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  • La malédiction du lamantin – Moussa Konaté

    lamantin.jpgUn polar malien qu’est ce que ça peut bien donner ? C’est avec entrain et  curiosité que je me suis plongé donc dans mes premières aventures avec le commissaire Habib et le jeune inspecteur Sosso. Et je dois avouer que mon avis est plus que mitigé.

    L’intrigue se déroule donc à Kokrini, près de Bamako, dans la communauté des Bozos. Après une nuit d’orage exceptionnellement violente, le corps du chef Kouata et celui de sa coépouse Nassoumba sont retrouvés au matin. Ont-ils réellement été foudroyés par la volonté du génie Maa le lamantin, divinité protectrice des Bozos ? Si oui pourquoi ? C’est l’occasion pour le commissaire Habib et son apprenti de pénétrer dans l’univers culturel des Bozos. Au menu, l’apprentissage des mythes fondateurs de cette ethnie de pêcheurs, la rencontre avec leurs croyances et leurs coutumes. Il y a bien dans le passé des Bozos une histoire qui permet de donner corps à la croyance à la vengeance du Dieu lamantin dans l’affaire qui occupe notre duo d’enquêteurs.

    C’est le point fort du polar à la sauce Moussa Konaté, ce côté exploration culturelle. On y apprend beaucoup sur les Bozos et plus généralement sur la société malienne. Le conflit intergénérationnel et même celui entre modernité et tradition sont ainsi bien présents. Au nom du respect des aînés, on essaie d’empêcher le commissaire de mener son enquête. On n’hésite pas non plus à critiquer sa rationalité, son refus d’adhérer aux croyances communes, de ne pas s’écraser devant la chape du contrôle social. Le personnage de Sodjè est aussi symbolique d’un courant qui traverse les pays de l’Afrique noire, à la recherche d’une certaine authenticité, d'une traditionnalité. Quelques passages révèlent aussi la corruption par exemple, ou encore la coexistence de la religion musulmane avec l’animisme, les séquelles du choc de la rencontre avec l'occident.

    Malheureusement cette immersion en milieu Bozo et au Mali souffre de nombreux défauts. D’abord le ton didactique de Moussa Konaté. Si on peut s’en accommoder étant donné qu’il explique une autre culture, force est de reconnaître qu’il donne un côté un peu professoral et peu seyant au polar. Plus généralement, c’est le ton même des conversations entre certains personnages qui donne au livre une certaine lourdeur ou un aspect factice. C’est d’autant plus dommage que le commissaire Habib, le jeune inspecteur Sosso ou d’autres personnages ont parfois des profils simplistes.

    A cela j’ajoute aussi que l’enquête même de la malédiction du lamantin souffre également de quelques défauts. Ce n’est pas grave que le suspens soit diffus, ce que compense le côté ethnographique. En revanche, le rythme du livre est assez inégal, parfois mal maîtrisé et l’enquête est bouclée avec une facilité relative. Elle peut même sembler bâclée.   

    Au final, la malédiction du lamantin me laisse quand même sur ma faim. A voir si je me laisse tenter par d’autres aventures du commissaire Habib, mais c'est mal barré. 

  • Un juif pour l’exemple – Jacques Chessex

    jacques-chessex-un-juif-pour-l-exemple.jpgL’histoire que raconte Jacques Chessex se déroule en 1942 à Payerne, dans le canton de Vaud, en Suisse. C’est un fait divers qui l’a marqué alors qu’il était enfant. On a tué un juif pour l’exemple. En effet, Arthur Bloch, commerçant en bestiaux, a été la victime d’un crime atroce, qui est l’écho de l’horreur nazie et de la deuxième guerre mondiale dans la faussement neutre et paisible Suisse.

    Après le vampire de Ropraz, Jacques Chessex continue de ferrailler avec la mémoire de son canton pour en exhumer des histoires terribles. Comme s’il avait envie de troubler l’image paisible qu’on peut naïvement en avoir ou en donner. Peut-être pour tendre à ses concitoyens et à tous un miroir qui en dit finalement long sur l'infini de la bêtise humaine, en général.

    Le style est épuré, les phrases acérées et tranchantes. Jacques Chessex débarrasse également son récit de toutes fioritures. Il en fait une mécanique percutante, simple et directe qui donne un côté implacable au crime. Il y a une violence qui sourdre d’une langue et d’un texte pourtant économes en effets. A chaque fois, il suffit de quelques mots pour dire l’essentiel. L’écrivain Suisse vise juste.

    Il plante d’abord le décor. A l’intérieur, un contexte économique dégradé, le chômage etc. A l’extérieur, le IIIe Reich et son idéologie nauséabonde, en branle pour sa marche triomphante. Ensuite, viennent les protagonistes. Rien que du typique malheureusement. Un pasteur dévoyé représentant de la légation nazie, caution intellectuelle et morale, et de pauvres hères rongés par la frustration qui sert d’alibi à la haine pluriséculaire du juif.

    Voici Fernand Ischi, le garagiste Gauleiter et sa clique qui conçoivent et mettent à exécution leur horrible péché sous nos yeux. Un juif pour l’exemple, donc. Plongée dans les méandres du mal en gestation, puis à l’œuvre. Et toutes les questions que l’on ne peut éviter de se poser, assénées par Jacques Chessex. Noir lyrisme par moments. Où était Dieu ? Pourquoi ? Regrets ? Culpabilité ? Rédemption ? Un livre simple, taillé dans le dur. Petite réussite. 

  • Les crapauds brousses – Tierno Monénembo

    9782757816691FS.gifAprès ses années d’études d’électricité à l’étranger, en Hongrie, Diouldé est de retour au pays, des idéaux plein la tête. Seulement voilà, tous ses idéaux se heurtent rapidement à la réalité du pays du dictateur Sa Matrak - la Guinée de Sékou Touré. Il rêvait d’apporter sa pierre à l’édification de sa patrie après les indépendances, de contribuer au progrès à sa façon, électrifier les villages. Finalement, il s’englue dans un environnement rongé par la corruption, le népotisme, le clientélisme.

    Ce que Tierno Monénembo décrit dans la première partie de son livre est très intéressant. C’est la faillite d’une jeunesse Africaine (pas uniquement celle de retour de l’étranger), dont les promesses, les illusions, les ambitions s’effondrent. Les jeunes hommes du roman constituent une sorte de classe moyenne qui n’arrive pas à éviter les écueils de ses aînés dont elle a pourtant parfaitement connaissance. Il y a une forme de fatalité, en partie due au contexte politique, qui emporte leur envie et leur détermination. Un peu de facilité aussi. La fête, l’alcool, les filles, l’argent recouvrent les mots de révolte, de renversement, de changement et de progrès qu’ils osent encore prononcer sans trop y croire.

    Ce qu’il y a d’ironique dans le livre, c’est que ce sont ces mots qui causent indirectement la perte de Diouldé et de ses amis, alors que pour eux la révolte n’est sans doute plus qu’une plaisanterie. La chute de Diouldé est l’occasion pour Tierno Monénembo de faire coulisser encore plus le livre vers la dénonciation de la violence, de la répression, de la criminalité du système dictatorial de Sa Matrak. C’est le lit des charognards et des opportunistes dont deux portraits sont faits (Gnawoulata et Daouda). Il est vraiment dommage que cette dénonciation de la guinée de Sékou Touré perde son souffle à la fin du livre.

    En fait dernière partie du livre m’apparaît ratée et moins convaincante. Tierno Monénembo centre alors son intrigue sur la femme de Diouldé. Le récit de la transformation de cette dernière, de son émancipation, est un peu bâclé. Il en est de même pour celui de la fuite d’un groupe de résistants hors de la capitale. A ce moment là, le livre est assez fade, quelque peu brouillon, et finit par se conclure sur la naissance et l’affirmation de la résistance armée au régime de Sa Matrak aux frontières du pays.

    A noter que Tierno Monénembo aborde le traditionnel choc entre la modernité et la culture traditionnelle en Afrique. Le mariage d'amour de Diouldé est à ce titre symbolique. La présence de sa famille et plus précisément du couple de ses parents dans le récit sert aussi d'illustration à cette thématique. Ces thèmes sont par ailleurs traités de manière très classique par l'auteur guinéen.

    Les crapauds-brousses est la première œuvre de Tierno Monénembo. Elle annonce le romancier convaincant de L’aîné des orphelins. Elle a les défauts d’une œuvre de jeunesse. Parfois maladroite, un peu naïve, et surtout lestée par sa conclusion, elle n'en demeure pas moins intéressante par à coups.

    Très inégal.