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La liste de mes envies - Grégoire Delacourt

9782709638180.jpgVous ne connaissez pas Jocelyne ? Jocelyne, c’est cette bonne femme d’Arras qui gagne par hasard au loto un peu plus de 18 millions d’euros. Elle ne joue jamais Jocelyne, non, pas comme ces crétines de sœurs vieilles filles qui ne peuvent se séparer et qui sont ce qui se rapprochent le plus des meilleures amies pour elle.  Après que ces dernières aient lourdement insisté, Jocelyne accepte de jouer une fois, mais alors une seule fois. Et là, paf 18 millions d’euros ! Saloperie de destin. 18 millions d’euros ! Vous vous rendez compte ? Non ? Ben, elle non plus.

Tout cet argent, ça la trouble, ça la fait douter, Jo, et du coup elle ne dit rien à personne, ne change rien à sa vie. Pourtant ce n’est pas comme si elle n’avait pas une vie de merde,  Jo. Excusez-moi pour la trivialité, mais c’est la vérité. Jo a une sacrée vie de merde. Au mieux dans la moyenne, pour ne pas dire moche, enveloppée pour manier l’euphémisme, elle pourrait filer chez un esthète du bistouri. Oui mais non. On peut la comprendre, pas le physique. Pas assez noble. Alors elle pourrait en faire vraiment quelque chose de sa petite mercerie pourrie qui fonctionne tant bien que mal. Oui mais non. Les investissements directs c’est pour les chinois. Il faut aller à l’essentiel, la famille !

Pourquoi pas se dit Jocelyne. Aider ses deux enfants qui sont maintenant loin du foyer familial. Oui, éventuellement financer les films de sa fille, qui a l’air, ceci dit, d’une demi-demeurée shootée ou alors sauver la mise de son inconscient de garçon parti se débrouiller dans le sud avec sa copine. Eux peut-être, oui, mais pas Jocelyn. Non, pas son mari (oui, oui il s'appelle Jocelyn...), pas cet ouvrier un peu fruste qui rêve d’argent pour s’offrir une grosse voiture et une femme plus jeune. Non, pas ce salaud qu’elle aime mais qui lui en a fait voir des vertes et des pas mûres, surtout après la mort à la naissance de leur troisième enfant. A tel point qu’elle a failli prendre un amant. Oui, à ce point !

Il faut comprendre cette pauvre Jocelyne, mais peut-être pas au point d’accepter qu’elle passe son temps à écrire de stupides listes d’envies guimauves au lieu d’aller encaisser son chèque qu’elle garde au fond de sa chaussure comme une imbécile. On en vient presqu’à être heureux que son mari finisse par le lui voler pour vivre ses rêves. Presque, parce que ce crétin n’arrive évidemment à rien faire de correct avec tout cet argent. Et ouais, dure la vie sans Jocelyne pour lui. Dur et cruel le monde pour lui qui ne se heurte qu’au toc, au fade, au vénal et au superficiel. Et oui, que c’est triste pour lui d’être millionnaire. Et s’il rendait l’argent à Jocelyne ? S’il tentait un come-back auprès d’elle ? Et non coco, ce n’est pas aussi facile, il y a une justice sur terre et elle va finir heureuse alors que ton unique lot sera la solitude.

Tout ça pour dire quoi ? Que l’argent ne fait pas le bonheur évidemment. Et si je me suis permis d’en dire trop sur l’intrigue, d’adopter ce ton moqueur, c’est pour souligner l’assommante morale à deux balles qui est permanente dans ce livre. Tout ça pour ça. Il faut vraiment arriver à supporter tout au long des pages ces personnages caricaturaux, inintéressants et sans aspérités qui n’ont que cette leçon d’une banalité affligeante comme finalité et profondeur. « Si l’argent ne fait pas le bonheur, rendez-le » dixit Jules Renard.

Il n’y a pas grand-chose à dire sur l’écriture transparente, le style inexistant si ce n’est que Grégoire Delacourt ne se départit à aucun moment d’une tonalité guimauve, sirupeuse et d’une avalanche de bons sentiments qui écoeurent. Tout est prévisible, se voit à des kilomètres dans ce roman peu  subtil qui enfile les clichés avec beaucoup de sérieux.

Consternant.

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