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Englebert des collines –Jean Hatzfeld

C_Englebert-des-collines_606.jpegQui délivrera Jean Hatzfeld du génocide Rwandais de 1994 ? Certainement pas Englebert l’impénitent buveur et marcheur de la province de Nyamata, rencontré lors de ses premières pérégrinations au pays des mille collines pour recueillir les témoignages de cette tragédie. Englebert des collines vient logiquement prendre place aux côtés des autres œuvres de cette fresque singulière et salutaire dédiée au génocide, patiemment construite par Jean Hatzfeld depuis de si longues années.

Englebert des collines ne dépareille pas du nu de la vie, d’une saison de machettes ou de la stratégie des antilopes. Le procédé littéraire utilisé par Jean Hatzfeld est le même. Une courte introduction qui lui permet de présenter les conditions de sa rencontre avec Englebert, des mots justes pour saisir les êtres et leurs fêlures profondes, pour livrer ses impressions. Le reste ? Le travail d’écriture qui s’emploie à rester au plus près du témoignage de son interlocuteur, à préserver la voix, le rythme de ce dernier, une certaine oralité. Il faut d’abord laisser apparaître Englebert, puis ses souvenirs qui racontent l’horreur, celle qui nourrit déjà les autres livres sur le génocide. Celle qui obsède Jean Hatzfeld et tous ses lecteurs.

La singularité de ce livre par rapport aux autres est de dépasser le témoignage en se concentrant sur un seul homme: Englebert. Ce n’est pas n’importe qui, c’est un genre de symbole, un peu le fou du village, l’amuseur public mais aussi son âme. Un personnage. Jean Hatzfeld nous fait entendre la logorrhée d’un homme brisé, peut-être un peu par l’alcool, par une vie un peu ratée, mais aussi et surtout par ce qu’il a vu et vécu pendant le génocide. Englebert boit, tout le temps, marche, tout le temps, et revient sur son passé, tout le temps. Errance intérieure et extérieure. Il a beau dire le contraire, il est marqué. Pas besoin de lire entre les lignes.

Le génocide est là, mais pour une fois, il n’est pas plus grand que le personnage central. Il n’est pas tout. Il est toujours aussi central, omniprésent, mais il y a aussi la figure d’Englebert, et il prend place dans cette existence de vagabond plutôt iconoclaste, qui essaie de survivre tant bien que mal à ses démons et à positiver, à tracer sa route d’une façon ou d’une autre, vaille que vaille. Là-bas, dans les collines, il porte, le poids du souvenir, mais rappelle aussi la nécessité d’avancer, quitte à zigzaguer, la légèreté du rire et de la causerie. Malgré tout.

Toute la tendresse que Jean Hatzfeld ressent pour Englebert contamine assez vite le lecteur et prend un relief supplémentaire lorsque la parole est exceptionnellement laissée à Marie-Louise, un autre personnage récurrent des œuvres de l’écrivain journaliste. Son portrait d'Englebert est un sommet de tendresse, de sollicitude et de compréhension.

Touchant.

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