Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Littérature Française - Page 2

  • L’art de revenir à la vie – Martin Page

    Martin page.jpgVoilà plusieurs années que je n’avais pas lu Martin Page. Je n’avais pas été complètement emporté par certaines de ses productions et l’avais un peu lâché en route. J’en gardais néanmoins un excellent souvenir en pensant à Comment je suis devenue stupide ou encore à une parfaite journée parfaite, c’est sans doute la raison pour laquelle je me suis attaqué à ce dernier opus malgré le grand risque que présentait à mes yeux son intrigue : un auteur de 41 ans venu à Paris pour rencontrer une productrice décidée à adapter un de ses livres découvre fortuitement une machine à remonter le temps qui lui permet de rencontrer à plusieurs reprises dans les années 80 son moi de 12 ans avec lequel il entame une relation compliquée.

    Oui, l’histoire était clairement casse-gueule, il y avait là une énorme occasion de se planter et pourtant Martin Page a réussi à ne pas le faire et à livrer un roman plaisant, intelligent et qui ne manque pas d’humour et ne cède pas à la nostalgie facile. Il y a dans ce livre tout ce qui me plaît chez lui. D’abord, une grande inventivité dans les situations et les personnages qui sont un peu improbables : il suffit de penser à son ami Joachim ou  la productrice Sanaa, à sa machine à remonter le temps ou encore aux péripéties liées à son contrat de travail avec Sanaa. Ensuite, la légèreté d’une écriture qui est très plaisante, subtile, un peu détachée et qui épouse parfaitement le propos du livre. Enfin, l’intelligence et la tendresse avec laquelle il se penche sur son double adolescent pour dire son inadaptation, sa difficulté à vivre et ses rêves secrets.

    L’art de revenir à la vie n’est pas un chef d’œuvre mais c’est un livre maîtrisé, sans longueurs, inventif et agréable. C’est simple mais touchant, juste et en plus Martin Page s’en sort avec le dénouement.

    Bon moment de lecture.

  • La conjuration – Philippe Vasset

    La conjuration.jpgLes livres de Philippe Vasset dénotent de la production contemporaine française. Ils n’ont rien de classique et ne cherchent pas vraiment à plaire. Ils ont le mérite de se confronter à la réalité de notre monde moderne et d’accorder une grande importance à la géographie et à la matière documentaire qui les nourrit. Ils essaient avec discrétion et intelligence, une bienvenue distance et un zeste d’humour parfois, de dire quelque chose de notre époque. La conjuration n’y déroge pas.

    C’est un livre assez déroutant dont il faut dépasser l’aspect errant et le parti pris narratif un peu rigide pour en savourer la force et en apprécier l’intérêt. Il faut d’abord saluer l’idée de départ dans ce qu’elle a de corrosif. Il s’agit de construire une secte comme une entreprise marchande. Dans une démarche purement business et marketing dans la droite lignée de l’esprit économique dominant. Le benchmarking du marché de la secte et des possibilités d’y trouver une place libre est savoureux. Si la mise en œuvre de cette entreprise n’est pas toujours excitante dans son exécution littéraire par Philippe Vasset, sa force est incontestable. Philippe Vasset se joue autant de la religion – et des sectes – tout comme de l’économique.

    La conjuration est encore plus saisissant et réussi dans l’aboutissement du roman avec la création effective de cette secte. Il s’agit à ce moment-là presque d’une geste révolutionnaire, d’un manifeste contestataire contre notre mode de vie contemporain. Le dénouement est hautement subversif avec la création d’une idéologie de la transparence, de l’effacement, de la disparition, de la négation de soi qui vient heurter les idées d’identité, d’autorité, d’affirmation de soi, de consumérisme, mais aussi d’occupation de l’espace public et privé. C’est à ce moment-là qu’on se rend compte qu’on a bien fait de dépasser les passages un peu longuets, la progression narrative qui patine un peu dans l’avènement de cette nouvelle religion et le ton volontairement professionnel.

    La conjuration, c’est aussi un livre sur Paris et les interstices urbains en général. Ces espaces dans la ville ou dans sa proximité qui échappent aux règles administratives, urbanistiques, etc. Le livre est une errance dans un Paris alternatif qui réjouira les connaisseurs de la capitale. C’est aussi un éloge de la marche et un précis très riche et très documenté des espaces vides et des marges d’une cité toujours plus dense, qui repousse ce qu’elle ne peut digérer dans ces zones grises.

    Original, déroutant, intelligent, subversif.

    Bien.

  • Paris Gare du Nord – Joy Sorman

    Paris gare du nord.jpgUn petit livre né d’un projet relativement singulier de Joy Sorman. Passer une semaine entière à Gare du Nord, à Paris, en totale immersion dans ce lieu emblématique de la ville. Il ne s’agit pas d’être à l’extérieur de la gare ou dans un train ou un métro mais bien d’être dans la gare elle-même et d’évoquer sa propre vie avec les gens qui y passent, y travaillent et y vivent en quelque sorte. A différentes heures de la journée, Joy Sorman sonde cette sorte d’organisme qui ne connaît quasiment jamais de repos en réalité.

    Accréditée par la SNCF, elle nous fait vivre de l’intérieur l’organisation, les services et le personnel qui fait tourner plus ou moins sans incident majeur et sans encombre ce lieu démentiel qui voit transiter près de 700 000 personnes par jour. Un chiffre sans équivalent en Europe. Toujours de l’autre côté du miroir, elle observe la faune et les problèmes qui viennent rythmer la vie de la gare et donc celle de ceux qui travaillent pour la gare. Il est dommage qu’elle reste ainsi éloignée de la matière même de la gare du Nord.

    C’est là où le livre pêche. Ce n’est pas un reportage sur la SNCF alors il aurait sans doute fallu que Joy Sorman sorte de ce corridor dans lequel elle évolue durant ces sept jours –finalement assez peu pour saisir l’esprit ou l’âme d’un tel lieu ? – pour aller auprès de ces filles qui arnaquent les passants à l’aide de leurs pétitions ou auprès de ces jeunes hommes qui font de la prostitution masculine – plutôt rare !

    Sans doute, aurait-il fallu que Joy Sorman aille vers les commerçants, vers certains passagers, pour recueillir plus de matière, d’anecdotes, pour ne pas être uniquement tributaire de la semaine qu’elle a passé à la gare durant laquelle elle reconnaît volontiers que peu de choses spéciales se sont effectivement passées. Finalement, on n’est pas loin de l’ouvrage publicitaire ou de la brochure d’information…

    Aucun intérêt à part quelques données ou chiffres que l’on doit pouvoir glaner sur le net ou auprès de la SNCF.

    Passez votre chemin.