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  • Saint-homme – Nikos Panayatopoulos

    2070774066.jpgA l’heure où des démarches sont entreprises par un archevêque grec pour canoniserIoannis l’Orphelin, un témoignage vient semer le trouble sur la sainteté de cet homme et projeter une lumière nouvelle sur son existence. Ce témoignage, c’est celui d'Andonios Efstathiou, l’homme qui a recueilli les confessions d’Ioannis juste avant qu’il ne meure, qui a été injustement accusé de  l’avoir tué et qui a du s’enfuir. Qui a vraiment été Ioannis l’orphelin ? Comment en est-on arrivé à le prendre pour un saint ? Quid de sa mort ?

    La confession rapportée par Andonios est sinueuse et un peu pénible en raison du style ampoulé, tout en digressions qui est celui de cet honnête homme, de peu d’instruction, qui s’adresse à un archevêque, mais elle est intéressante. Fourmillant de détails, elle raconte la fabrication d’une imposture et son effondrement dans un drame sanglant. Déroulant son récit, Andonios démonte la mécanique, les rouages à l’œuvre dans toute édification d’un homme à un rang de saint ou de mythe.

    Comment un fond de vérité, quelques faits réels sont déformés pour former une architecture autour de laquelle se greffent toutes sortes de récits plus ou moins affabulateurs qui viennent produire et alimenter une légende inflationniste. Comment cette légende est entretenue par le besoin de croire de certains mais aussi en raison d’une foule d’intérêts divers (pécuniaire, politique, autre…) qui lui sont liés. A qui profite la légende ? Qui a intérêt à la voir perdurer ou au contraire à l’ébranler ?

    Au commencement, Ioannis n’est juste qu’un orphelin qui erre jusqu’au village de Thermo et dont la malchance originelle est prolongée dans sa famille d’accueil avant que son destin ne change suite à la découverte de mystérieux ossements. La mécanique est lancée et au final peu de monde a intérêt à l’arrêter. Surtout pas Ioannis à qui elle permet d’échapper à un destin jusque-là cruel. Il aurait été facile de faire de ce « saint » un escroc, un salaud ou au contraire un homme réellement vertueux.

    Ioannis n’est ni l’un, ni l’autre, pas tellement plus qu’un ambitieux qui désire à tout prix construire cette légende. Plus qu’un homme providentiel, c’est un homme « circonstanciel » qui décide d’embrasser le destin qui lui tend les bras. Avec une passivité  qui n’est pas dénuée d’ambiguïté. Il ignore que les idoles adulées un jour sont tout aussi facilement haïes et brulées un autre jour comme pour expier, non seulement les fautes de chacun, mais surtout la crédulité qui a présidé à leur édification. Le bouc émissaire est tout désigné d’avance.

    Un peu long à se mettre en route, et malgré quelques chutes d’intensité, le livre de Nikos Panayatopoulos traite néanmoins avec intelligence et justesse de l’imposture, de la crédulité ordinaire, de la mesquinerie et de la violence quotidiennes.

    OK.

  • Sang impur – Hugo Hamilton

    sang-impur.jpgDrôle d’enfance que celle racontée par Hugo Hamilton dans Sang impur. Une enfance placée sous le sceau de la différence et du métissage. Pas facile d’être un enfant « tacheté » dans cette Irlande des années 50-60’, surtout avec un père irlandais obsédé par l’identité de son pays et la haine de la Grande-Bretagne, et une mère allemande marquée par une jeunesse traumatisante sous le IIIème Reich et désormais obnubilée par la tolérance et le pacifisme.

    Nous sommes dans l’Irlande pauvre et traditionnelle au sortir de la seconde guerre mondiale. L’éducation est sévère, à coups de claques et de ceinture, le quotidien austère, avec des difficultés à joindre les deux bouts, surtout pour une famille nombreuse. En plus de cela, Hugo Hamilton – puisque c’est de lui dont il s’agit -  et ses frères et sœurs doivent faire face à des contraintes propres à leur famille et à leur histoire personnelle. Interdit de parler anglais et de faire une quelconque référence à l’envahisseur de l’Irlande au sein de la demeure familiale pour faire plaisir à Papa le nationaliste, impossible non plus d’échapper à la xénophobie et à la bêtise du monde extérieur - notamment les autres enfants –qui les voient comme des étrangers, voire des nazis.

    Hugo Hamilton réussit à faire la chronique douce-amère d’une famille pas vraiment comme les autres avec une voix proche de celle d’un enfant. Tout en naïveté apparente, en questionnements incessants, dans un style direct et simple, dans les angles narratifs choisis, c’est un enfant qui s’exprime, qui cherche à comprendre le monde dans lequel il grandit en le racontant. Il y a tout ce qu’il faut de rires, de larmes, de cris dans les anecdotes, les épisodes marquants qui captivent et touchent le lecteur.

    Il réussit surtout à écrire un livre brillant sur la question des identités hybrides dont il est une parfaite illustration. A cheval entre la culture irlandaise, allemande et anglaise, il doit se coltiner 3 langues, dont une menacée – le gaélique-, trois mémoires, trois patries qui ont le mauvais goût de s’être combattues. Hugo Hamilton ne fait pas vraiment un éloge béat du métissage et dévoile la difficulté d’être un « enfant tacheté » au confluent de plusieurs cultures. A travers le magnifique portrait de ses parents, il raconte la tragédie d’un héritage qui ne passe pas - par le biais de sa mère qui a réussi à survivre à l’idéologie nazie et à une tragédie intime – en même temps que celle d’un héritage qui semble condamné – par le biais de son père qui s’acharne à sauver la culture irlandaise.

    Un très beau livre, dur et tendre à la fois, sur l’enfance et l’identité, le métissage.