Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Inyenzi ou les cafards – Scholastique Mukasonga

inyenzi.gifMême si vous avez déjà lu d’autres livres, d’autres récits sur le Rwanda, je recommande fortement la lecture d’Inyenzi ou les cafards, le livre de Scholastique Mukasonga. Dans son autobiographie, elle raconte en 14 parties sa trajectoire, de sa petite enfance dans la région de Nyamata à la fin des années 50 jusqu’à son exil au Burundi puis ensuite en France, d’où elle va vivre à distance le génocide.

Ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans le livre, c’est qu’il raconte à travers l’histoire de Scholastique Mukasonga, celle du Rwanda et finalement du génocide. Il permet d’avoir une perspective plus grande afin d’appréhender le génocide depuis ses prémisses. Comme le cite Boniface Mongo Mboussa dans sa postface : le livre nous montre « à partir d’une succession de faits pourquoi le génocide était hélas, trois fois hélas, inévitable ».  Ce que raconte Scholastique Mukasonga, c’est la déportation des Tutsis dans la région de Nyamata dès la fin des années 50, c’est la négation, de leurs droits dans les années 60 à l’indépendance,  puis progressivement de leur statut d’humain, eux les cafards, les Inyenzi. Les brimades, les violences, les tueries, s’accumulent progressivement et finissent dans l’inéluctable apocalypse que l’on connaît en 1994 après une trop longue maturation (putréfaction ?).

Comment survit-on dans ce contexte ? C’est ce que réussit à restituer Scholastique Mukasonga : la réorganisation de ceux qui sont chassés de chez eux et qui espèrent un vain retour. L’effondrement d’un mode de vie qui ne laisse plus qu’un espoir matérialisé par la réussite scolaire à l’école d’assitante sociale pour Scholastique Mukasonga. Et surtout par l’exil, d’abord au Burundi pour elle quand les pogroms de 1973 débutent et puis plus loin, loin du Rwanda. Inyenzi ou les cafards n’est pas seulement un récit d’avant génocide, c’est aussi un récit du génocide, mais vu de l’exil. Quand l’horreur arrive, Scholastique Mukasonga n’est pas là. Et pourtant, impossible d’y échapper lorsque s’arrête la folie et qu’émergent des ruines, ces histoires qui relèvent de l’inhumain.

Inyenzi ou les cafards est aussi un récit d’après génocide. Comment font ceux qui ont perdu les leurs là-bas, ceux qui étaient loin ? Quelle résilience pour eux, quel devoir de mémoire, quel deuil ? Tout aussi intéressant, émouvant et touchant, le retour de Scholastique Mukasonga en son pays ouvre un autre abîme, celui de l’après. Il faut affronter à sa façon ce qui a été, ce qui reste et appréhender l’annihilation d’une partie de son monde. A ce moment là le livre se fait requiem pour ceux qui ont été, pour une vie qui a charrié une quantité effroyable de malheurs mais qui a comporté sa part de joie et de vie. La question du retour prend un sens tout autre dans un tel contexte. Evoluer parmi les cauchemars et essayer de retrouver ce qu’il reste des siens et percevoir en même temps ce qu’a été l’éclipse d’Imana pour ceux qui y étaient, pour ceux qui ont survécu, pour ceux qui cohabitent avec leurs bourreaux. Il faut lire la litanie de nom qu’égraine Scholastique Mukasonga pour mémoire.

C’est écrit avec une retenue et une simplicité qui touchent directement, loin du pathos, quelque part au cœur d’une vie, dans l’œil du cyclone. Il y a de la force dans ces mots, quelque chose qui va au plus profond des choses. La voix de Scholastique Mukasonga est comme échappée de la nuit, tendue mais pure, claire, vibrante, d’une force tranquille.

A lire.

Les commentaires sont fermés.