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  • La chambre n°12 et autres nouvelles – Naguib Mahfouz

    Chambre 12.jpgCe recueil est une création composée à partir de 18 nouvelles issues de d’autres recueils de l’écrivain égyptien prix Nobel de littérature 1988. L’ensemble dégage néanmoins une certaine unité, la plupart des nouvelles sont ainsi construites autour des thèmes récurrents de la vengeance, du meurtre, de la malédiction et de la déchéance.

    Elles dégagent toutes également une certaine atmosphère qui mêle chaleur, poussière, désert, ambiance de quartiers populaires et qui est empreinte d’un certain mysticisme. Elles constituent une vision kaléidoscopique de l’Egypte de la date de parution des différents recueils, entre 1962 et 1984.

    L’ensemble est varié et met en valeur le talent de Naguib Mahfouz pour aborder une multitude de thèmes, généralement autour de la vie de la cité et des valeurs traditionnelles, tout en se renouvelant dans les nouvelles. Celles-ci sont néanmoins plutôt inégales même si plusieurs d’entre elles sortent du lot et font montre d’un art recherché de la chute.

    Certaines nouvelles marquent par leur absurde, leur mise en lumière de la vanité des choses (La mosquée du quartier, Le seigneur et le maître, Handhal et le policier, une parole mal comprise, le désert…), d’autres par leur drôlerie ou leur caractère intrigant (La lettre, la rencontre, la chambre n°12…) alors qu’un peu moins de la moitié tombent à plat (le tueur, contre X, le rêve de minuit, la peur, vague de chaleur…).

    Possible porte d’entrée sur l’œuvre de Naguib Mahfouz.

    OK.

  • Viol, une histoire d’amour – Joyce Carol Oates

    viol - une histoire d'amour.jpgLe 4 juillet, fête d’indépendance des Etats-Unis dans la petite ville de Niagara Falls, Tina Maguire, une trentenaire divorcée, rentre avec Bethie sa fille de treize ans d’une fête un peu arrosée. Pour rentrer plus vite, elles passent par le parc de Rocky Point en plein milieu de la nuit. Mauvais choix. Leur vie est changée à tout jamais. Plus rien ne sera pareil après car Tina subit un viol collectif sous les yeux de sa fille et est laissée pour morte dans un hangar à bateaux situé dans le parc. Les agresseurs ? De petites frappes de la ville sous l’emprise de la drogue à ce moment-là et que Tina connait. Voilà comment deux vies sont détruites.

    Ce récit de Joyce Carol Oates est extrêmement puissant. Il prend le lecteur aux tripes dès les premières lignes et ne le lâche plus jusqu’à la fin. Il raconte à travers des scènes étouffantes, tout long de chapitres incisifs, dans un style direct et préservé de tout excès ou de pathos, une tragédie aux multiples tenants. Le livre est parfois d’une dureté difficile à soutenir, brut, dans l’épure. Il interpelle autant le lecteur que les personnages sur ce drame qu’ils vivent et sur l’impact qu’il a sur leurs corps, leurs psychismes et leurs vies. On est au plus près des personnages, immergés dans le poisseux de ce viol et de ses suites, de ses conséquences.  

    Joyce Carol Oates ne s’en tient pas uniquement au viol et aux traumatismes qui y sont liés. Elle interroge le regard de la société sur ce crime et sur la liberté des femmes. C’est ainsi qu’à son procès, Tina Maguire est victime de sa réputation : une femme attirante, mère mais libre, qui aime les hommes n’est-elle pas un peu coupable de ce qui lui est arrivé ? Le poids du cadre du drame prend ainsi un peu plus d’importance. Dans cette petite ville de l’Amérique profonde, il n’est peut-être pas si facile d’être une femme comme Tina Maguire. Tout comme il n’est pas si facile de manquer de moyens. Ce que comprennent ses agresseurs qui s’offrent le meilleur avocat, à prix exorbitant, pour s’assurer d’être acquitté par cette justice quasiment à deux vitesses que Joyce Carol Oates pointe du doigt.

    La critique de la société américaine est féroce en même temps que Joyce Carol Oates démontre une maîtrise de la narration. Elle n’hésite pas à parfois pencher du côté du polar dans le style, dans la conduite de son intrigue et dans son dénouement pour emporter son lecteur. Elle ne laisse pas vraiment la parole à ses personnages mais c’est pour mieux suggérer l’indicible et appréhender l’épreuve du viol. Le titre, provocateur, est aussi révélateur de la volonté critique de Joyce Carol Oates tout comme de la noirceur du roman qui n’épargne rien au lecteur.

    Dur, maîtrisé, efficace. Très bien.