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  • L’Art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation – Georges Perec

    augmentation.jpgDerrière ce titre à rallonge, très accrocheur, se cache un de ces exercices littéraires dont Georges Perec et les membres de l’OULIPO – ouvroir de littérature potentielle – ont le secret. Il s’agit donc encore et toujours d’écrire sous contraintes, ces dernières étant en l’occurrence représentées par le schéma absurde en introduction du livre. Une sorte de parcours du combattant, construit autour de plusieurs probabilités, qui fait tourner en rond le salarié désireux d’avoir une augmentation.

    Il ne faut pas négliger la charge ironique présente dans le livre de Georges Perec. Vous pouvez toujours vous grattez pour avoir votre augmentation malgré une litanie d’efforts dans ce qui est toujours une démarche délicate. On est autant dans la moquerie légère à propos du salarié que dans la critique à peine déguisée de l’entreprise, de son fonctionnement et de la considération envers l’employé. Cependant le propos s’évanouit assez rapidement derrière la forme dans le livre de Georges Perec. Un peu dommage.

    Comment faire de la littérature à partir de tout ça ? Un vouvoiement pour interpeller directement le lecteur et le mettre à la place du salarié en question d’abord. Ensuite une seule et interminable phrase  - Mathias Enard n’a rien inventé avec Zone - pour matérialiser la quête vaine et sans cesse recommencée de l’augmentation dans une exploration fluide de toutes les possibilités. Fluidité qui au passage n’altère pas, bien au contraire, un sentiment de folie, de course kafkaïenne, vaine et angoissante, qui s’explique par l’impression de répétition des situations dans la transcription littéraire du champ des possibles pour le salarié.

    Comme auparavant pour un lieu, Georges Perec est embarqué dans une tentative d’épuisement, d’une situation cette fois-ci. C’est bien entendu, comme souvent avec lui, plus une performance qu'autre chose. Si ça peut-être admirable au niveau de la construction, assez original dans son ambition, il faut reconnaître que c’est assez chiant à lire bien que court, du genre vain, bien que plus convaincant que tentative d'épuisement d'un lieu parisien.

    Georges Perec quoi.

     

  • L’histoire de Pi – Yann Martel

    histoire-de-pi.jpgL’océan Pacifique. Un canot de sauvetage. Dernier vestige d’un cargo qui transportait exceptionnellement la famille Patel, ainsi que quelques animaux de son zoo, depuis Pondichéry jusqu’au Canada où elle émigrait. Voici donc d’un côté de l’embarcation le bien nommé Piscine Molitor Patel, adolescent féru de religions, un brin original, unique survivant humain de la catastrophe. De l’autre côté, Richard Parker, un tigre du Bengale de plus de 200 kilos. Et c’est parti pour un drôle de "huis clos" de 227 jours qui arrive à tenir en haleine le lecteur.

    Yann Martel arrive grâce à un véritable sense of wonder, à une histoire incroyable et riche en rebondissements, à captiver le lecteur. Il y a dans l’histoire de Pi un véritable art de raconter qui s’appuie sur une foule de détails pour rendre vivante et presque crédible cette fable. C’est indéniablement plaisant, même si on peut reprocher quelques longueurs et quelques situations un peu exagérées à l’auteur Canadien. Il a de toutes façons réussi à créer un personnage très attachant, à la voix forte, en la personne de Piscine Molitor Patel.  

    Le récit de Yann Martel fonctionne. Il n’avait pas nécessairement besoin du prologue censé lui rajouter un crédit supplémentaire. Pas plus que des courts passages mettant en scène Yann Martel à l’écoute d’un vrai Piscine Molitor Patel racontant son histoire. Ces procédés qui peuvent être appréciés, ou pas, sont moins essentiels que la dernière partie du livre. Si dans l’écriture et la mise en scène, cette dernière est plutôt ratée, elle a le mérite d’ouvrir une potentielle relecture de l’histoire de Pi. Elle aurait mérité un plus grand développement et un meilleur travail au niveau de la narration. La question qu’elle soulève est centrale et ne cesse d’habiter le livre et le lecteur. Comment croire Piscine Molitor Patel ?

    Il est vraiment dommage que cette question soit liée à celle de la croyance en Dieu et vienne en cela pointer une des faiblesses du livre : le charabia religieux qui n’apporte pas grand-chose – on est parfois au niveau de Paulo Coehlo, c’est dire… - et qui est même bien moins intéressant que le bavardage sur les animaux. Yann Martel nous sert un bric à brac syncrétique qui ne mérite pas vraiment qu’on s’attarde là-dessus et qui est heureusement un peu moins présent dans le cœur du livre: le face à face entre Pi et Richard Parker.

    Malgré des défauts, l’histoire de Pi est un bon divertissement et une histoire forte, dont il ne faut pas faire une montagne non plus – comme lui donner le Booker Prize en 2002 par exemple... 

  • Le cinéphile – Walker Percy

    9782869303362.jpgCe n’est pas tant que j’accorde une grande importance à ce genre de choses, mais ce livre a quand même obtenu le National Book Award en 1961 et a été inclus dans la liste des 100 meilleurs romans de langue anglaise du Time. Ce qui j’avoue me laisse un peu sceptique après lecture. Le cinéphile ne m’a pas paru être une pièce maîtresse, mais bien une œuvre quelconque, au mieux mineure. Quant aux comparaisons de la quatrième de couverture évoquant l’étranger d’Albert Camus…

    Voici donc les aventures de Binx Bolling, un jeune homme promis à mieux qu’à ses menues activités financières dans son petit cabinet dans la Nouvelle-Orléans des années 50. Il y a peut-être effectivement mieux à faire pour lui que de rêver constamment, d’aller au cinéma ou d’essayer de se taper ses secrétaires successives et toutes sortes de filles ennuyeuses. En tout cas, Binx s’interroge sur l’existence et quel sens il peut bien donner à la sienne, un peu fade, à peine pimentée par l’oscillation entre deux familles complètement différentes et la possibilité…Kate.

    Le cinéphile dispose d’un contexte favorable mais qui n’est pas vraiment exploité. Binx est quand même un jeune homme qui a été au front pendant la guerre de Corée (1950-53), mais cet élément n’a finalement qu’une présence évanescente dans le texte même si on peut déduire que le mal-être ou plutôt le laisser aller du personnage principal en est issu. C’est un peu dommage de ne pas faire de place à un conflit qui est bien moins présent dans la mémoire et la littérature que celui du Vietnam et bien entendu la deuxième guerre mondiale.

    Binx a aussi un contexte familial singulier qui reste sous-exploité. Il y a pourtant un contraste entre sa famille biologique et sa famille d’accueil. La figure de sa tante Emily et celle de sa fille Kate sont effectivement intéressantes et bien présentes dans le récit. Elles apportent quelque chose à l’ambiance mélancolique du livre et révèlent les sentiments et remous intérieurs de Binx. En revanche, il n’y a pas grand-chose de l’autre côté. Difficile de dire à quel point est inintéressante la visite que Binx fait avec sa petite secrétaire à l’autre partie de sa famille.  

    Walker Percy arrive en tout cas à restituer quelque chose de la Nouvelle-Orléans. Le cadre de l’histoire apporte un petit supplément d’âme au texte malgré des passages inintéressants comme ceux sur le carnaval. On dirait le sud chantait Nino Ferrer à propos de tou à fait autre chose. Il ne faut pourtant pas cataloguer Walker Percy à cette étiquette d’auteur du Sud. Son propos est en effet très ambitieux : la quête de sens. Son personnage principal Binx Bolling est tout simplement perdu, quoiqu’il en dise ou pense. Bien entendu, il est rêveur, analytique concernant le comportement et l’existence des personnes qu’il croise, mais  - contrairement au personnage d’Albert Camus, de mémoire – il est en attente de quelque chose. Il hésite. Avec Kate et même avec sa secrétaire, avec sa tante. Binx n’est pas complètement détaché. Ce n’est pas un cynique non plus, attention à ne pas se méprendre.

    Le problème est que là où l’étranger touchait à l’épure, le cinéphile s’embourbe dans le détail, dans le trivial, dans le balbutiement et véhicule un certain ennui. Oui, Binx s’ennuie en fait. Et nous aussi. Quant au cinéma dans l’œuvre…bof.

    Pas mal pour résumer un peu tout ça en fait: bof.