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L’autre moitié du soleil – Chimamanda Ngozi Adichie

L'autre motié du soleil.jpgL’autre moitié du soleil est un roman formidable. Un autre de plus de Chimamanda Ngozi Adichie après l’excellent Americanah et son recueil de nouvelles Autour de ton cou que j’ai récemment découverts. De facture classique, cette fiction de plus de 600 pages est en réalité un tour de force qui met en valeur la maîtrise narrative et le talent de l’écrivaine nigériane.

L’autre moitié du soleil est avant tout la chronique d’une guerre qui s’est lentement effacée de la mémoire collective en dépit de son grand retentissement à la fin des années 60 : la guerre du Biafra. Les terrifiantes images du conflit, notamment celles des enfants affamés, avaient pourtant choqué l’opinion publique mondiale. Le Biafra, une des régions d’un Nigéria à peine indépendant, a fait sécession et tenté l’aventure de l’indépendance avant de chuter après quelques années d’une atroce guerre civile. La chronique de ce conflit est faite avec beaucoup de justesse et de lucidité, depuis ses prémisses jusqu’à son dénouement. C’est un récit efficace qui lève le voile sur la tragédie d’une guerre qui vient pulvériser les destinées de chacun des personnages du livre. Aucun ne sort vraiment indemne de ce conflit. Tous sont transformés par la succession d’épreuves confinant à l’horrible qu’ils traversent.

L’autre moitié du soleil n’est pourtant pas qu’un livre sur la guerre du Biafra. C’est aussi un roman sur l’amour et le mariage. La relation entre la magnifique mais très conventionnelle Olanna issue de la bourgeoisie et le brillant mais fougueux professeur d’université Odenigbo, les deux personnages principaux, est au cœur du livre. Chimamanda Ngozi Adichie déroule lentement une histoire d’amour belle mais douloureuse, finalement chaotique, frappée de plein fouet par la guerre. Les turpitudes de l’amour, qui prennent un relief particulier dans ce contexte, sont également développées à travers la relation amoureuse complexe entre Kainene, la rebelle jumelle d’Olanna et Richard, un apprenti romancier britannique. Loin d’affaiblir le roman, ces histoires d’amour l’enrichissent, l’épaississent, lui offrant de nombreuses possibilités narratives et contribuant à maintenir son souffle sur la longueur. De l’amour en temps de guerre…

L’autre moitié du soleil est donc logiquement un livre sur le Nigéria de cette époque – et indirectement sur celui d’aujourd’hui. Au-delà de la guerre du Biafra, il aborde directement les conflits ethniques et religieux qui minent le pays – composé principalement d’Igbos, de Yorubas et d’Haoussas -, les espoirs et les désillusions qui ont suivi l’indépendance, les questionnements identitaires postcoloniaux, l’omniprésence de la corruption ou encore les pratiques d’une classe bourgeoise affairiste, très éloignée d’un milieu universitaire plutôt idéaliste et de la majorité désargentée de la population. C’est un roman de la désillusion. Sur le Biafra et sur le Nigéria.

Le talent de Chimamanda Ngozi Adichie tient à sa capacité à happer et à captiver le lecteur tout au long de son roman. La lecture de l’autre moitié du soleil est une expérience de totale immersion dans une fiction extrêmement bien structurée qui ne cesse de développer des intrigues riches et profondes, sans cesse renouvelées. Le lecteur est emporté par l’atmosphère et l’énergie du roman, placé au plus près des personnages. Ces derniers ne peuvent que le marquer durablement tant Chimamanda Ngozi Adichie arrive à les incarner, les construisant patiemment, les épaississant, les faisant évoluer jusqu’à la fin du roman. Ces destins attachants sont décrits avec beaucoup de justesse à travers une écriture pleine de sensibilité, avec le désir constant que le réalisme recherché et le tragique conté n’emportent pas toute la poésie et le lyrisme. 

 Plus que fortement recommandé.

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