Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Courir – Jean Echenoz

    courir.jpgSceptique après les lectures de Je m’en vais et un an, c’est avec une certaine circonspection que j’ai abordé Courir, le livre de Jean Echenoz consacré au grand coureur de fond des années 50 : le tchèque Emile Zatopek.

    Pour le situer sportivement, le bonhomme, c’est quand même 4 titres olympiques en 2 olympiades, presqu’une vingtaine de records du monde, une invincibilité de six années sur sa distance favorite de 10000 m et jusqu’à ce jour le seul athlète à avoir remporté le marathon, le 5000 et le 10000 m aux jeux olympiques, ce fut à Helsinki en 1952.

    Zatopek, c’est aussi une de ces folles trajectoires que les régimes communistes ont favorisé derrière le rideau de fer après la seconde guerre mondiale. Ouvrier à Zlin, dans la république tchèque profonde, Zatopek connaît l’ascension sociale grâce à ses performances sportives. Les promotions multiples au sein de l’armée jusqu’au grade de colonel, la renommée nationale et internationale, c’est un modèle de héros communiste avant la déchéance qui suit son soutien au socialisme plus humain aux côtés d’Alexander Dubcek en 1968. La suite, c’est donc la radiation de l’armée, la vie d’éboueur et de mineur jusqu’à la rédemption à l’effondrement du mur.

    Cette vie à elle seule suffit à donner de l’intérêt au livre de Jean Echenoz. Elle a quelque chose de romanesque qui a attiré l’écrivain et qui touche le lecteur. Peu importe d’ailleurs que l’écrivain ne soit pas exhaustif, ne se lance pas dans la course aux détails ou aux révélations et avance de manière elliptique. Jean Echenoz s’éloigne délibérément de la biographie classique dans son livre qualifié de roman.

    Jean Echenoz butine dans la vie de Zatopek, il la dessine avec une certaine légèreté qui parfois confine à la négligence tant on a parfois l’impression que l’essentiel est l’accessoire. Ce n’est pas forcément faux, il est important de souligner que la magie du nom joue autant dans le phénomène Zatopek que son image au faciès grimaçant au moment de la course.

    Le ton ironique, parfois moqueur a une fonction double. Il dénude le mythe du formidable athlète de l’est en dévoilant l’homme simple qui est malgré lui entraîné par la trame historique de fond, depuis la seconde guerre mondiale jusqu’aux soubresauts du printemps de Prague. Cette existence singulière dit symboliquement l’absurde et l’horreur qui se sont nichés au cœur même de la machine des républiques socialistes.

    Le tout à un rythme qui rappelle…celui de la course à pied. Et c’est ce qui rend la lecture de Courir, agréable. On est dans une narration à petites foulées régulières, légères, suivant à la trace la vie de cet athlète comme un lièvre.

    Livre agréable, sympathique. Bon moment de lecture en attendant d’aborder donc Des éclairs sur Nikola Tesla ou Ravel.

  • Le poids du papillon – Erri De Luca

    papillon.jpgCa faisait un moment que j’avais envie de découvrir Erri De Luca qui jouit en France d’une certaine renommée ou en tout cas d’une réelle visibilité dans les médias et les rayons de librairie. C’est donc chose faite avec Le poids du papillon…qui ne restera pas dans mes annales.

    Ce très court récit est celui d’une opposition entre un braconnier, ancien révolutionnaire devenu chasseur ermite et le mâle dominant d’un troupeau de chamois dans les alpes italiennes. Les deux créatures sont sur le déclin et le savent. Leur duel revêt une importance d’autant plus particulière que c’est le chasseur qui a abattu la mère du chamois. Au milieu de tout ça, il y a le papillon dont il ne faut pas trop en dire sur le rôle d’arbitre dans le dénouement. Même si ce dernier est révélateur de ce qui cloche dans ce livre.

    Tout est un peu trop gros et lourd dans le poids du papillon. On est saturé d’images faciles, usées, le long des pages. Erri De Luca est vraiment convenu dans sa mise en scène du chasseur, comme du chamois et même du décor hivernal et montagneux des alpes. Il y a une impression de déjà vu, de stéréotypes et de clichés qui rendent la lecture plutôt longue malgré le nombre réduit de pages. La poésie qui pourrait se dégager de l’ensemble est irrémédiablement gâchée au détour d’une page par une guimauve de sentiments éculés prêtés aux personnages. Je pourrais faire quelques concessions aux thuriféraires du style de l’écrivain italien, mais cela ne changerait pas grand-chose à l’affaire.

    Si je ne compte pas en rester là avec Erri De Luca, très grande est ma déception. Heureusement que c’est court. 

    Quelconque. Déjà oublié.

  • Equatoria – Patrick Deville

    voyage,explorateurs,colonisation,afriqueAprès avoir narré l’improbable épopée de William Walker en Amérique Latine dans Pura Vida, Patrick Deville s’envole pour le cœur de l’Afrique  avec Equatoria. Cette fois-ci, il s’agit d’évoquer la vie de l’explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza, à l’occasion de l’inauguration d’un mausolée polémique qui lui est dédié au Congo, à la bien-nommée Brazzaville.

    Patrick Deville semble avoir trouvé une forme qui lui sied parfaitement avec ces récits patchwork comme Pura vida et Equatoria. Ce dernier me paraît d’ailleurs plus maîtrisé et réussi même s’il reste fortement conseillé au lecteur ignorant de se munir d’un petit précis d’histoire Africaine et aux amateurs de structures narratives rigides et de fil directeur rectiligne de tout simplement aller voir ailleurs. Equatoria, c’est d’abord un carnet de voyages.

    Patrick Deville passe du Congo à la RDC, jusqu’à Zanzibar avec des haltes en Angola ou à Sao tomé et principe, en Algérie aussi. Il y a dans Equatoria, ses impressions de voyageur, ses méditations sur les lieux qu’il traverse, les rencontres qu’il fait, les histoires de ces personnes ordinaires qui ne partagent que brièvement sa vie, ses pérégrinations de français en vadrouille dans une partie de l’Afrique. Un carnet de voyage donc, loin, très loin des clichés touristiques.

    Sur son chemin, Patrick Deville trace une petite histoire moderne de la région, des pays qui l’accueillent. A sa façon, détachée, un peu absurde, couvrant la grande histoire de ridicule, ou l’observant avec un recul salvateur et intéressant. Voici donc la guerre entre Pascal Lissouba et Denis Sassou N’guesso ou encore le règne sanglant de Mobutu en passant par l’ubuesque putsch contre De Menezes à Sao tomé et la vie et la mort de Jonas Savimbi.

    Il faut accepter, d’errer et de voyager avec Patrick Deville à travers une histoire plus ancienne, une troisième couche, en-dessous de ses pérégrinations et de l’histoire contemporaine, qui est aussi le cœur palpitant de ce récit. L’ambivalente époque historique des explorateurs avec tout ce qu’elle a d’épique mais aussi de tragique, de détestable mais aussi d’admirable. Se déroulent ainsi sous nos yeux, la vie de Savorgnan de Brazza, d’Albert Schweitzer, mais aussi du trop méconnu Tippu Tip, de l’illustre Henry Morton Stanley et j’en passe.

    Tous ces protagonistes se croisent dans un ballet enivrant pour le lecteur. Patrick Deville rend le souffle héroïque de ces aventuriers sans taire leur face sombre. Son livre est touffu, parfois fouillis mais nous plonge ainsi à une époque mythifiée. C’est l’ère des voyages interminables, des expéditions gigantesques, l’ère de la colonisation, de l’esclavage toujours, du partage de l’Afrique, de la quête de prestige et de ressources.

    La galerie de portraits de Patrick Deville est un régal. Il joue avec les biographies de ces héros du passé, établit des ressemblances, des parallèles, des oppositions et dessine un jeu complexe d’interactions et d’aventures qui a une partie de l’Afrique comme plateau de jeu. On croise ainsi Pierre Loti, autre grand voyageur, Céline, qui a fait l’Afrique, Joseph Conrad, le polonais et bien d’autres. On revit l’haletante course au Congo, la fameuse rencontre Stanley Livingstone entre autres évènements.

    Bien.