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Un papa de sang – Jean Hatzfeld

hatzfeld.jpgJean Hatzfeld poursuit inlassablement son œuvre construite autour du génocide Rwandais et localisée plus précisément dans la région du Bugesera entre les villes de Nyamata et Ntarama où périrent plusieurs centaines de milliers de Tutsis. Après s’être intéressé aux victimes du génocide dans dans le nu de la vie puis à leurs bourreaux dans une saison de machettes, il s’est ensuite penché sur le retour des génocidaires hutus sur leurs terres dans la stratégie des antilopes mais aussi sur un destin et un personnage uniques dans Englebert des collines. Que lui restait-il à explorer sur ce sujet vers lequel il n’a cesse de revenir, comme pour essayer de l’épuiser sans y parvenir ? Les enfants, la descendance, l’après génocide plus de vingt ans après.

Jean Hatzfeld revient sur ces terres pour interroger à nouveau ces personnes qu’il connaît très bien et avec qui il a tissé des liens véritables qui dépassent le cadre de son œuvre littéraire. Il vient les retrouver eux et leurs enfants. Il vient demander à ces derniers comment ils vivent, appréhendent et gèrent un héritage aussi lourd que celui du génocide. Ce n’est pas une mince affaire pour ceux qui étaient encore des bébés pendant ces tragiques évènements ou qui sont carrément nés bien après ces temps obscurs de gérer ce fardeau. Qu’ils soient enfants de génocidaires ou de rescapés, hutus ou tutsis, quelle est leur version de ce qui s’est passé ? Comment l’ont-ils forgée ? Comment voient-ils leurs proches, leurs parents qui ont tué ou qui ont survécu ? Quelle est aujourd’hui leur perception des personnes de l’autre ethnie ? Quelles relations ont-ils avec eux ? Comment envisagent-ils leur futur, celui de leur pays ?

Jean Hatzfeld arrive à faire parler enfants et parents dans un système de regards croisés. Il contextualise d’abord sa rencontre avec le protagoniste à qui il offre la parole dans une mécanique bien établie et huilée depuis ses premiers ouvrages. Il sait restituer ces voix qui racontent la difficulté du quotidien post-génocide et qui révèlent leurs peines, leurs rancœurs, leurs frustrations, leurs espoirs et leurs craintes. Il pointe avec beaucoup de justesse et une bienvenue économie de pathos, les obstacles qui se dressent sur la route de ces jeunes gens. Un papa de sang montre une fois de plus la sensibilité de Jean Hatzfeld qui peut-être mieux que personne a réussi à ouvrir en grand nos esprits sur la réalité de ce génocide à travers des histoires, des figures et des moments puissants.

A l’instar de ses autres œuvres sur le génocide dont il est complémentaire : dur, fort, touchant et indispensable.

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