Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Palestine – Hubert Haddad

palestine,israël,terrorisme,incesteIl n’est pas facile de faire ou de dire quelque chose d’intelligent et de peu caricatural de nos jours dès qu’il s’agit de Palestine et d’Israël. C’est pourtant le cas pour Hubert Haddad avec Palestine grâce à une histoire habile. En Palestine, plus précisément en Cisjordanie, quelque part vers Hébron, dans une de ces zones tampons où villages arabes et colonies israéliennes se font face, Cham un jeune soldat israélien est enlevé suite à l’attaque d’un commando un peu amateur. Amnésique, le jeune homme finit par atterrir à la faveur de circonstances heureuses dans la famille arabe de la veuve Asmahane et de sa fille Falastin dans laquelle il remplace par la grâce de la ressemblance Nessim, le frère et fils disparu de ces femmes.

Avec Cham/Nessim nous découvrons donc ces territoires au quotidien frappé du sceau de la frustration et de l’humiliation. S’il était besoin de le faire encore, le voile est déchiré pour raconter la tension qui règne dans cette zone du monde. Il y a une souffrance qui exhale des décors que traverse Cham/Nessim, des personnes qu’il rencontre. L’omniprésence des forces israéliennes, leur intrusion permanente, leurs exactions dans la vie des arabes sont dénoncées. Palestine n’est pourtant pas un manifeste pro arabe. Cham/Nessim symbolise la dualité juve/arabe, la coexistence d’identités, à la fois proches et lointaines, ressemblantes, sans être identiques. Janus réincarné, Cham/Nessim figure lui aussi une porte ouvrant sur les deux côtés juif et arabe.

La lecture pamphlétaire pro arabe est fausse, niée par l’attentat arabe avec lequel débute l’histoire de Cham/Nessim mais aussi par la trajectoire de ce dernier. Hubert Haddad dit la colère, la montée de la haine, celle qui conduit sur les chemins de la lutte, sur les voies obscures du sacrifice. La douleur, l’impuissance, l’injustice qui minent les êtres peuvent être exploitées pour les transformer en armes. Hubert Haddad ne le justifie pas et le clame dans un dénouement brutal qui révèle la plaie béante entrevue par Cham/Nessim : un déchirement que chacun vit de son côté du mur, qui est finalement inscrit en lui au bout de son périple. Faille donc des êtres doubles, des juifs arabes, de ceux qui ont le cul entre deux chaises en général.

Le livre d’Hubert Haddad n’est pas un reportage, pas un essai non plus. Et c’est son écriture qui le dit. On est parfois à la limite de la poésie, souvent dans un climat onirique, tant la langue d’Hubert Haddad est énigmatique, elliptique, parfois déroutante, toujours enfiévrée, empathique (trop ?). Cela peut-être dérangeant, mais c’est original d’aborder ce conflit de cette manière, dans une telle atmosphère. D’autant plus qu’Hubert Haddad glisse au milieu de tout ça une impossible histoire d’amour entre Falastin et Cham/Nessim. On est dans une symbolique incestueuse qui rapproche et mélange en fait des identités, des icônes juives et arabes pour  plonger encore plus le roman dans l’étrange, quelque part plus près du conte.

Habile, lyrique, parfois porté en transe, Palestine est un regard intéressant sur une question d’actualité depuis plus d’un demi-siècle. Il a reçu le prix des cinq continents de la Francophonie en 2008  et le prix Renaudot Poche en 2009.

Les commentaires sont fermés.