Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Rhum - Blaise Cendrars

    50753740.jpgTout est dans la dédicace de Blaise Cendrars : « Aux jeunes gens d'aujourd'hui fatigués de la littérature pour leur prouver qu'un roman peut aussi être un acte ». Elle dit autant de la vie mouvementée et romanesque de Blaise Cendrars que du projet littéraire de « Rhum » et son personnage principal, Jean Galmot. On comprend que pareil destin ait attiré et accroché Blaise Cendrars. Une vie d’aventurier, plutôt brève, multiple et heurtée, entre deux siècles, un peu « bigger than life » comme on dit de l’autre côté de l’Atlantique.

    Voici donc Jean Galmot. D’extraction modeste, originaire de Dordogne, l’homme sera journaliste dreyfusard, séducteur et joueur sur la côte d’azur avant de devenir suite à un mariage bienvenu, un voyageur, un entrepreneur en Guyane. Rhum, matières premières (or, bois de rose, balata) pour la fortune, puis pour la carrière politique. En effet, Jean Galmot sera aussi député de Guyane et accessoirement poète et romancier à ses heures perdues. Le pinacle avant la chute. C’est-à-dire la prison pour spéculation financière suite à la grande guerre avec l’affaire des rhums, la prison, la défaite aux élections (truquées ?) en Guyane puis la mort, sans doute par empoisonnement.

    Rhum est une biographie romancée. Après enquête, Blaise Cendrars prend le parti de faire de Jean Galmot, une figure héroïque, un don quichotte comme il l’écrit lui-même. L’homme est présenté comme un rêveur, un idéaliste, taraudé par ses racines qui trouvent étrangement écho au fin fond de la Guyane. Travailleur acharné après avoir été jouisseur, libertaire épris de justice, l’homme fait même figure de défenseur et ami des colonisés de Guyane dont il défend les intérêts. Le portrait semble un peu uniforme pour celui qui est présenté comme une victime de l’hostilité de milieux financiers et politiques méfiants de son originalité et jaloux de sa réussite et de ses nobles ambitions. Peu importe en fait, si l’on privilégie la dimension héroïque et tragique érigée en valeur d’exemple qui sous-tend l’angle choisi par Blaise Cendrars.

    Ce n’est peut-être pas tant de Jean Galmot dont il s’agit ici que d’un Jean Galmot, celui de Blaise Cendrars. Il faut tout de même préciser que le romancier Suisse a mené une enquête approfondie sur la vie de cet homme et sur ses affaires. Un travail d’investigation qui est mis en avant dans Rhum et qui se traduit par plusieurs passages qui détaillent les tracas administratifs, économiques, politiques et judiciaires de l’homme. Ce n’est pas toujours très clair, parfois un peu confus, avec quelques hics chronologiques, mais rien de rédhibitoire devant  la force romanesque de Blaise Cendrars. Car là est le miracle de Rhum, la force romanesque de cette œuvre façon reportage journalistique, au-delà de la figure singulière de Jean Galmot, des partis pris de Blaise Cendrars.

    Rhum est un récit envolé, mené à un rythme entraînant et habité par une voix forte et déterminée. On retrouve quelque chose de l’or dans Rhum.

    Vivant, prenant et plaisant.