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Maïmouna – Abdoulaye Sadji

maimouna18.jpgMaïmouna, fille de Yaye Daro et orpheline de père, est une enfant du village de Louga qui se met à rêver de la grande ville et de Dakar où vit sa grande sœur. Jolie et innocente, c’est une jeune paysanne un peu rêveuse qui rejette sa campagne natale, idéalise la capitale sénégalaise qui devient subitement à ses yeux l’Eldorado, la terre promise de ses rêves, le lieu de son accomplissement. Son passage par la ville sera d’abord un conte de fées, riche de découvertes, de cadeaux, de promesses et de courtisans avant de s’abîmer sur l’écueil d’un amour malheureux. Plus dure sera la chute et le retour au village marqué par la désillusion, l’opprobre, la douleur et la peine.

Publié en 1953, Maïmouna fait partie de la littérature africaine émergente autour des indépendances. Il faut donc le replacer dans son contexte pour l’apprécier à sa juste valeur et dépasser quelques-uns de ces écueils qui peuvent être communs à la production littéraire de cette époque. Maïmouna est ainsi de facture très classique dans sa construction narrative et dans son écriture. Conforme à d'autres productions de cette époque, le livre se caractérise également par moments par de nombreuses scènes et descriptions « africaines » ainsi que par des considérations sur les africains en général qui montrent l’intériorisation d’un public en grande majorité occidental et blanc pour l’ouvrage. Maïmouna n’en reste pas moins une œuvre brillante qui mérite qu’on s’y intéresse plus.

En effet, le livre est symbolique d’une dichotomie entre deux mondes qui ne se côtoient en réalité qu’à la marge : le monde du village et celui de la ville. Ce sont deux facettes très différentes de l’Afrique qui s’illustrent à travers l’histoire de Maïmouna. Le village, porteur d’une façon de vivre et de valeurs qui ne sont pas celles d’une ville qui court après une certaine occidentalisation. Près de 65 ans après, la lecture d’Abdoulaye Sadji reste intéressante face à une Afrique contemporaine peut-être encore plus en en proie aux défis de l’urbanisation et aux questionnements identitaires.  Aller en ville, ce n’est pas seulement changer d’espace géographique. C’est ce qu’apprend Maïmouna à ses dépens. C’est en fait presque changer de culture et affronter un milieu, un monde qui n’est pas le sien. C’est ainsi que le livre arrive à toucher à l’universel et à dépasser son cadre africain. Maïmouna est simplement humaine dans sa trajectoire de désillusion qui finit par faire d’elle une victime brisée de ses rêves.

Personnage un peu naïf mais attachant, Maïmouna est une réussite d’Abdoulaye Sadji qui fait preuve d’une grande sensibilité dans le développement de son histoire. L’amour qu’il a pour son personnage principal est manifeste malgré le terrible destin qu’il lui attribue. Le classicisme de l’auteur sénégalais n’occulte pas une richesse de l’expression et une élégance un peu surannée du style qui offrent un véritable plaisir gourmand de lecture qu’il est plutôt recommandé de goûter.

Bien.  

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