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La fille sans qualités – Juli Zeh

la-fille-sans-qualites_couv.jpgLa fille sans qualités dont il est question, c’est Ada, une adolescente d’aujourd’hui, élève au lycée Ernst Bloch de Bonn, une école de la dernière chance pour une jeune fille un peu surdouée et surtout au bord de l’abîme. La référence à Robert Musil (issue de la traduction française) est plus qu’un clin d’œil au romancier autrichien, puisque Juli Zeh évoque à travers les désarrois d’Ada, une crise d’adolescence qui se marie à la crise des valeurs de la société occidentale contemporaine.

La lucidité et le cynisme affiché de la jeune mais très précoce Ada est utilisé par la romancière allemande pour confronter son lecteur au nihilisme moderne, trou béant qui menace d’engloutir une société qui ne sait plus où elle est et où elle va. Ada a ceci de dérangeant qu’elle ne croit pas au portrait que la société dessine d’elle-même et au discours positif que cette dernière essaie vainement de promouvoir. Ada met la lumière sur la fin de la morale dans le sens où elle est prête à tout faire ou tout accepter au-delà des conventions qui peuvent encore exister dans nos sociétés en pleine anomie. Elle se veut même la promotrice d’un certain vide identitaire en défendant l’idée d’une totale adaptabilité au contexte, d’un pragmatisme tout puissant en dehors de toute croyance, éthique, valeur ou idéal.

Ada est effrayante dans sa volonté de pouvoir tout faire, tout s’autoriser sans forcément chercher à l’expliquer ou à le justifier. Elle se contente donc essentiellement de « l’esprit de jeu » (le titre en allemand du livre) qui vient ébranler son environnement heurté par cette logique nihiliste. Ainsi aidée par Alev, un autre lycéen plus âgé, tout aussi froid et nihiliste qu’elle, Ada entraîne par exemple un de ses professeurs dans la chute. Smutek, professeur de littérature et de sport, figure humaniste un peu traditionnelle du livre, est donc forcé à avoir des relations sexuelles avec Ada pendant des mois suite à des photos compromettantes. Symbole.

Juli Zeh a réussi à créer avec Ada, un personnage de roman fort et marquant qui arrive à incarner les thématiques liées à la crise des valeurs et de l’identité. Il faut saluer l’ambition de la romancière allemande d’écrire une œuvre sur des questions aussi centrales en partant de l’angle d’une adolescente en prise notamment avec sa sexualité. La fille sans qualités est un roman intelligent qui essaie d’interpeller et de bousculer son lecteur. Tout au long du livre, un étrange climat de malaise est distillé par l’omniprésence de l’ironie et parfois la présence du grotesque.

Tout impressionnant qu’il est, le roman a  néanmoins ses limites qui doivent être soulignées. La fille sans qualités est un livre un peu longuet même s’il réussit souvent à rattraper ses lecteurs, notamment par le biais de certaines fulgurances. Il faut dire que l’ensemble est quand même très bavard. Ca discourt et ça assène beaucoup sans que ce soit toujours passionnant, ni intéressant. Parfois, c’est même boursouflé et l’intrigue en pâtit forcément. Outre un petit côté un peu artificiel, l'ensemble s’étire jusqu'à en perdre un peu en substance.

Le dithyrambe autour de la fille sans qualités me semble au final un peu excessif même si le livre de Juli Zeh est ambitieux et stimulant.

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