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  • Les soldats de Salamine – Javier Cercas

    Les-soldats-de-Salamine.gifLes soldats de Salamine n’est pas un roman, c’est un récit réel. C’est ce qu’explique Javier Cercas lui-même dans son livre. J’irai plus loin que l’auteur espagnol en disant que c’est un triple récit réel. C’est d’abord celui de Javier Cercas, journaliste désargenté, écrivain infructueux, qui à un carrefour de son existence, tombe sur l’histoire qui va la changer, la bouleverser – quand on sait le succès des soldats de Salamine dans le monde.

    Cette partie du récit qui peut moins intéresser les lecteurs potentiels du livre vaut néanmoins le détour. Pas tant sur les détails de la vie de Javier Cercas, mais sur la manière dont il se met en scène en train de poursuivre, d’abord un sujet, de l’approfondir, d’enquêter pour finalement écrire son livre. L’écriture du livre est autant sujet du livre que le récit de l’histoire de Rafael Sanchez Mazas, puis celle de Miralles. Ce récit du processus de naissance et maturation du livre est le lien entre ces deux histoires, il se confond avec elles. Il constitue le moteur qui fait avancer le livre d’abord dans un mouvement d’éclaircissement de l’histoire de Rafael Sanchez Mazas puis de celle de Miralles qui d’une certaine façon se rejoignent.  

    Ce sont donc deux histoires de guerre qui sont les autres récits réels du livre. Il y a en premier lieu l’incroyable aventure de Rafael Sanchez Mazas. Cet écrivain, poète, intellectuel est un des fondateurs de la phalange. Fait prisonnier pendant la guerre civile espagnole de 1936-39, il échappe à la mort par un miracle qui fonde l’intérêt de Javier Cercas et le nôtre pour lui et son histoire. Fusillé avec d’autres prisonniers par des républicains en déroute, il survit et s’enfuit avant d’être découvert par un des soldats partis à sa recherche. Ce dernier le regarde droit dans les yeux, et sciemment, affirme à ses compagnons qu’il n’y a personne là où il se trouve.

    Javier Cercas s’attarde sur le personnage de Rafael Sanchez Mazas, au centre de cette histoire, puis sur ce qui s’est ensuivi, sur les personnes qui ont recueilli le phalangiste, traitant en creux de la guerre civile espagnole et de la phalange. Ce n’est qu’en second lieu qu’il tente de répondre aux questions les plus lancinantes de cet incroyable épisode de la guerre civile espagnole. Pourquoi ce soldat républicain épargne-t-il Rafael Sanchez Mazas ? Qui est-il ? A quoi pense-t-il à ce moment-là ? C’est là qu’intervient Miralles et son histoire.

    Fascinante, épique, la vie de Miralles mériterait un roman ou un récit à elle toute seule. Elle est liée à  l’aventure de Rafael Sanchez Mazas, mais est plus intéressante pour le livre pour d’autres raisons. Elle permet un élargissement et un approfondissement de la réflexion de Javier Cercas au-delà de la guerre civile espagnole, sur la guerre en générale, les valeurs défendues contre le fascisme, sur l’héroïsme, la destinée et sur la mort. Ce n’est pas un hasard s’il y a un crescendo dans le livre qui fait de cette dernière partie, la plus touchante, la plus forte et la plus profonde aussi. Elle irradie finalement sur le reste du livre et projette une lumière différente sur l’histoire de Rafael Sanchez Mazas.

    Bon livre.

     

  • Le cas Sneijder – Jean Paul Dubois

    le-cas-sneijder.jpgPaul Sneijder est victime d’un improbable accident d’ascenseur dont il est l’unique survivant. De retour à la vie, Paul jette un regard dur sur son existence. Le portrait qu’il en fait est réellement médiocre. Paul est un gentil raté qui aurait pu avoir une vie acceptable, heureuse si son premier mariage duquel il a eu une fille n’avait capoté pour ne plus laisser de traces, totalement emporté dans de tristes accidents. Au lieu de quoi, nous découvrons comment il a fini par s’exiler au Canada pour suivre l’acariâtre et ambitieuse Anna, sa seconde épouse dont il a eu deux insupportables fils jumeaux qui tiennent essentiellement d’elles.

    Comment un homme, la soixantaine, engoncé dans une existence comme la sienne, loin de chez lui peut-il s’en sortir ? Pathétique, Paul raconte son passé, cherche en vain une explication à ce qui s’est passé dans l’acquisition d’un savoir encyclopédique lié aux ascenseurs. Il faut fuir, pas seulement ses nouvelles crises d’angoisses dans des endroits clos, mais cette existence morne, cette femme castratrice et ces enfants indifférents. Il ne suffit pas de quitter son boulot et de devenir promeneur pour chiens. Il ne suffit pas de ne pas accepter un procès contre la compagnie qui fabrique l’ascenseur qui lui a tant pris. Il ne suffit pas de fermer les yeux sur l’infidélité de sa femme. Il faut que Paul sorte d’une léthargie, d’une lâcheté qui l’a mené là où il est et qui va le conduire dans une effroyable impasse.

    Pas la peine d’en dire plus. Malgré les à-côtés extraordinaires que peut revêtir l’histoire, Jean-Paul Dubois ne fait que raconter l’histoire tristement banale d’un homme échoué, qui a raté sa vie, professionnelle certes, mais sentimentale, familiale, par lâcheté. Oui c’est une histoire banale, mais agréablement banale. Jean-Paul Dubois sait y faire en matière de récit. L’histoire est rondement menée par l’écrivain toulousain d’une écriture légère et juste jusqu’à son dénouement qui est une très bonne porte de sortie. Il se permet des situations assez drôles, un peu absurdes comme il en a l’habitude, le tout dans un climat de mélancolie, de défaite et d’impuissance qui est convaincant et immersif. Paul nous touche même s’il ne restera pas dans notre mémoire, même si on a envie de le secouer parce qu’on a peur de lui ressembler.

    Le cas Sneijder n’a rien d’extraordinaire, mais c’est un livre agréable d’un savoir-faire. Celui de Jean-Paul Dubois.