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Une fille qui danse – Julian Barnes

9782846667890FS.gifC’est une bande de jeunes garçons intelligents et farceurs du Londres des années 60 dont l’équilibre est bouleversé par l’arrivée d’un intrigant et brillant élève : Adrian. Admiré par la bande, le jeune homme la rejoint tout en conservant une certaine distance et surtout un halo de mystère qui ne s’évaporera jamais vraiment. Adrian aurait pu avoir une place moindre dans l’esprit de Tony, membre de la bande et narrateur principal du livre presqu’une quarantaine d’années plus tard, n’eut été Veronica. Une des premières véritables histoires d’amour de Tony, Veronica a fini par sortir avec Adrian, semblant être tombée amoureuse de ce dernier dès la première fois où ils ont été présentés par Tony.  

Une fille qui danse n’est pas vraiment un livre sur l’adolescence et les amours de cette époque de la vie, même s’il en parle. Il n’est pas non plus un livre entièrement focalisé sur la trahison même si celle-ci est indirectement au cœur du livre et de l’histoire que raconte Tony. En fait, l’ouvrage de Julian Barnes est plus un livre sur la mémoire et le souvenir. Il revient sur les failles de la mémoire personnelle, ses béances volontaires ou pas, la réécriture permanente dont elle est l’objet. Il aborde la nostalgie mais aussi l’incrédulité et le choc qui surviennent lorsque le passé échappe à la mémoire pour venir violemment heurter le présent et défaire ces récits, parfois factices, d'épisodes antérieurs de nos existences. Comme un boomerang qui traverserait les années pour surprendre le lanceur au moment où il s’y attend le moins.

Au moment où Tony raconte son histoire, c’est un homme qui entre dans le troisième âge et qui peut regarder avec une certaine lucidité le chemin parcouru depuis cette bande de jeunes lycéens. C’est ce qu’il essaie de faire, mais avec difficulté en ce qui concerne Adrian – et Veronica. Omission, conviction, ignorance se sont entremêlées sur cette histoire-là pour éloigner Tony de la vérité. C’est qu’il est bien difficile de vivre avec certains regrets, remords, certaines peines. Alors on ruse avec les souvenirs, on les adapte pour survivre, pour avancer jusqu’au retour éventuel du boomerang… C’est ainsi que Tony se retrouve à affronter la réécriture de sa propre histoire, les tourments enfouis, par l’intermédiaire de documents qui ressurgissent, de témoignages qui viennent déchirer partiellement le voile qui repose sur ce passé.

Julian Barnes se concentre sur cette réflexion sur la mémoire qui peut aussi s’appliquer de manière plus générale à l’histoire officielle. La vérité sur Tony, Veronica et Adrian devient ainsi moins essentielle, pour à la fin demeurer indécise, ouverte à toutes les interprétations, toujours un peu mystérieuse. Mélancolique à souhait, évoluant dans une atmosphère douce-amère, une fille qui danse est un livre agréable qui démontre le savoir-faire de romancier de Julian Barnes, notamment dans l’acuité concernant les sentiments et la psychologie des personnages. Plutôt prenant au début, une fille qui danse s’étiole néanmoins dans sa dernière partie. Au-delà de quelques longueurs, c’est surtout que le livre se met à souffrir d’un léger embourbement: Tony se met à patiner autour du nœud de cette histoire et les thèmes sont à la longue ressassés alors que l’atmosphère si appréciée s’évapore pour laisser place à un faux suspens moins convaincant et pas vraiment essentiel.

Agréable. Se laisse lire – et peut-être oublier - facilement.

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