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Todo Modo – Leonardo Sciascia

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Todo modo ? «Tous les moyens…pour trouver la volonté de Dieu» pour citer plus exactement Ignace de Loyola le fondateur de l’ordre des jésuites. Sauf qu’ici il n’est pas tant question de la volonté de Dieu que celle des hommes. Des hommes de pouvoir pour qui tous les moyens sont bons pour assouvir leurs désirs de puissance et leur mainmise sur la société.

Ces hommes de pouvoir que dépeint Leonardo Sciascia, ce sont des acteurs politiques importants, des hommes d’église influents, des avocats, etc. Un microcosme de la haute société qui se réunit dans un ancien ermitage transformé en hôtel sélect pour effectuer des « exercices spirituels » (autre référence à Ignace de Loyola et à son œuvre) sous la houlette du mystérieux et fascinant prêtre érudit Don Gaetano.

Complots, corruption, clientélisme, jeux d’influences, collusion entre politique et religion : c’est l’Italie putride de la démocratie chrétienne des années 70 qui est subtilement mise à nu par Leonardo Sciascia dans Todo Modo. « Les gros profits effacent les grands principes et les petits profits, les petits fanatismes ». La dénonciation n’est pas tapageuse mais plutôt raffinée.

Il y a la moquerie permanente par rapport aux « exercices spirituels » que sont censés effectuer ces hommes. Un summum d’hypocrisie qui s’accompagne du mépris et du dédain affiché par le maître d’œuvre de cette comédie, Don Gaetano. Le tout sous le regard distancié mais scrutateur du narrateur, un peintre célèbre dont le point de vue éloigne le lecteur d’une imprégnation excessive en même temps qu’il lui offre une analyse plutôt fine de cette mare aux crocodiles et des évènements de l’ermitage.

La critique sociale derrière Todo Modo est accentuée par le fait que plusieurs des notables présents à l’ermitage sont assassinés les uns après les autres. L’image d’un nœud de vipères se renforce en même temps que s’installe une atmosphère de tension et de suspicion pendant que l’enquête, menée par un magistrat et un policier, est aiguillée par le prêtre.

Todo Modo est ainsi un faux roman policier qui se cache derrière cette enquête dont le fin mot est d’ailleurs ouvert à plusieurs interprétations. Leonardo Sciascia n’est pas Agatha Christie et peu importe le meurtrier finalement. La vérité ne semble pas tant résider dans ces faits divers qu’ailleurs, dans cette société malade que l’auteur dépeint.

Parfois bavard, pas forcément génial sous son angle policier, Todo Modo est un livre qui vaut le détour pour son atmosphère progressivement étouffante, pour le fascinant personnage de Don Gaetano, pour l’érudition qui le parcourt et surtout pour sa peinture de mœurs. 

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