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Taba Taba – Patrick Deville

Taba Taba.jpgTaba Taba s’inscrit dans la veine définie par Patrick Deville depuis Pura Vida et développée à travers Equatoria, Kampuchéa, puis Peste et choléra et Viva. Un écrivain voyageur qui se balade dans une large zone géographique tout en évoluant sur diverses périodes ou strates historiques qui vont du présent jusqu’à parfois plus de deux siècles avant et en pistant quelques figures essentielles de ces différentes époques. Une recette bien huilée qui fonctionne sur le mode du va et vient, du kaléidoscope, du morcellement, de l’éclat, pour finalement dessiner d’impressionnantes fresques hallucinées qui tissent des liens entre les évènements politiques, les œuvres artistiques, les découvertes scientifiques, les aventures exploratoires et intimes. L’ensemble peut être déroutant de prime abord pour ceux qui n’ont pas l’habitude de cette technique littéraire mais c’est surtout à chaque fois, comme ici avec TabaTaba, une maestria.

Dans Taba Taba, c’est sur les traces de sa famille que Patrick Deville part. Il remonte jusqu’aux années 1860 et son aïeule Eugénie-Joséphine pour dérouler sa généalogie. Remonter son histoire personnelle dans les détails, dessiner les portraits, suivre les trajectoires, entremêler les évènements et les choix qui ont conduit à sa naissance peu avant les années soixante, en face de Saint-Nazaire, dans un hôpital psychiatrique dirigé par son père. Ce voyage dans sa famille est évidemment l’occasion d’une traversée de l’histoire de la France depuis 1860 jusqu’aux récents attentats de Daech à Paris fin 2015. Intraitable, Patrick Deville piste ses aïeux, notamment grâce aux archives de sa grand-tante, Monne. Il les suit à la trace dans toute la France à bord de sa Passat, remontant le fil de leurs tribulations géographiques et de leur histoire à travers les turpitudes de celle de la France et du monde.

 Comme d’habitude, la toile est tissée entre une multitude d’évènements intervenus sur cette période 1860-2015, qui sont connectés à son histoire familiale. Petite et grande histoire entremêlées dans une veine plus intime que dans ses autres ouvrages. En effet, Patrick Deville en profite cette fois-ci pour se raconter pudiquement, parler de son enfance un peu triste et solitaire, de son goût de la lecture et du voyage, de la gestation de ce livre, de l’écriture, de son amour pour Véronique Yersin miraculeusement survenu après Peste et Choléra, etc. Il y a comme à chaque fois beaucoup de sensibilité dans ce livre, une plume vive et un art de la coïncidence, du parallèle, de la connexion qui arrive à ordonner une matière foisonnante, surabondante. Patrick Deville démontre une fois de plus sa force de travail documentaire et son savoir-faire narratif dans une œuvre impressionnante et touchante.

Excellent.

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