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Equatoria – Patrick Deville

voyage,explorateurs,colonisation,afriqueAprès avoir narré l’improbable épopée de William Walker en Amérique Latine dans Pura Vida, Patrick Deville s’envole pour le cœur de l’Afrique  avec Equatoria. Cette fois-ci, il s’agit d’évoquer la vie de l’explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza, à l’occasion de l’inauguration d’un mausolée polémique qui lui est dédié au Congo, à la bien-nommée Brazzaville.

Patrick Deville semble avoir trouvé une forme qui lui sied parfaitement avec ces récits patchwork comme Pura vida et Equatoria. Ce dernier me paraît d’ailleurs plus maîtrisé et réussi même s’il reste fortement conseillé au lecteur ignorant de se munir d’un petit précis d’histoire Africaine et aux amateurs de structures narratives rigides et de fil directeur rectiligne de tout simplement aller voir ailleurs. Equatoria, c’est d’abord un carnet de voyages.

Patrick Deville passe du Congo à la RDC, jusqu’à Zanzibar avec des haltes en Angola ou à Sao tomé et principe, en Algérie aussi. Il y a dans Equatoria, ses impressions de voyageur, ses méditations sur les lieux qu’il traverse, les rencontres qu’il fait, les histoires de ces personnes ordinaires qui ne partagent que brièvement sa vie, ses pérégrinations de français en vadrouille dans une partie de l’Afrique. Un carnet de voyage donc, loin, très loin des clichés touristiques.

Sur son chemin, Patrick Deville trace une petite histoire moderne de la région, des pays qui l’accueillent. A sa façon, détachée, un peu absurde, couvrant la grande histoire de ridicule, ou l’observant avec un recul salvateur et intéressant. Voici donc la guerre entre Pascal Lissouba et Denis Sassou N’guesso ou encore le règne sanglant de Mobutu en passant par l’ubuesque putsch contre De Menezes à Sao tomé et la vie et la mort de Jonas Savimbi.

Il faut accepter, d’errer et de voyager avec Patrick Deville à travers une histoire plus ancienne, une troisième couche, en-dessous de ses pérégrinations et de l’histoire contemporaine, qui est aussi le cœur palpitant de ce récit. L’ambivalente époque historique des explorateurs avec tout ce qu’elle a d’épique mais aussi de tragique, de détestable mais aussi d’admirable. Se déroulent ainsi sous nos yeux, la vie de Savorgnan de Brazza, d’Albert Schweitzer, mais aussi du trop méconnu Tippu Tip, de l’illustre Henry Morton Stanley et j’en passe.

Tous ces protagonistes se croisent dans un ballet enivrant pour le lecteur. Patrick Deville rend le souffle héroïque de ces aventuriers sans taire leur face sombre. Son livre est touffu, parfois fouillis mais nous plonge ainsi à une époque mythifiée. C’est l’ère des voyages interminables, des expéditions gigantesques, l’ère de la colonisation, de l’esclavage toujours, du partage de l’Afrique, de la quête de prestige et de ressources.

La galerie de portraits de Patrick Deville est un régal. Il joue avec les biographies de ces héros du passé, établit des ressemblances, des parallèles, des oppositions et dessine un jeu complexe d’interactions et d’aventures qui a une partie de l’Afrique comme plateau de jeu. On croise ainsi Pierre Loti, autre grand voyageur, Céline, qui a fait l’Afrique, Joseph Conrad, le polonais et bien d’autres. On revit l’haletante course au Congo, la fameuse rencontre Stanley Livingstone entre autres évènements.

Bien.

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