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Littérature Française - Page 2

  • Dans le désert – Julien Blanc-Gras

    index.jpgLe succès de Julien Blanc-Gras s’explique sans doute par ce que la quatrième de couverture appelle sa bienveillante ironie, qu’il promène un peu partout sur le globe de livre en livre. Ce n’est pas un écrivain voyageur classique pas plus qu’un voyageur lambda du tourisme de masse. Il est quelque part entre les deux. A la recherche d’aventures mais sans tomber dans l’extrême ou dans la pose, il promène son air débonnaire et son regard critique acéré en touriste lucide, qui sait ne pas bouder les plaisirs simples de la découverte et de l’ailleurs.

    Dans le désert, écrit dans la veine de ses ouvrages précédents, fait plus particulièrement écho à Briser la glace, dans un jeu des contraires. Il propose de s’aventurer dans la péninsule arabique et plus particulièrement au Qatar et aux Emirats arabes unis – un peu au Bahreïn et à Oman – pour appréhender cette partie du monde qui charrie bien des fantasmes, des idées reçues et de l’incompréhension. Plus que de désert, il s’agit ici de gaz et de pétrole, d’islam et de tradition, d’argent et de culture, de passé et d’avenir.

    Dans le désert est un livre plaisant, qui ne ménage pas ses efforts pour décrire l’univers singulier de ces monarchies pétrolières. Riche en anecdotes et en situations cocasses ou ubuesques, il bénéficie de la plume franche, alerte et drôle de son auteur. Il arrive même à en dire beaucoup sur ces pays un peu mystérieux qui résistent à nos tentatives de compréhension ou d’assimilation. Pourtant, le livre s’avère être un demi-échec. Julien Blanc-Gras nous apprend finalement peu de choses sur cette zone du monde. Rien qu’un reportage léger à la télévision, une lecture en diagonale d’articles de presse ou même l’omniprésent bruit de fond de l’actualité n’ait suggéré ou révélé.

    Il manque un petit plus, un supplément d’âme présent dans la plupart de ses ouvrages et c’est peut-être un enseignement en soi du livre et une partie de ce qu’il a à dire. A de rares exceptions près, notamment dans les dernières pages, la rencontre avec les habitants de ces pays et leur réalités n’existe pas ou est ratée, lisse. Comme si Julien Blanc-Gras était un peu passé à côté de ces pays malgré lui, malgré tous ses efforts. Simplement parce que ces pays n’offrent pas beaucoup de prises, parce qu’ils nécessitent probablement une autre approche, un mode d’investigation différent, plus poussé. Il est bien plus facile d’y fréquenter les étrangers, les expatriés, qui il est vrai, y représentent la majorité des habitants…  

    OK.

  • Un papa de sang – Jean Hatzfeld

    hatzfeld.jpgJean Hatzfeld poursuit inlassablement son œuvre construite autour du génocide Rwandais et localisée plus précisément dans la région du Bugesera entre les villes de Nyamata et Ntarama où périrent plusieurs centaines de milliers de Tutsis. Après s’être intéressé aux victimes du génocide dans dans le nu de la vie puis à leurs bourreaux dans une saison de machettes, il s’est ensuite penché sur le retour des génocidaires hutus sur leurs terres dans la stratégie des antilopes mais aussi sur un destin et un personnage uniques dans Englebert des collines. Que lui restait-il à explorer sur ce sujet vers lequel il n’a cesse de revenir, comme pour essayer de l’épuiser sans y parvenir ? Les enfants, la descendance, l’après génocide plus de vingt ans après.

    Jean Hatzfeld revient sur ces terres pour interroger à nouveau ces personnes qu’il connaît très bien et avec qui il a tissé des liens véritables qui dépassent le cadre de son œuvre littéraire. Il vient les retrouver eux et leurs enfants. Il vient demander à ces derniers comment ils vivent, appréhendent et gèrent un héritage aussi lourd que celui du génocide. Ce n’est pas une mince affaire pour ceux qui étaient encore des bébés pendant ces tragiques évènements ou qui sont carrément nés bien après ces temps obscurs de gérer ce fardeau. Qu’ils soient enfants de génocidaires ou de rescapés, hutus ou tutsis, quelle est leur version de ce qui s’est passé ? Comment l’ont-ils forgée ? Comment voient-ils leurs proches, leurs parents qui ont tué ou qui ont survécu ? Quelle est aujourd’hui leur perception des personnes de l’autre ethnie ? Quelles relations ont-ils avec eux ? Comment envisagent-ils leur futur, celui de leur pays ?

    Jean Hatzfeld arrive à faire parler enfants et parents dans un système de regards croisés. Il contextualise d’abord sa rencontre avec le protagoniste à qui il offre la parole dans une mécanique bien établie et huilée depuis ses premiers ouvrages. Il sait restituer ces voix qui racontent la difficulté du quotidien post-génocide et qui révèlent leurs peines, leurs rancœurs, leurs frustrations, leurs espoirs et leurs craintes. Il pointe avec beaucoup de justesse et une bienvenue économie de pathos, les obstacles qui se dressent sur la route de ces jeunes gens. Un papa de sang montre une fois de plus la sensibilité de Jean Hatzfeld qui peut-être mieux que personne a réussi à ouvrir en grand nos esprits sur la réalité de ce génocide à travers des histoires, des figures et des moments puissants.

    A l’instar de ses autres œuvres sur le génocide dont il est complémentaire : dur, fort, touchant et indispensable.

  • L’ordre du jour – Eric Vuillard

    Lordre-du-jour.jpgL’ordre du jour est dans la lignée des derniers ouvrages d’Eric Vuillard comme Congo ou Tristesse de la terre. C’est un récit basé sur des recherches documentaires. Il nous propose donc de revivre la période qui précède la seconde guerre mondiale en se concentrant sur deux points. Le premier concerne l’implication du milieu des affaires allemand dans la folie hitlérienne au nom du sacro-saint business et des bénéfices. Le second porte sur les dessous de l’annexion de l’Anschlüss qui semble avoir plus relevé du coup de bluff que ne le disent les livres d’histoire.

    Il est toujours intéressant d’en apprendre plus sur cette période sombre de l’histoire et Eric Vuillard s’efforce de jeter une lumière nouvelle sur la période nazie précédant la seconde guerre mondiale. Il s’appuie sur une minutie dans la description des évènements et la recherche de détails qui auraient échappé au grand public. Il faut néanmoins avouer que c’est plus compliqué que pour Tristesse de la terre qui parlait de Buffalo Bill, moins bien connu. La compromission du milieu des affaires avec le nazisme n’est pas vraiment un secret et les éléments révélés sur l’Anschlüss ne sont pas forcément essentiels pour les profanes. A trop vouloir chercher l’envers du décor et le détail, Eric Vuillard devient ennuyeux par séquences.

    L’ordre du jour s’inscrit dans une veine que l’auteur poursuit depuis quelques livres et qui n’est pas suffisamment convaincante. Il manque souvent à ces histoires, un peu de profondeur, de la richesse et du souffle. Ces récits brefs, se contentent donc de faits et d’un ton un peu tragi-comique qui met l’histoire à distance et s’en servent sans forcément la servir. Une fois la méthode connue, l’ennui, le pantouflage ne sont pas très loin. Pour quelques faits historiques d’importance ou pas, il faut quand même enchaîner des pages d’une d’une narration transparente.

    Le problème de ce livre est en fait, même pour un récit, il manque tout simplement d’un peu plus de littérature...

    Quelconque.

    Prix Goncourt 2017...