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La vie très privée de Mr Sim – Jonhatan Coe

sans-titre.pngMaxwell Sim est un homme seul, un homme triste et fade, un homme quelconque, moyen. Tellement banal et tellement contemporain, qu’il ne fait pas vraiment rire, ni pitié, mais peur. Cet homme est un miroir impitoyable qui crache la vérité au lecteur. Cette vie misérable et pathétique peut être la tienne. C’est une ombre qui plane au coin de notre existence, menace tapie dans l’ombre d’une société contemporaine où le futile, le paraître et les faux-semblants ne peuvent jamais que mal dissimuler et repousser la solitude, la monotonie, l’ennui et le conformisme. Voici le visage de l’ennemi, voici Maxwell Sim.

A quoi ressemble donc la vie de Maxwell Sim ? C’est un homme que sa femme a quitté, emportant avec elle leur jeune fille pré pubère. Il n’avait jamais réussi à lui offrir l’horizon matériel et surtout intellectuel dont elle rêvait. Autre chose que cette réalité appauvrie de la classe moyenne basse de l’Angleterre provinciale. Il n’a pas vraiment d’amis, surtout depuis la perte de son ami d’enfance Chris, juste des comptes facebook qui n’ont rien de concret et de matériel et ne constituent qu’un vague substitut à son vide affectif. Alors oui, évidemment Maxwell Sim est déprimé. Au point d’être en arrêt maladie depuis quelques mois. De toutes les façons, son poste de responsable d’un service après-vente semblait s’inscrire dans cette logique de défaite qui structure son existence. Mais alors est-ce que la solution à son marasme est vraiment dans ce poste de représentant commercial pour une société productrice de brosses à dents écologiques qui lui est proposé par un de ses anciens collègues ?

Cette proposition en apparence ridicule, conduire une voiture hybride sur les routes du Royaume-Uni de Watford jusqu’aux îles Shetland pour aller livrer des brosses à dents et filmer quelques moments authentiques pour une campagne de communication originale, est pourtant la porte de salut inattendue de Maxwell Sim. C’est un road-trip de looser, qui se révèle surtout être un voyage initiatique au cours duquel Maxwell Sim revisite son passé et découvre le secret de ses origines.  Cet homme se révèle progressivement à lui-même à travers chacune des étapes de ce voyage qui lui livrent des éléments, des documents qui constituent les pièces d’un puzzle qui prend forme.

Jonhatan Coe fait preuve dans la vie très privée de Mr Sim d’une grande finesse psychologique. Au fil des pages, il affine le portrait de son personnage principal, plus riche, plus épais, plus intéressant sur la longueur. Il ne suffit pas de dire que Maxwell est un perdant, il faut comprendre le pourquoi et le comment d’un tel champ de ruines. On parle tout de même d’un homme qui en arrive à se lier d’affection pour son GPS et sa voix féminine à qui il s’adresse comme à une vraie personne ! Jonhatan Coe se montre un romancier habile dans le dévoilement orchestré des méandres et des failles de la vie de Maxwell Sim. Le cheminement de ce dernier vers ses vérités intérieures comporte ce qu’il faut de dramatique, de tragique et même de drôlerie pour le rendre attachant, intéressant en dépit de sa platitude et pour captiver le lecteur.

Il faut dire aussi que Jonhatan Coe est un observateur subtil de la réalité contemporaine et d’une certaine société anglaise. Il promène son personnage principal dans l’Angleterre profonde et moyenne, loin de Londres, dans un univers  gris, désindustrialisé et tristounet. Il dit le sentiment de solitude exacerbée qui traverse ces mornes paysages et la société en général, un mal-être sourd, latent, vis-à-vis de l’existence sociale et professionnelle de la middle-class. Le tout sans être lourd, en s’autorisant quelques extravagances, quelques digressions finalement salutaires dans cette ambiance terne. Il établit également un parallèle osé mais très intéressant entre le parcours de son personnage principal Maxwell Sim et celui du navigateur solitaire Donald Crowhurst, participant malheureux de la golden globe race organisée par le Sunday times à la fin des années 60.

Un roman intelligent, au regard acéré sur l’époque, habile jusqu’à sa pirouette finale, prégnant avec son ambiance mélancolique teintée d’humour acide.

Juste et bon.

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