'appréhension, les doutes, les hésitations, les interrogations des deux protagonistes de cette tragi comédie dont le pinacle est un fiasco édifiant.

    Ian Mc Ewan écrit un livre original sur le sexe. Plaçant ses personnages dans l'Angleterre pré soixante-huitarde, il dit les dégâts que pouvait occasionner la chape de plomb d'avant la révolution des mœurs. Au-delà du contexte historique, l'auteur britannique aborde avec intelligence et sensibilité, comme c'est si peu souvent le cas, les failles qui béent sous la trinité du sexe, de l'amour et du couple. Le drame qui se noue si près de la plage du Chesil dit comment les sentiments, l'attirance, l'amour, la colère, la frustration, la peur, etc. ne se démêlent pas vraiment de la sexualité, en abordant aussi bien le spectre de la frigidité, l'éjaculation précoce, le manque d'expérience, l'insatisfaction ou encore la misère sexuelle.

    La puissance du roman est contenue mais prégnante pour le lecteur. La mécanique du livre est certes classique mais efficace, reposant sur une structure simple : l'alternance de points de vue qui de flashbacks en flashbacks nous aident à comprendre les histoires respectives de Florence et Edward et leur histoire commune. Dépassant le sexe, Ian Mc Ewan explique les tenants et les aboutissants qui ont mené au fiasco de cette nuit de noces, à cet échec. C'est comme si l'auteur britannique nous disait, voilà comment ils en sont arrivés, là, regardez les prémisses de leur échec étaient là, visibles.

    Les portraits, les biographies de Florence et d'Edward montrent le talent d'un écrivain qui sait donner de l'épaisseur à ses personnages, pour qu'une force et un intérêt supplémentaires nourrisent les thèmes traités. En effet le contexte familial dramatique d'Edward, la vocation artistique de Florence, les différences de classes entre eux confèrent une certaine densité à l'ensemble. Tout comme la finesse de l'analyse psychologique menée par Ian Mc Ewan. Le final du livre est empreint d'une mélancolie et marqué du sceau de l'échec. Il projette une lumière encore plus terrible et dérangeante sur le drame de la plage de Chesil.

    J'ai aimé.