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  • Etrange façon de vivre – Enrique Vila-Matas

    etrange-facon-de-vivre.jpgVoici un écrivain qui doit donner une conférence sur « la structure mythique du héros » et qui décide de la modifier le jour même de sa performance. La raison ? Un ultimatum de son amante, accessoirement sa belle-sœur, qui lui demande de plaquer sa femme et son fils pour la suivre, sous peine de disparaître définitivement avec un autre homme. Au lieu donc de sa conférence habituelle, bien rodée, cet écrivain décide donc d’écrire un nouveau discours à même d’influencer la décision de son amante qui sera présente dans la salle.

    En réalité, ce qu’il va vraiment faire, c’est surtout disserter bien trop longuement sur son ambition d’écrivain et son projet d’écrire un roman réaliste sur sa rue et ses habitants. C’est l’occasion d’une interminable analogie entre l’espionnage et l’écriture, le fil conducteur de cette journée qui s’écoule lentement entre souvenirs loufoques et micro-aventures abracadabrantesques qui arrachent pourtant difficilement un sourire. La vérité est que tout ça sonne faux et intéresse finalement peu : le grand-père fou, le père dépressif, le fils mentalement en retard, la femme aimante qui ne suscite pas la passion, l’amante intenable.

    Le dilemme intérieur du personnage qui a un choix cornélien à faire et qui essaie de se raccrocher à la littérature est finalement noyé au fond de cette nouvelle conférence qui essaie de puiser dans son travail d’écriture en cours et on comprend finalement que rien ne sortira de tout ça, sinon un peu d’érudition, quelques anecdotes et beaucoup d’ennui.

    Deuxième incursion dans l’univers d’Enrique Vila-Matas et une déception supplémentaire vis-à-vis d’une œuvre qui peine à concrétiser ses promesses. C’est le livre d’un écrivain qui veut écrire sur sa condition et sur son travail mais qui se voile derrière cette histoire de couple, se contente de bavardages, d’errances narratives faussement maîtrisées et très ennuyeuses.

    Une œuvre qui tombe à plat.

  • Le bonheur attrapé par un singe – Arnon Grunberg

    Grunberg01.jpgJean-Baptiste Warnke est le numéro deux de l’ambassade des Pays-bas à Lima au Pérou à la fin des années 90. Un poste, sans grand intérêt et avec une activité très limitée qui permet au diplomate de mener une vie très tranquille et réglée. Une vie dont beaucoup rêveraient,  à l’abri du besoin, de réelle menace, en couple avec une belle et élégante femme qui lui a donné deux filles qu’il adore. Jean-Baptiste Warnke a d’ailleurs conscience de la chance qu’il a. Avec flegme et détachement, il accepte ce sort agréable bien qu’il s’ennuie un tout petit peu. Il faut dire que cette existence morne et conformiste semble correspondre à son caractère distant, dénué de passion et de conviction qui lui permet d’exceller dans son métier. C’est du moins ce qu’il croit jusqu’à ce jour où il rencontre au café El corner où il a ses habitudes tous les après-midis, la jeune étudiante Malena. C’est à partir de là que tout se dérègle.

    Dans la première partie du livre, Arnon Grunberg s’applique à nous faire découvrir la terne existence et la personnalité sans intérêt de l’ectoplasmique diplomate. Il y a une moquerie sous-jacente de l’activité diplomatique, en tout cas celle des Pays-Bas au Pérou, qui ne masque pas la banalité relative du propos au sujet de Jean-Baptiste Warnke. Lorsque dans un second temps, l’auteur néerlandais dynamite le portrait qu’il a mis en place, c’est également de manière plutôt convenue. Rien de bien original en effet dans cette histoire d’adultère, qui voit notre gentil diplomate se transformer en homme passionné, naïf et imprudent pour le seul désir de Malena. Seulement voilà, Jean-Baptiste Warnke écrit des poèmes enflammés et envisage d’abandonner son existence précédente et sa famille au profit d’une vie improbable avec Malena alors qu’il est visiblement manipulé. Il court à l’avant d’un désastre que le lecteur devine bien assez tôt et bien trop aisément mais qui donne un peu plus d’intérêt au livre et à sa troisième partie.

    C’est dans le dernier tiers du livre qu’Arnon Grunberg donne plus de relief à cette histoire à l’aide d’un évènement historique dont l’ombre planait donc sur le roman: du 17 décembre 1996 au 22 avril 1997, des membres du mouvement révolutionnaire Tupac Amaru prennent en otage des centaines de diplomates et autres personnes qui participaient à une réception donnée à la résidence de l’ambassadeur du japon à Lima. Ce sera le pivot de la chute brutale de Jean-Baptiste Warnke. Après avoir cédé à la déraison de la passion, ce dernier s’effondre carrément jusqu’à une surprise finale plutôt étonnante. Cette dernière partie a certes le mérite d’être plus dense et plus intéressante que les deux premières, mais elle n’en reste pas moins un peu trop rapide et légère, surtout pour soutenir le déroutant final qui clôt le livre. La faute aussi peut-être aux ellipses temporelles de l’auteur néerlandais, à la brièveté du roman et à un enchaînement trop simpliste des évènements.

    Un petit roman finalement peu convaincant d’un auteur que je souhaitais découvrir depuis un moment.