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  • Tombe, tombe au fond de l'eau – Mia Couto

    tombe-tombe-au-fond-de-l-eau-250019[1].jpgIl n’est pas toujours évident de se prononcer sur un livre, une fois la dernière page lue. Et ce n’est pas forcément plus facile quelques jours plus tard. C’est le cas après la lecture de Tombe, tombe au fond de l'eau. Quelque part au Mozambique, près de l’océan, Zeca, un pêcheur à la retraite passe des heures à paresser près de sa demeure et à tenter de charmer sa voisine, Luarmina, l’ancienne chaste beauté tout en rondeurs aujourd’hui. C’est un jeu lent, singulier, avec ses propres codes qui est mis en scène à travers les conversations de Zeca et de Luarmina : se raconter, se dévoiler par petites touches l’un à l’autre en faisant la part belle à la badinerie, à la drôlerie, sans pour autant nier ou dissimuler les blessures, la tristesse, la nostalgie, et tout ce spleen qui les accompagnent désormais au couchant de leur existence.

    Le récit est une sorte de fable qui, à travers ces souvenirs, ces histoires – dont la réalité est souvent évanescente -, interroge notre rapport à la mémoire, au souvenir, au temps et à nos parents, à notre filiation, ainsi qu’à l’eau ou à la mer. Il est un questionnement plutôt diffus, du réel et du passé, à travers la place importante du rêve et de l’irrationnel. Le récit ne vaut pas tant pour ce questionnement, ni même pour ces histoires que se racontent les deux vieux flirteurs, quand bien même elles s’évertuent à être décalées, différentes, puissantes, habitées de sens, de mort et de tragique. Je ne crois pas qu’il reste grand-chose de ces histoires, de père dont l’amante s’est noyée lors d’une sortie en bateau, de mère devenue folle etc. Au bout de ces huit petits chapitres et d’à peine une centaine pages, ce qu’il reste ce n’est pas ça.

    Ce qu’il reste, c’est la saudade, ce vocable portugais qui désigne une mélancolie empreinte de nostalgie. Ce qu’il reste, c’est la force d’une aura grise, de puissants sentiments contenus dans le voile de la langue. Il y a dans Tombe, tombe au fond de l’eau, une poésie triste, aigre-douce qui ne quitte pas le lecteur dès la première page et qui le marque bien plus que les cocasseries, les confessions et autres histoires de Zeca et Luarmina. Alors que le manège de ces personnages est sans doute voué assez rapidement à s’éteindre dans la mémoire du lecteur, cette saudade qui exhale du livre et la langue de Mia Couto sont sans doute amenées à le marquer plus durablement. Oui, Tombe, tombe au fond de l’eau est surtout une affaire de langue et de style,  c’est un envoûtant plaisir  de lecture qui est constant tout au long du livre. Une longue poésie en prose qui draine une multitude d’émotions entremêlées.

    Ce plaisir de lecture pose aussi la question de la traduction (cf. le titre du livre et la note du traducteur en préambule). Dans un ouvrage pour lequel la langue est quasiment le tout, le travail du traducteur s’approche encore plus de celui de l’auteur dans la tentative de créer, d’inventer une langue, d’apprivoiser les sentiments et les êtres, dans un art du rythme, du jeu, du ton, de la construction qui prend le pas sur le reste.

    Au-delà, de récits dont l’importance est à relativiser donc, un long poème en prose à apprécier.

    Non, ceci n’est pas vraiment un roman et oui je vais poursuivre ma découverte de Mia Couto.