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Hiroshima, fleurs d’été – Tamiki Hara

9782742769131.jpgPoète japonais, Tamiki Hara décide de retourner à Hiroshima sa ville natale après le décès de sa femme. On est en 1945, l’Amérique s’apprête à larguer sur la ville, « Little Boy », la 1ère bombe atomique de l’histoire. Tamiki Hara y survivra et tirera de cet épisode tragique 3 nouvelles qui sont réunies dans ce recueil : Prélude à la destruction, Fleurs d’été et Ruines.

Prélude à la destruction, la 1ère nouvelle du recueil, met en scène Shôzo le narrateur revenu vivre à Hiroshima avec ses deux frères et sa sœur. Cette nouvelle apparaît brouillonne, manquant parfois de précision sur les personnages, les lieux, les faits, perdue par moments dans des détails insignifiants ou peu passionnants sur les relations entre Shôzo et sa famille. Elle présente pourtant un intérêt notable avec la description de l’atmosphère et de l’ambiance d’Hiroshima avant la bombe. La nouvelle est l’occasion de ressentir la tension qui règne dans la ville, entre les habitants. La menace d’une attaque aérienne est omniprésente et la guerre investit leur quotidien : consignes officielles, alertes aériennes, organisations de manœuvres, réquisitions, production industrielle adaptée, conscription. Quelque chose dans l’air annonce la catastrophe.

Fleurs d’été est la nouvelle la plus réussie du recueil. Alors que le narrateur est aux toilettes, la bombe explose à 600 m au dessus du sol et rase Hiroshima. Après un moment d’hébètement, le narrateur s’aventure à l’extérieur et découvre l’horreur. La ville n’est plus que décombres, le paysage, désolation. L’horizon est dégagé sur le massif montagneux aux alentours car la ville est détruite. Les descriptions sont saisissantes sans êtres méticuleuses : décombres et incendies, et au milieu des êtres humains mourant, agonisant dans d’atroces souffrances. Personne ne semble saisir vraiment de quoi il retourne. Le caractère inédit de l’évènement est présent dans le récit de Tamiki Hara. Le narrateur ne sait pas que c’est la bombe A et avance comme un fantôme dans une terre de ruines hantée par des paroles, des manifestations, des plaintes, des gémissements de souffrance des victimes qui marquent  le lecteur. L’atmosphère de fin du monde, d’enfer sur terre est palpable.

La dernière nouvelle, Ruines, est le prolongement de Fleurs d’été. Moins marquante que cette dernière, elle évoque l’après Hiroshima. Une autre bombe, « Fat man » est tombée sur Nagasaki. La guerre est finie et un fort sentiment d’amertume traverse la nouvelle. Cette horreur aurait pu être évitée. Et maintenant ne reste que la souffrance. Les conséquences de la guerre sont décrites : des malades, des morts, des disparus, des corps à la pelle, des ruines, et un univers corrompu, rugueux pour ceux qui survivent, ceux qui restent. Le texte de Tamiki Hara redevient malheureusement haché, avec un liant parfois faible entre les différents moments narratifs.

Hiroshima, Fleurs d’été, est un recueil saisissant par son atmosphère et son ambition de saisir un avant, un pendant et un après la bombe. Le recueil, qui culmine avec Fleurs d’été, la nouvelle centrale, est cependant inégal. Le témoignage est forcément bouleversant même si la construction narrative est brouillonne, faible par moments, pas forcément soutenue par des personnages parfois à peine ébauchés. On reconnaît néanmoins le poète derrière ces nouvelles, avec de véritables moments où la tristesse, l’amertume, la désolation sont ressenties de manière tranchante, comme des lames.

Tamiki Hara s’est donné la mort en se jetant sous un train en 1951. 

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