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L’esclave vieil homme et le molosse – Patrick Chamoiseau

esclave.jpgVoici quelques années déjà que j’avais envie de découvrir Patrick Chamoiseau, sans vraiment jamais avoir l’occasion ou surtout le courage de me plonger dans son volumineux Texaco, qui pourtant m’attirait. C’est maintenant chose faite avec cet esclave vieil homme et le molosse qui me fait regretter d’avoir repoussé si longtemps mon premier contact avec l’écrivain martiniquais. Bref, ce texte est certainement une excellente introduction à l’œuvre de l’écrivain par l’intermède d’une intrigue à priori plutôt simple : la fuite subite de ce vieil esclave qui finit un jour par céder à l’envie d’échapper à une vie de soumission, malgré la menace de l’imposant et implacable molosse éponyme.

Il n’est en fait pas si nécessaire de s’appesantir sur cette histoire, sur les flashbacks qui remontent le fil du temps pour narrer les destinées des deux principaux protagonistes ou encore celles des autres esclaves et de leur maître, sur les péripéties de la fuite effrénée du vieil homme et de la folle poursuite qui s’ensuit avec le maître et le molosse à ses trousses, sur le dénouement original de cette chasse à l’homme. L’essentiel de cette œuvre est ailleurs et d’abord dans la langue et dans le style de Patrick Chamoiseau.

Il n’est pas de page qui ne se dévore sans un véritable plaisir linguistique à la lecture de l’esclave vieil homme et le molosse. Le lecteur est réellement convié à jouir du texte, à profiter de la richesse lexicale de Patrick Chamoiseau. Cette langue est au service d’un style oral, vivant, qui semble emprunté aux conteurs traditionnels. Voici le lecteur en face d’un véritable art de dire qui s’anime constamment pour donner chair et réalité, sensations et émotions à cette fuite mémorable. La voix de Patrick Chamoiseau est captivante, musique cadencée, qui arrive à s’imposer rapidement et durablement un imaginaire délié.

C’est l’autre force de ce petit livre, ces images qui s’imposent à travers les décors qui défilent au rythme haletant de la fuite du vieil homme, dans une ambiance onirique teintée d’accents épiques. Progressivement, Patrick Chamoiseau se détache de la réalité de la course poursuite qu’il a déclenchée pour plonger dans une évocation lyrique, quasiment mystique, de l’affranchissement de l’esclave, de la lutte pour la liberté et la réappropriation de son identité et de sa culture.

Il y a dans ce livre, un aspect poétique que renforce l’insertion en début de chaque chapitre d’extraits de poèmes d’Edouard Glissant (les fameux « entre-dire »).

Un impressionnant travail d’écriture.

A découvrir.

Commentaires

  • J'ai eu l'occasion d'écouter ce texte au théâtre Milhaud du côte de la porte Chaumont à Paris. Une prestation qui m'a conduit à relire ma lecture de ce texte intéressant. Un petit mot pour saluer le nouveau profil du site!

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