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L’immeuble Yacoubian – Alaa El Aswany

20331.jpgPlus qu’un immeuble, Alaa El Aswany évoque l’Egypte de la fin du XXème siècle à travers l’histoire de certains des habitants du mythique Yacoubian, au Caire. C’est un roman polyphonique avec des personnages choisis pour représenter plusieurs facettes du pays dans un ballet au tempo crescendo, avec une atmosphère empreinte de nostalgie du passé, de mal-être du présent et d’inquiétude pour le futur.

Voici donc le vieil et intrépide séducteur Zaki Dessouki. Mémoire d’une Egypte qui n’est plus, cosmopolite, ouverte et tolérante, le riche homme cherche l’amour alors que d’autres en veulent à son argent. Il faut dire qu’on en manque cruellement dans les couches populaires. La plantureuse Boussaïna Sayed en sait quelque chose, elle qui est obligée pour aider sa famille et travailler, de subir les assauts des mâles désirants qui abusent de leur pouvoir. Si seulement l’amour du jeune Taha El Chazli pouvait lui suffire et préserver son innocence. Seulement voilà, cet élève brillant est freiné dans ses rêves par la corruption et le poids de son ascendance sociale. Comment ne pas être frustré par pareille injustice ? Comment ne pas se jeter dans les bras de ces Cheikhs qui vantent le Djihad ? C’est qu’ils n’ont au moins pas tort quand ils crachent sur une société corrompue qui permet à des personnages comme le Hadj Azzam d’investir le champ politique, de s’élever encore plus avec des trafics en tous genres, des magouilles économiques et électorales au sein d’un régime dictatorial aux mains sales et ensanglantées. Argent, amour et religion, la sainte trinité au cœur des relations entre Hatem Rachid et Abou et tous les personnages.

La force du roman d’Alaa El Aswany est d’être quelque part une mini saga qui s’appuie sur des ressorts classiques – amour, argent, ambition, famille, trahison, religion, etc. – pour captiver le lecteur et dénoncer en même temps les maux qui gangrènent la société égyptienne – corruption, népotisme, islamisme rampant, sexisme… Alaa El Aswany n’hésite pas  à évoquer l’homosexualité, le priapisme ou d’autres questions brûlantes en terres d’Islam de manière directe. Malgré tout l’immeuble Yacoubian n’est pas vraiment un chef d’œuvre et un sentiment d’inachevé est ressenti quand le livre se referme.

Si on a l’impression qu’il manque quelque chose au livre malgré le plaisir de lecture, c’est d’abord parce que l’ensemble est tout de même assez convenu, assez prévisible dans ses mécaniques et ses intentions. A vrai dire, il y a un léger manque de complexité, pas dans les intrigues et leur enchevêtrement qui sont maîtrisés, mais dans les sujets abordés. Parfois on a l’impression qu’on ne va pas assez loin. Il y a peut-être aussi un peu trop de personnages de sorte qu’on n’a pas toujours la sensation qu’ils sont creusés et ils restent pour certains plutôt lisses. La faute à cette légère ambiance eau de rose qui est parfois présente, façon saga justement, au happy end de certains personnages, à quelques situations qui auraient pu ouvrir des voies plus originales.

Facile à lire, OK. 

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