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Les Onze – Pierre Michon

86326_les_onze.jpgConnaissez-vous les Onze ? Non ? La célébrissime peinture de François-Elie Corentin qui représente les onze membres du comité de salut public et que tout le monde se presse d’aller voir à la place de choix qu’elle occupe au Louvre ? François-Elie Corentin, le Tiepolo de la terreur, ne vous dit rien non plus ? Rien d’étrange à cela si vous n’avez pas encore ouvert les pages du livre de Pierre Michon, puisque François-Elie Corentin et son chef d’œuvre les Onze n’existent pas. Drôle de porte d’entrée pour aborder la terreur et la part sombre de la révolution française me dites vous ? Assurément. L’idée est originale dans sa conception, ambitieuse dans la réalisation, mais s’effondre au bout de la lecture quand ne reste plus qu’un certain sentiment de frustration. Pourquoi ?

La première partie du livre dans laquelle Pierre Michon raconte la généalogie de François-Elie Corentin occupe une place trop importante au regard du reste. C’est long et assez ennuyeux, ne laissant que peu de place au coeur du livre, le tableau, les Onze, l’Histoire. Ce ne sont pas les légères considérations socio-économiques sur la région d’origine du peintre à l’aube de la révolution qui peuvent justifier ces pages où l’on se perd dans un bavardage que ne suffit pas à faire passer l’habile maniement de la langue par Pierre Michon.

Car s’il est argument difficile à réfuter et qualité ardue à récuser à l’auteur, c’est le style. Il y a une véritable voix dans ce texte. La langue est travaillée et riche, se dévoilant dans les atours d’une narration aux airs de conversation de salon. Oui, c’est bien écrit ai-je envie de dire simplement, mais ça ne suffit pas. Peut-être parce que je ne suis pas un pur styliste ou formaliste.

Au fastidieux portrait du peintre succède donc péniblement la scène de la commande du tableau, puis une réflexion autour des Onze, le tableau, les hommes, leurs actes, leur époque. Là, le verbe de Pierre Michon fait plus mouche, plus emballé dans le rythme et peut-être un peu moins emberlificoté. La réflexion sur la terreur est cinglante lorsqu’elle porte sur les motivations de la commande du tableau, sur les enjeux autour de la figure de Robespierre, la folle mécanique du pouvoir et de l’idéologie, les conflits de personnalité, le sang qui coule. Il y a encore du verbiage mais on saisit brutalement l’essence du livre, ce qu’il veut nous dire de la terreur, cette faille de notre très chère révolution française.

Il y avait beaucoup de choses pourries au Royaume des sans culottes. Il est dommage que l’art du portrait que Pierre Michon s’attache à démontrer ou à mettre en œuvre avec François-Elie Corentin ne soit pas véritablement appliqué aux Onze eux-mêmes et pas tant que ça au tableau du peintre fictif. L’entreprise cède parfois à l’esbroufe du jeu entre fiction et réalité et laisse finalement sur sa faim. Grand prix du roman de l’académie française 2009, Les Onze n’est pas le chef d’œuvre annoncé, c’est surtout un exercice littéraire qui ne manque pas d’ambition mais se révèle pour moi quelque peu fatigant et pas toujours convaincant.

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