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  • La vie sexuelle des super-héros – Marco Mancassola

    vie-sexuelle-super-heros.jpgMarco Mancassola tente une expérience originale en construisant son intrigue autour de quelques super-héros de la culture populaire, issus des univers Marvel et DC Comics. Il n’est pas ici question de concurrencer ou de reproduire l’univers des comics essentiellement basé sur une surenchère de fantastique et de science-fiction. L’idée est plutôt d’intégrer Batman, Superman et quelques autres dans notre réalité prosaïque à laquelle ils semblent échapper dans leurs univers de papier coloré en se concentrant sur trois aspects finalement corrélés : le vieillissement, la sexualité et l’activité professionnelle.
    Pour ces super-héros, se pose en effet la question du déclin physique et de la perte progressive de leurs pouvoirs. Que faire maintenant dans un monde qui semble ne plus vraiment avoir besoin d’eux ? Un terrible ennui et une vaine nostalgie guette la plupart d’entre eux qui n’ont pas beaucoup de possibilités sinon de se confronter à la banalité d’un travail quotidien ou de se reconvertir dans l’industrie du divertissement. A cela s’ajoute une profonde solitude que l’auteur italien met en lumière en explorant les problèmes de sexualité de ces surhommes qui ne s’arrangent pas avec l’action du temps.
    Malgré des thèmes et une approche intéressants, la vie sexuelle des super-héros est un livre raté et c’est bien dommage. C’est en effet un texte qui souffre de plusieurs défauts rédhibitoires. Il est d’abord beaucoup trop long et bavard, présentant un déséquilibre difficile à justifier entre ses cinq parties qui traitent de super-héros différents à chaque fois. La partie consacrée à Red Richards phagocyte une partie trop conséquente du récit alors qu’elle est finalement la moins intéressante.
    Ce sentiment de longueur est renforcé par un fil conducteur poussif et banal : une enquête policière à propos d’un tueur en série de super-héros. Lente, pauvre en rebondissements, sans profondeur, cette enquête présente aussi l’inconvénient de ne pas réussir à dissimuler efficacement sur le long terme l’identité du tueur. Elle est en plus handicapée par un final poussif qui n’est pas à la hauteur des enjeux exposés dans le livre et manque globalement d’épaisseur.
    En fait, c’est à la lecture de la troisième partie du livre sur Bruce De Villa que l’on comprend réellement le gâchis qu’est la vie sexuelle des super-héros. Intéressante, l’histoire de Bruce De Villa est une parfaite illustration de l’intégration des super-héros à une réalité prosaïque. Il y avait là de quoi faire plutôt que de broder autour de clichés sur les super-héros connus (l’homosexualité de Batman et Robin par exemple) ou de se perdre dans une critique peu originale de la culture de l’entertainment et de l’audimat.

    Faible.

  • L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – Romain Puertolas

    Lextraordinaire-voyage-du-fakir.jpegAprès la lecture du livre de Romain Puertolas, je dois avouer que je reste pantois devant le succès qu’il rencontre et la clémence de la critique à son sujet. Comment peut-on être aussi enthousiaste devant un tel navet ? Ce livre est si affligeant que je ne sais pas par où commencer.
    C’est donc l’histoire d’un fakir, escroc à la petite semaine, qui est venu en France pour s’acheter un lit à clous et qui se retrouve coincé dans une armoire Ikea et embarqué malgré lui sur le chemin des migrants clandestins, en Angleterre, en Espagne, jusqu’en Lybie. Au cours de ce périple, il ne cesse de découvrir le destin de ces courageux qui ont pris une route de malheur, semée d’embûches, en direction d’un eldorado bien incertain.
    Un bien beau sujet donc et dans l’air du temps mais qui souffre malheureusement d’un traitement qui n’est pas du tout à la hauteur. Le livre de Romain Puertolas ne laisse aucune place à la complexité de ce thème et a l’épaisseur d’un reportage de quelques minutes de n’importe quel journal télévisé. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il se contente de naviguer allègrement d’un cliché à l’autre, de nous ensevelir sous un excès de pathos et de bons sentiments dégoulinants.
    Le fait que l’auteur se place sous le signe de la fable ou de la farce n’est pas une excuse pour cette morale indigeste. Cela ne justifie pas non plus les nombreuses approximations dans cette histoire. Impossible d’en accepter les péripéties, tant les aventures du fakir sont vraiment grotesques. Les ficelles narratives sont trop grosses, quand elles ne sont pas attendues, pour que fonctionne la magie nécessaire à cette fable. On ne peut que s’ébahir devant tant, de niaiserie et de maladresse dans la construction et l’enchaînement des aventures, de vide dans la psychologie de personnages…inexistants (cette histoire d’amour entre le fakir et la française n’est juste pas possible, affligeante).
    On pourrait croire que l’ensemble peut-être divertissant, sauvé par un humour de chaque instant si on s’en tient à l’édifiante quatrième de couverture, mais il n’en est rien. Quelle tristesse de lire des jeux de mots aussi pathétiques que ceux autour de la prononciation du nom du fakir. Et encore, je ne m’abaisserai pas à relever tous les autres tous aussi indigents, puérils les uns que les autres ou encore les références à la culture populaire mondialisée qui se veulent subtiles, à même de créer une connivence avec le lecteur, mais qui ne sont que ridicules. Toute cette loufoquerie, cette originalité que l’auteur s’acharne à déployer à quasiment chaque paragraphe sonne faux, en toc, car excessive, maladroite, pas aidée par l’écriture et le style.
    Que dire en effet d’une langue aussi pauvre que celle-ci ? Signaler peut-être un vocabulaire extrêmement limité, souligner les insuffisances de l’expression, revenir sur les métaphores ridicules ou sur les facilités stylistiques. Je n’ai rien contre les auteurs qui prennent des libertés avec la langue mais lorsqu’il s’agit d’une tentative de restitution de l’oralité, de l’objectif de créer une véritable voix ou encore une langue unique. Seulement là, il s’agit juste d’une mauvaise maîtrise de la langue, d’une écriture lourde et paresseuse qui ne peut qu’effondrer un ensemble déjà bien branlant.

    Affligeant.