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  • Un an - Jean Echenoz

    un an.jpgL'histoire est simple, un matin, Victoire se réveille auprès du cadavre de son petit ami Félix. Impossible pour elle de se remémorer quoique ce soit. Et si elle était responsable d'une manière ou d'autre de cette mort ? Prise de panique, elle s'enfuit de Paris pour échapper à la police. C'est le début d'une fuite insensée aux allures de road movie qui la mène jusque dans le sud de la France. Victoire traverse le pays et emprunte innocemment le chemin d'une terrible déchéance individuelle.  Les pages défilent et la clochardise apparaît comme la seule alternative pour cette dernière.

    Si Jean Echenoz souhaite montrer comment la mécanique qui mène à la rue et à la misère peut-être simple et bête, il est difficile de dire qu'il y arrive vraiment. La descente aux enfers de Victoire n'a pas beaucoup de crédibilité. L'histoire souffre d'un certain manque de profondeur et de matière que ne peut justifier uniquement le désir de laisser l'absurde régner sur le parcours de Victoire. D'une certaine façon, on est toujours à côté de cette histoire, jamais à l'intérieur. La faute peut-être à l'écriture de Jean Echenoz.

    Elle a une espèce de distance, d'élégance étudiée qui artificialise l'ensemble du livre. L'histoire ne prend pas de relief, comme négligemment jetée sur le papier. Les coincidences romanesques, le fil conducteur ne présentent que peu de tangibilité. Il y a également presqu'un côté moqueur, léger dans le ton qui augmente le désintérêt et l'improbabilité de l'histoire telle que contée, sans lui donner la force comique ou lucide, par l'absurde. Difficile de ne pas être dubitatif.

    Et ce n'est pas le final déroutant  qui force Victoire à affronter un effondrement de la réalité, sa réalité - et donc du roman - qui va suffire à convaincre de l'intérêt de ce roman. Le dénouement vient comme une interrogation dérangeante et une remise en question même de l'histoire, de la notion de réel sans parvenir à ne pas donner envie de crier au vide...

  • Un bébé pour Rosemary - Ira Lévin

    rosemary.jpgRosemary emménage avec son ami Guy dans un vieil immeuble New-yorkais dans les années 60. Ils font fi de la mauvaise réputation du lieu qui aurait abrité entre autres des rites de magie noire. Ce qui s'avère être un bon choix puisque Guy commence enfin à percer dans le cinéma en tant qu'acteur, que les voisins sont chaleureux, très attentionnés et surtout que Rosemary tombe rapidement enceinte.

    Rosemary's baby est un livre très lent qui a un atout majeur pour lui: son atmosphère. Très vite, le lecteur ressent quelque chose de malsain autour de ce couple. Il y a comme une ombre qui rôde autour d'eux. Quelque chose cloche et dérange le lecteur qui arrive rarement à échapper à une sensation d'inconfort et de mauvais pressentiment. Le talent d'Ira Lévin est de ménager son suspens et de faire mariner son lecteur dans cette atmosphère progressivement plus oppressante.

    Dans Rosemary's Baby, on est très loin de l’exubérance rédhibitoire ou de l’imaginaire foisonnant qui sont souvent accolés au fantastique.  Le socle ici est bien réel et la narration de facture classique. Seulement voilà, le lecteur ne peut s'empêcher de se demander qui sont ces voisins trop attentionnés, voire envahissants ? Que veulent-ils vraiment, quelles sont leurs intentions ? Les soupçons sont omniprésents et l'inquiétude gagne concernant le couple. Qu'arrive t-il à Guy ? Et à Rosemary ? Et à leur bébé ?

    Il est vraiment dommage que le livre s'étire sur la fin et que le dénouement soit plutôt raté, peu convaincant. Cela met un grand bémol à ce qui est néanmoins une petite réussite dans le genre du fantastique.

  • Un cœur de trop - Brina Svit

    svit.jpgUn coeur de trop est-il une simple histoire d’adultère comme les autres ainsi que le pourrait laisser deviner le titre ? Non. Un cœur de trop est un récit un peu plus fort qu'une banale bluette ou une autofiction fadasse à l'eau de rose, loin des platitudes incolores germanopratines.

    Lorsque le père de Lila Server meurt, il lui lègue une maison près du lac de Bled en Slovénie, son pays d'origine et un manuscrit: un coeur de trop. Alors qu'elle n'est censée effectuer qu'un bref voyage de funérailles, Lila va rester plus longtemps que prévu en Slovénie car s’y cache une histoire plus forte qui va l’attirer de nouveau vers son pays, vers son passé. Dans le legs de son père se trouve effectivement une vérité difficile mais en même temps un souffle de vie plus fort. Elle redécouvre son père et réveille en elle l'élan de la passion qui avec énergie et force l'éloigne de la vie parisienne rangée qui l'attend auprès de Pierre son mari et de ses enfants.

    Avec intelligence, Brina Svit établit un parallèle entre l'histoire du manuscrit du père de Lila et la vie de cette dernière. Elle évoque le mystère des aventures, le désir de vivre, de ressentir l’inconnu, à travers un récit plein d’allant, de rythme et de complicité avec le lecteur. Elle parle d'amour et d'amitié en creusant l'histoire entre Lila et son mari Pierre, qu'elle a arraché à une de ses amies vingt ans plus tôt.

    Un coeur de trop est également un récit sur le rapport à l’exil, à la double culture et au recul qui en résulte. Lila Server s'est détachée d'une culture qu'elle retrouve finalement dans des circonstances particulières. Partir, rester, à quoi s'accrocher, renouer, recommencer. Le questionnement sur sa relation à son pays, la Slovénie, est présent. Le style vivant, direct, ne cesse d’interpeller le lecteur. Un coeur de trop est une lecture simple et rythmée qui tire son épingle du jeu grâce à un certain exotisme et à la profondeur du personnage principal, sans oublier qu'un dénouement surprenant lui confère un intérêt supplémentaire.