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Passage des larmes - Abdourahman A. Waberi

abdourahmanwaberi.jpgC’est l’histoire d’un retour au pays natal. Celui de Djibril revenu de Montréal à Djibouti pour une mission professionnelle circonscrite à une semaine. Circonstances particulières pour cet homme qui a fui son pays, il y a une dizaine d’années, à l’approche de la vingtaine, abandonnant à jamais sa terre, sa famille et surtout son frère jumeau cadet de vingt minutes. Drôle de retour que celui d’un homme qui est parti parce qu’il ne trouvait pas sa place, ni l’affection des siens chez lui et qui s’est épanoui ailleurs, distant du sentiment d’exil, de l’obsession du retour qui sont le lot commun de ceux qui sont loin de chez eux. Djibril veut croire qu’il peut juste remplir sa mission et puis repartir comme si de rien n’était, mais là-bas tout se sait vite et rapidement les gens viennent à sa rencontre, sauf son frère.

L’angle d’attaque choisi par Abdourahman A. Waberi est plutôt intéressant mais son roman pêche par plusieurs défauts. Il y a d’abord cette mission de renseignement qui occupe une partie du livre. Ce n’est qu’un écran de fumée. Elle est bien trop floue, bien trop artificielle pour satisfaire le lecteur. Et les tentatives pour la raccrocher à l’histoire de Djibril ou celle de son frère sont assez bancales. Ensuite, Abdourahman A. Waberi aborde plusieurs sujets comme l’histoire de Djibouti, l’extrémisme musulman, le terrorisme ou des évènements méconnus comme le départ des juifs de Djibouti, mais d’une façon relativement superficielle, anecdotique.

Sur le retour de Djibril même, émergent surtout des souvenirs épars de son enfance (son grand-père Assod, le manque d’affection de sa mère, la distance et la pauvreté de son père, son ami juif David…). Difficile de ne pas rester un peu sur sa faim devant ces bribes de vie qui ne font qu’encadrer le cœur du livre, l’opposition entre Djibril et son frère. Ce sont deux destins contraires, deux trajectoires divergentes, qui s’affrontent par carnets interposés dont l’alternance régulière rythme le livre. Pendant que Djibril mûrissait en Occident, au Canada, en rencontrant celle qui partage sa vie, son frère pourrissait dans l’extrémisme islamique après avoir végété en l’absence de réelles perspectives. C’est cette opposition qui donne un peu de force au livre en étant génératrice d’une tension latente, même si malgré tout cette étrange relation entre frères peut sembler sous-exploitée.

Pour finir, il y a bien la présence de Walter Benjamin que l’on peut mettre au crédit d’ Abdourahman A. Waberi, même si l’exploitation de cette figure peut également paraître un peu artificielle dans ce livre.  C’est un véritable symbole que cet écrivain de l’exil, victime d’un autre extrémisme, celui des nazis. Un pont original entre les deux frères embarqués l’un dans l’exil et l’autre dans l’extrémisme.

Malgré des thèmes plutôt intéressants, je suis déçu par Passage des larmes.

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