Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le passé devant soi – Gilbert Gatore

Le passé devant soi.jpgVoilà des années que je souhaitais lire le passé devant soi de Gilbert Gatore passionné par le Rwanda et la littérature concernant le génocide de 1994. Il n’est pas facile d’avoir un regard distancié et critique sur une œuvre quand il concerne pareil sujet. Je dois néanmoins avouer ma grande déception après la lecture du livre, surtout en comparaison d’autres œuvres artistiques sur le même sujet, que ce soit au cinéma – Sometimes in April de Raoul Peck ou Shooting dogs de Michael Caton-Jones…. – ou en littérature avec la résidence d’écrivains dédiée au Rwanda pour le fest’Africa de 2000 – Murambi, le livre des ossements de Boris Boubacar Diop, L’aîné des orphelins de Tierno Monénembo ou A l’ombre d’Imana de Véronique Tadjo… - ou l’incroyable œuvre de Jean Hatzfeld.

Le passé devant soi est composé de deux histoires qui avancent de concert jusqu’à la fin du livre où elles se retrouvent. D’un côté, l’histoire d’Isaro, une jeune enfant rwandaise – même si le pays n’est jamais mentionné – adoptée qui fuit sa vie en France pour monter un projet sur le génocide dans son pays d’origine et retrouver ses racines. De l’autre côté, l’histoire de Niko, un jeune garçon qui n’a jamais quitté le même pays, se réfugiant dans une grotte à l’issue des massacres pour échapper à la réalité de ce qu’il a vécu et fait en ces temps troubles.

Fantasmagorique, volontairement immergée dans un monde qui mélange réalité et onirisme, l’histoire de Niko pollue plus qu’elle n’enrichit celle d’Isaro. Elle est beaucoup trop longue à prendre son sens, s’enfermant dans des délires et des circonvolutions, derrière des images et des symboles qui finissent par amoindrir l’impact global du texte. La dimension conte de cette partie du passé devant soi n’est pas maîtrisée et devient même gênante quand elle est raccrochée à la réalité du génocide puis à Isaro. Il ne suffit pas d’avertir le lecteur de la tentative de le perdre et tout semble dit par l’auteur lui-même à mi-chemin du parcours de Niko: « Tout ce qui vient d’être raconté ne tient pas debout. Même un esprit assoupli par une croyance en la magie ou une sensibilité à la naïveté trouverait certains éléments difficiles à associer. »

Ce n’est malheureusement pas forcément mieux en ce qui concerne l’histoire d’Isaro. Il y a un certain manque d’épaisseur pour un personnage ayant un passé qu’elle n’arrive pas vraiment à gérer. Les bonnes idées présentes dans le roman manquent d’un développement à la hauteur, que ce soit le lien avec les parents adoptifs, l’inadéquation brutale avec sa destinée en France, l’incompréhension avec ses petits amis, le retour au Rwanda et le projet mémoriel qui le sous-tend. Gilbert Gatore passe un peu à côté de la question du retour et de tout ce qui tourne autour du génocide. Il montre une certaine naïveté dans la narration et la construction des personnages en embarquant Isaro dans une rencontre et une histoire d’amour improbables qui prennent le pas sur le cœur du livre. Quant à la fusion avec l’histoire de Niko, elle est un peu artificielle…

Faible. Très décevant.

Lisez plutôt Scholastique Mukasonga ou Jean Hatzfeld.

Prix Ouest-France / Etonnants voyageurs en 2008...

Écrire un commentaire

Optionnel