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Le royaume – Emmanuel Carrère

Royaume.jpgLe royaume est à la fois différent des autres livres d’Emmanuel Carrère et proche de ces derniers. Ce qu’il a de commun, c’est ce pas de côté hors de la fiction entamée par le romancier français depuis plusieurs romans. Le sujet de ses livres, c’est toujours en partie lui-même. Il ne s’efface pas derrière ses livres mais bien au contraire s’y place au centre. Les problématiques sont définies autour de lui avant de prendre de l’ampleur et de pouvoir s’en détacher, au moins en partie. On le suit toujours dans un processus d’enquête autour de son sujet qui n’est pas dissimulé mais intégré au livre. Le processus d’écriture, la réflexion du romancier sur ce dernier, sur le sujet, sur son impact sur lui, etc. Tout ça compose et enrichit l’œuvre dans une mise en perspective passionnante.

C’est ainsi que dans le royaume, Emmanuel Carrère revient sur son passé de catholique fervent. Lui qui est aujourd’hui athée, part de cette période de sa vie pour interroger le catholicisme et son influence en se basant sur ses origines et les racines de son expansion. Pour cela, il suit à la trace dans leurs pérégrinations, deux importants protagonistes dans l’histoire du catholicisme : Paul l’apôtre et Luc l’évangéliste. Leur rôle primordial dans les premiers temps du catholicisme et dans son expansion justifie cette enquête millimétrée qui impressionne par sa justesse, sa méticulosité et sa densité.

Ce en quoi, le royaume diffère de ses autres livres tient donc à l’ampleur de son interrogation autour du catholicisme qui peut se résumer à cette question : que sait-on vraiment de ce qui est raconté dans les évangiles ? Qu’est-ce qui est probable, dans les faits, dans leur enchaînement et qui explique que la flamme du catholicisme ait pris en dépit de ce qui semble être le bon sens… Emmanuel Carrère se rapproche ainsi d’une sorte d’essai historico-philosophique qui accorde au royaume une place spéciale dans sa bibliographie. C’est une exégèse qui impressionne par son érudition mais qui sait rester simple, accessible et qui pose des questions essentielles d’une manière parfois triviale ou anachronique qui parle au profane et au novice.

Il faut digérer ce pavé qui prend parfois des airs de polar des premiers siècles de notre ère. C’est parfois très long, parfois méandreux, tellement foisonnant, brassant énormément de sujets, d’informations et de sources, au point de perdre par séquences le lecteur dilettante. Il faut aussi accepter le choix de se focaliser sur Paul et Luc qui par moments est plutôt barba,t alors qu’on souhaiterait élargir au maximum le champ tant qu’à faire. Le royaume n’en demeure pas moins remarquable par la lumière qu’il projette à nouveau sur le caractère novateur du message du Christ, sur les tâtonnements initiaux du catholicisme puis sa grande fortune par-delà les siècles.

Emmanuel Carrère ne s’interdit rien et n’hésite pas à dire, comme en conclusion du livre, qu’il ne sait pas mais ce n’est pas cela le plus important. Ce qui compte, c’est la manière dont il arrive à rendre vivante cette quête, cette religion et toutes ces questions que nous nous sommes tous posées un jour ou l’autre.

Un livre hybride, polymorphe, singulier, qui interpelle.  

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