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Un petit boulot – Iain Levinson

petitboulot1.JPGJake Skowran travaillait à l’usine, principal employeur d’une petite ville américaine du Wisconsin, avant que celle-ci ne soit délocalisée au Mexique. Depuis, il est au chômage, comme une bonne partie de la ville. Des mois que ça dure et la dégringolade semble sans fin. Les factures s’entassent, les dettes s’accumulent, les indemnités se réduisent et c’est l’agonie financière. Progressivement, le quotidien se délite, Jake n’a plus de quoi s’offrir un petit plaisir, même pas des bières ou des cigarettes, son abonnement au câble est coupé, il est obligé de vendre des biens comme sa télé pour subvenir à des besoins courants et sa femme le quitte.

Ce que Iain Levinson narre, c’est la chute de ceux qui perdent leur emploi dans une Amérique et un occident soumis à l’impitoyable logique du capitalisme mondialisé et du marché. Il explique très bien le processus de désocialisation et de déshumanisation qui assaille le chômeur. Comment petit à petit, on est exclu de ce qui était son monde auparavant. Comment le sentiment d’impuissance devient omniprésent. Comment l’estime de soi s’effondre et avec elle, l’ensemble de notre système de valeurs. Comment il est facile de buter face aux impasses socio-économiques et psychologiques du chômage.

Iain Levinson ne fait pas dans la grande théorie. Il parle juste des choses du quotidien, et c’est encore plus percutant. Comment faire pour se trouver une fille quand on n’a pas d’argent ? Comment affronter l’armada de créanciers qui n’ont cesse de le harceler ? Le chômage provoque chez lui des accès de lucidité et de rage sur la réalité du travail et de l’économie et son vernis propre. Il dit comment sa vie est défaite en même temps que sa ville de naissance, le lieu où il a toujours vécu. La fermeture de l’usine tue tout simplement à petit feu, cette ville. Elle semble progressivement abandonnée, en voie de délabrement et d’appauvrissement, chaque jour un peu plus pourrie.

Tout ceci pourrait être lugubre, triste et déprimant, mais en fait un petit boulot est surtout un livre drôle. Cela est en grande partie du au ton d’Iain Levinson qui n’hésite pas à manier le sarcasme et la causticité. Il raconte ses aventures sur le mode de l’humour noir, utilisé comme politesse du désespoir. Sa lucidité est mordante et piquante et l’autodérision est omniprésente. Surtout, son amer constat, ses réflexions sur le chômage sont intégrées à des aventures rocambolesques qui constituent la seule échappatoire que Jake Skowran a trouvée à sa situation difficile.

En effet, il accepte de tuer la femme de Ken Gradocki, le bookmaker et mafieux local. C’est le début d’une carrière de tueur qui le mène de mission en mission sur un mode parfois burlesque. L’apprentissage du métier de tueur est assez drôle et sert de fil narratif au roman. On ne s’improvise pas tueur et en général et la police n’est jamais loin. Pour le coup, les péripéties de Jake Skowran le tueur permettent de ne jamais s’ennuyer, de rebondir et revenir sur Jake Skowran le chômeur. Peu importe si certains passages paraissent peu crédibles. L’essentiel est ailleurs.

Un livre drôle, divertissant, qui se lit facilement et qui porte une charge virulente contre le système économique dominant et une de ses faces obscures : le chômage de masse et de longue durée.

Bon moment de lecture.

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