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  • Un chemin de tables – Maylis de Kerangal

    kerangal.jpgL’enthousiasme modéré que j’ai eu pour Réparer les vivants, énorme succès de librairie, est confirmé avec ce petit livre. Il faut préciser qu’un chemin de tables fait partie de la collection Raconter la vie des éditions seuil. Lancée à l’initiative de l’intellectuel Pierre Rosanvallon, cette collection permet d’ouvrir une fenêtre sur la vie, le métier des autres. En l’occurrence, Maylis de Kerangal porte son regard sur la vie dans le milieu de la restauration et plus particulièrement via la trajectoire d’un jeune chef.

    Le cahier des charges de cette collection est parfaitement rempli avec ce chemin de tables. En bonne élève, Maylis de Kerangal restitue plutôt bien les réalités du milieu de la restauration, loin des émissions culinaires qui pullulent à la télé, loin de toute idéalisation et avec une excellente appropriation du vocabulaire, de la matière de ce milieu et du métier de chef ou de restaurateur. Ce n’est pas un métier, ni un monde faciles qu’elle raconte. Il y a quelque chose de dur et d’un peu radical dans ces vies en cuisine.

    Ceci dit, le portrait du jeune chef Mauro faite par son amie la narratrice est un peu trop tendre. C’est un restaurateur un peu trop idéal, pétri de grandes ambitions, qualités et avec un parcours un peu trop lisse d’où ne ressortent pas assez, ou alors trop faiblement, les ombres, les contrastes, les failles, les compromissions. C’est donc très bien de faire cette sorte de reportage qui essaie de rendre quelque chose d’un métier – une spécialité maintenant de Maylis de Kerangal avec Réparer les vivants, Naissance d’un pont ? – mais qu’en ressort-il au final ? Qu’en reste-t-il ?

    Pas grand-chose. Un portrait sympathique, la peinture d’une profession très rapide et vaguement sociale, une petite musique de la cuisine, mais pas beaucoup de littérature.

    Transparent.

  • L’art de revenir à la vie – Martin Page

    Martin page.jpgVoilà plusieurs années que je n’avais pas lu Martin Page. Je n’avais pas été complètement emporté par certaines de ses productions et l’avais un peu lâché en route. J’en gardais néanmoins un excellent souvenir en pensant à Comment je suis devenue stupide ou encore à une parfaite journée parfaite, c’est sans doute la raison pour laquelle je me suis attaqué à ce dernier opus malgré le grand risque que présentait à mes yeux son intrigue : un auteur de 41 ans venu à Paris pour rencontrer une productrice décidée à adapter un de ses livres découvre fortuitement une machine à remonter le temps qui lui permet de rencontrer à plusieurs reprises dans les années 80 son moi de 12 ans avec lequel il entame une relation compliquée.

    Oui, l’histoire était clairement casse-gueule, il y avait là une énorme occasion de se planter et pourtant Martin Page a réussi à ne pas le faire et à livrer un roman plaisant, intelligent et qui ne manque pas d’humour et ne cède pas à la nostalgie facile. Il y a dans ce livre tout ce qui me plaît chez lui. D’abord, une grande inventivité dans les situations et les personnages qui sont un peu improbables : il suffit de penser à son ami Joachim ou  la productrice Sanaa, à sa machine à remonter le temps ou encore aux péripéties liées à son contrat de travail avec Sanaa. Ensuite, la légèreté d’une écriture qui est très plaisante, subtile, un peu détachée et qui épouse parfaitement le propos du livre. Enfin, l’intelligence et la tendresse avec laquelle il se penche sur son double adolescent pour dire son inadaptation, sa difficulté à vivre et ses rêves secrets.

    L’art de revenir à la vie n’est pas un chef d’œuvre mais c’est un livre maîtrisé, sans longueurs, inventif et agréable. C’est simple mais touchant, juste et en plus Martin Page s’en sort avec le dénouement.

    Bon moment de lecture.

  • Bêtes sans patrie – Uzodinma Iweala

    9782757868287.jpgDans un pays d’Afrique qui n’est jamais nommé, dans une guerre qui n’est jamais expliquée et dont les détails ou même les grandes lignes demeurent obscures, l’enfant Agu est brutalement expulsé de la réalité de sa petite vie villageoise pour devenir un enfant soldat. Son monde s’est évanoui d’un coup pour céder place à un autre plus cruel, plus violent, plus horrible, plus inhumain.

    Son père mort, sa mère et sa sœur disparues, Agu suit le commandant et sa troupe d’enfants soldats. Il essaie de se faire au quotidien difficile d’enfant soldat, entre violence, faim, inconfort et pillages, massacres, actes insoutenables. Il essaie de se lier d’amitié avec d’autres enfants soldats comme lui, de ne pas se laisser dévorer par la culpabilité et le mal être tout en se souvenant par intermittences de ce que fut sa vie avant cette malédiction.

    Uzodinma Iweala a écrit un livre fort sur les enfants soldats, sur l’absurdité et l’horreur de leur condition. Il a réussi à faire d’Agu, son enfant soldat à l’âge indéterminé, un personnage fort et attachant qui symbolise cette tragédie qui a culminé à la fin des années 90 et qui perdure encore. Il a également réussi un tour de force linguistique en donnant une voix à Agu qui s’exprime dans un anglais pidgin, oral, vivant, imagé, cassé, boiteux, rapiécé et truffé de fautes – bien servi en français par la traduction d’Alain Mabanckou.

    Malgré toutes ses qualités, le livre m’apparaît néanmoins plutôt en deçà du Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma qui est précurseur. Allah n’est pas obligé me semble encore plus brillant que bêtes sans patrie, aussi bien dans la maîtrise narrative, dans le propos sur les enfants soldats qu’au niveau de l’inventivité langagière et la recherche de l’oralité. La contextualisation du parcours de Birahima lui donne une force et un intérêt encore plus grand. Bêtes sans patries souffre donc de la comparaison avec Allah n’est pas obligé mais se révèle meilleur que Johnny chien méchant d’Emmanuel Dongala.

    OK.