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  • Le pauvre Christ de Bomba – Mongo Beti

    PCDB.pngLe pauvre Christ de Bomba ou les aventures du R.P.S - le révérend père supérieur – Drumont au Cameroun, durant la période coloniale. 20 ans déjà qu’il est là, le missionnaire blanc. 20 ans à évangéliser sans relâche les habitants de son district de Bomba, à bâtir un royaume chrétien digne de ce nom dans la brousse, en attendant la félicité promise dans l’au-delà. 20 ans à essayer d’inculquer la foi, l’amour du Christ, la monogamie et à écarter les bons sauvages de leurs croyances et de leurs us et coutumes barbares. 20 ans qui pèsent au moment où il entame sa tournée dans l’Est du Cameroun, dans le pays de Tala, fief de la résistance à son message chrétien et à son prosélytisme forcené, qu’il a sciemment abandonné pendant près de trois années. 

    Cette tournée, c’est le chant du cygne du RPS Drumont. Une épopée triste et comique pendant laquelle un édifice faussement solide, s’ébranle après avoir révélé au grand jour de multitudes lézardes qui annonçaient la chute. Eclate au grand jour l’incompréhension et l’ambiguïté des relations entre la religion chrétienne, ses missionnaires et les populations autochtones. L’évangélisation entreprise par le RPS Drumont est une entreprise d’acculturation indissociable de la mécanique coloniale dont elle a la violence et la perniciosité pour un succès très relatif – même si aujourd’hui une grande partie de l’Afrique Subsaharienne est d’obédience chrétienne.

    La tournée est l’occasion de (re) découvrir que quand la religion chrétienne n’est pas purement et simplement rejetée, elle est acceptée comme une contrainte incontournable ou cohabite, parfois au prix de certaines contorsions, avec la polygamie, l’animisme, etc. La religion est souvent un vernis dont l’adoption est directement ou indirectement liée au joug de la violence coloniale – le parfait exemple étant la construction des routes et le cortège de malheurs et de souffrances qu’elle charrie dans les villages, entre autres à coup de réquisitions et de labeur mortifère.   

    Les (més) aventures du RPS dans le pays Tala sont vues à travers le regard du jeune Denis, un apprenti enfant de chœur et boy qui est à ses côtés depuis quelques années et qui le suit tout au long de ce périple. Le regard naïf du jeune Denis permet à Mongo Beti de prendre de la distance avec le personnage du RPS, mais aussi de créer un décalage entre la réalité prosaïque des choses et l’idéal chrétien. Le jeune Denis n’est pas loin du lavage de cerveau, dans le reniement de soi et dans l’idolâtrie du RPS et de l’occident qu’il représente. Il forme ainsi avec le cuisinier Zacharie, l’autre élément de l’attelage du RPS, les deux faces antagonistes d’une même pièce. Zacharie rééquilibre le point de vue de Denis par le biais d’une attitude pragmatique, cynique même, et dénuée de complexes. Il n’hésite pas à parler franchement au RPS et à donner un point de vue souvent iconoclaste mais juste sur les situations qu’ils affrontent.

    Ces trois personnages sont liés dans une certaine alchimie et une chute commune, bien que leurs dynamiques soient différentes. Le jeune Denis est dans une phase d’apprentissage au cours de laquelle il va progressivement se déniaiser mais qui va se conclure par un abandon et un certain vide intérieur. Le RPS est dans un processus de remise en cause de son action des vingt-dernières années et de dévoilement de ses conséquences difficilement acceptables qui lui ont parfois échappé, lui qui a malgré tout essayé d’œuvrer pour le bien. Il ne verra pas d’autre solution que le renoncement et le retour en métropole. Quant à Zacharie, il n’aura d’autre option que la fuite alors que sont finalement révélés ses méfaits et que s’ébranle un personnage fort et fier, dont le charisme s’est construit dans la faute.

    Le pauvre Christ de Bomba est une œuvre haute en couleurs, marquante, avec des personnages attachants, qui dresse un portrait accablant d’une Afrique coloniale dont la fin approche. C’est une réflexion juste, teintée de sentiments aigres-doux, sur les écueils de la religion chrétienne et du colonialisme en Afrique.

    Chef d’œuvre.

  • L’écologie en bas de chez moi – Iegor Gran

    drôle,humour,écologie,amitiéJ’étais resté sur une bonne impression et quelques rires après la lecture d’ONG! d’Iegor Gran, il y a quelques années de cela, alors c’est avec un à priori positif que je me suis lancé dans l’écologie en bas de chez moi.

    Il a suffi d’une affiche placardée sur le tableau d’affichage de son immeuble l’invitant à regarder le documentaire de Yann-Arthus Bertrand, Home, pour faire sortir Iegor Gran de sa retenue et se lancer dans une croisade, non pas contre l’écologie, mais contre les idées reçues sur l’écologie, ses contradictions idéologiques, sa récupération politique, commerciale, sa veine apocalyptique et anti-culturelle. Souvenons-nous déjà que dans ONG, l’une des associations tournées en ridicule par leur guéguerre était une association écolo, la foulée verte…

    Iegor Gran n’y va pas de main morte dans son réquisitoire. Il démonte les idoles et les raisonnements faciles à coups de démonstrations et de notes de bas de pages qui prouvent qu’il y a du travail de recherche derrière chacun de ses arguments. Il faut lire ses passages sur le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), sa critique des ouvrages de différentes figures écologiques incontournables (Al Gore, Nicolas Hulot…), entre autres pour se convaincre d’une certaine justesse de son propos et de son regard.

    Ce livre aurait pu être pénible, lourd s’il avait été écrit par quelqu’un d’autre qu’Iegor Gran. Celui-ci arrive à articuler son argumentation autour de situations concrètes, bassement quotidiennes et d’observations simples qui allègent l’ensemble. Par ailleurs, il intègre son propos à un récit autofictionnel marqué par la rupture d’une amitié et permet au livre de ne pas être unidimensionnel. Et puis surtout, il écrit dans un style direct - avec une verve quasi-pamphlétaire - qui est réjouissant tant il ne lésine pas sur l’humour, grinçant de préférence, l’exagération, l’ironie et le cynisme. Il y a à chaque page ou note de fin de page, un amour de la punchline ravageuse qui doit être savouré.

    Moins drôle et enlevé qu’ONG, l’écologie en bas de chez moi est en fait un plaidoyer pour la culture et l’histoire de l’évolution de l’humanité, qui ne doit pas nous faire nier l’intérêt et la pertinence d’une réflexion et d’une action écologique débarrassées de certains écueils actuels.  

    Note : A mettre en relation avec 2 essais: Le fanatisme de l’Apocalypse de Pascal Bruckner ou Le nouvel ordre écologique de Luc Ferry.

  • Tristano meurt – Antonio Tabucchi

    tristano-meurt---une-vie-11163-250-400.jpgLa lecture de Tristano meurt d’Antonio Tabucchi terminée, je fais un rapide tour sur le net. Quelle n’est pas ma surprise de ne voir que des articles généralement dithyrambiques au sujet de cette œuvre. Mon avis est nettement plus mitigé, pour faire dans l’euphémisme. Alors de quoi s’agit-il ?

    Tristano, sur le point de mourir, fait venir à son chevet un écrivain qui a écrit un roman dont il est le héros. Il souhaite raconter à ce dernier sa vie et plus précisément donner sa version des faits qui ont fait de lui un homme qu’on peut utiliser comme personnage principal d’une fiction. Gangrené à la jambe, sous morphine, en plein délire, Tristano revient donc sur les épisodes qui ont fait de lui un héros. Il part dans un monologue halluciné dans lequel se mélangent visages, noms, faits, émotions dans une chronologie totalement embrouillée.

    Ce que tente de faire Antonio Tabucchi, c’est de nous plonger dans l’esprit embrumé d’un Tristano complètement shooté. Il essaie de nous faire entendre sa voix et celle de tous ceux qui le hantent, fantômes du passé qui ne le lâchent plus. Si au début et par moments, il y a une réelle dimension tragique dans les errances de cet homme dans son labyrinthe intérieur, il faut avouer qu’à la longue, tout ça est juste lassant, embrouillé et abscons. Difficile de démêler les fils de ce que raconte Tristano, entre rêves, visions et souvenirs. C’est d’autant plus frustrant que ce que ce dernier veut raconter tient surtout en deux ou trois épisodes autour desquels il brode indéfiniment sans pouvoir apporter grand-chose de nouveau malgré les pages qui s’égrènent.

    Mais alors y a-t-il quelque chose à tirer de tout ça ? Vaguement dirais-je, tant l’ensemble est flou et le discours parfois pompeux quand il est un peu structuré. C’est dommage car en fait, Antonio Tabucchi avait des choses essentielles à dire. Il souhaitait d’abord questionner l’histoire officielle telle qu’elle est construite et le témoignage. Où est la vérité demande Tristano ? Comment dépasser la subjectivité, approcher au plus près du réel, des vrais actes, des vraies intentions, loin des récits que peuvent tisser l’historien, le romancier ou plus radicalement, n’importe quel témoin. Pourtant que reste-t-il à la fin, sinon ces récits ? Ainsi peut-on faire de Tristano un héros alors que lui-même se voit un peu comme un lâche et finalement seul ?

    Le problème est qu’Antonio Tabucchi n’a pas réussi à écrire une fiction à créer de la chair autour de ses idées. Il ne suffit pas d’une voix, ni de mettre un peu d’Histoire, quelques souvenirs épars autour de ces idées.

    Brouillon et ennuyeux.