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Littérature Française - Page 2

  • Baïkal-Amour – Olivier Rolin

    Baikal amour.jpgLe Baïkal-Amour, c’est l’autre transsibérien, cinq mille kilomètres de voies ferrées qui commencent en réalité avant le lac Baïkal et qui finissent bien après le fleuve amour, à la fin du continent eurasiatique. C’est donc un long trajet qui est entrepris par Olivier Rolin dans la Russie profonde. Pendant plusieurs semaines, l’auteur de Tigre en papier, infatigable voyageur, traverse cet immense territoire entre passé et présent, histoire et géographie, description et réflexion.

    Il y a un amour irrationnel de la Russie chez Olivier Rolin qui transpire de Baïkal-Amour. A travers ce voyage, il part un peu à la recherche de l’âme slave, cette chimère qui n’a cesse d’agiter tous les passionnés de la Russie. Olivier Rolin décrit un monde diablement et doublement rude, âpre, dans lequel il croit trouver l’explication du caractère des russes.

    D’un côté, c’est une nature hostile qu’il dévoile tout au long de son périple. Un climat glacial qui est combiné à des paysages monotones, entre steppes, taïga et étendues d’eau gelées qui s’étendent sur d’énormes distances. De l’autre côté, ce sont des villes et des villages qui ont essaimé le long du rail lors de la construction de cette ligne et qui sont à quelques exceptions près en totale déréliction. C’est un monde délabré, désenchanté, marqué par les stigmates de l’histoire qui remontent toujours à la surface.

    Pendant son voyage, Olivier Rolin s’attache à raconter l’entreprise titanesque et inhumaine qu’a été la construction chaotique de ce chemin de fer qui s’est étendue sur plusieurs décennies. Elle a été souvent l’œuvre des prisonniers des goulags, les fameux Zeks dont les destins, les fantômes émaillent le livre. Olivier Rolin en profite donc pour faire un peu d’histoire et un peu d’actualité. Par petites touches, sans être pesant, toujours pour scruter cette âme russe profonde qui semble si loin de Moscou ou de Saint- Pétersbourg et qui suinte les regrets de l’ère soviétique et d’un autre monde.

    Olivier Rolin chemine sur cette ligne BAM en suivant, et en rappelant à notre mémoire, d’illustres écrivains prédécesseurs que sont entre autres Anton Tchekhov et Varlam Chalamov. Le premier évoquait déjà une Russie impitoyable alors qu’il allait visiter un bagne sur l’île de Sakhaline à la fin du XIXème siècle alors que le second a raconté la vie des zeks dans ses récits de la Kolyma. Parlant de ces auteurs qui l’accompagnent, Olivier Rolin médite sur le voyage, la littérature et sur la Russie avec un certain flegme et une lucidité un peu amère qui sont plutôt plaisants.

    Intéressant et agréable.

  • Briser la glace – Julien Blanc-Gras

    Briser la glace.jpgFidèle de Julien Blanc-Gras, c’est avec un plaisir certain que je me suis jeté sur Briser la glace. Depuis Touriste, c’est une joie de pérégriner avec cet écrivain voyageur moderne et original. Que ce soit aux îles Kiribati comme dans le paradis (avant liquidation) ou encore en Amérique latine dans Gringoland, son premier roman. Avec Briser la glace, il part à la découverte du Groenland, explorant l’immense territoire d’outre-mer du Danemark par la côte, à bord d’un voilier, accompagné de deux marins aguerris et d’un peintre.

    Cette équipée est l’occasion pour lui de découvrir la navigation, plus particulièrement en eaux glaciales et parsemées d’icebergs. C’est surtout une immersion dans un univers polaire qu’il arrive à raconter avec l’intelligence, l’humour et la distance qui le caractérisent. Ce qui fait aimer Julien Blanc-Gras, c’est ce regard décalé mais non moins acéré qui raconte un peu l’extraordinaire mais surtout le quotidien en essayant de dire de manière juste, l’essentiel. Il n’est pas vraiment à la recherche du sensationnel et n’est pas un de ces intrépides aventuriers, souvent donneurs de leçons, et c’est toujours rafraîchissant.

    Dans ce périple, il essaie de faire émerger sous nos yeux les paysages uniques du Groenland avec son climat glacial, ses icebergs, ses nuances de blanc, sa faune de phoques, de baleines. On a notre quota d’images et d’aventures nautiques. Le récit de voyage est aussi mâtiné d’histoire pour raconter un peu plus du Groenland, avec ce qu’il faut de pédagogie pour être passionnant sans être chiant.

    Julien Blanc-Gras ne se contente pas de fournir des images et des histoires. Avec son sens aigu de l’observation, il profite de sa rencontre avec la population locale (ou quelques spécimen étrangers) pour raconter sans y toucher aux difficultés que rencontre cette population confrontée à la disparition de leur culture traditionnelle face à une culture mondialisée et plus particulièrement celle du Danemark. Il dit le piège intérieur qui fait le lit de l’alcoolisme et de bien d’autres maux qui gangrènent une société qui a pourtant survécu et s’est adapté à un milieu très hostile.

    La voici maintenant confrontée à des enjeux d’envergure. Une autonomie qui pourrait ouvrir les voies de l’indépendance et surtout les questions environnementales et écologiques pour eux qui sont aux premières loges du réchauffement climatique avec entre autres la fonte de la banquise. Comment résister aux sirènes du reste du monde devant leurs ressources et préserver quelque chose de leur mode de vie et de leur identité ?

    Fin, drôle, dépaysant.

    Bien.

  • Un certain M. Piekielny – François-Henri Désérable

    Pikielny.gifDans le chapitre 7 de la promesse de l’aube, Romain Gary raconte une scène de son enfance à Vilnius concernant un certain M. Piekielny, un habitant de son immeuble qui a un peu cru aux prédictions ambitieuses de sa mère sur son glorieux avenir.  De ce discret personnage, on ne saura pas grand-chose à part la demande effectuée au jeune Roman Kacew qui dit s’être appliqué à la satisfaire bien des années plus tard: « Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny ».

    Qui est donc ce M. Piekielny ? C’est la question à laquelle essaie de répondre François-Henri Désérable dans ce livre. Il saisit là l’occasion d’écrire une enquête littéraire plutôt intéressante et inédite dont le contexte historique offre une riche matière : la disparition des juifs dans une Vilnius tour à tour polonaise, nazie puis russe. Les recherches sur M. Piekielny permettent également d’aborder de manière plus large la vie et l’œuvre de Romain Gary à qui l’auteur voue un certain culte. Elles sont l’occasion d’une subtile réflexion sur la création littéraire, le mensonge et la vérité.

    Un certain M. Piekielny est un livre un peu inégal mais très plaisant. Il est original dans la quête de son fameux personnage éponyme. Passionnante au début et à la fin du livre, la recherche de M. Piekielny est plutôt longuette par moments. Insuffisante à tenir le livre sur la durée, elle souffre des nombreux passages inventés par un François-Henri Désérable en panne sèche dans son enquête. Elle est aléatoirement soutenue par le propos sur Romain Gary qui est à la fois attachant pour les admirateurs de son œuvre dont je fais partie et limité car on n’y apprend pas grand-chose.

    Le livre reste pourtant un véritable plaisir de lecture. François-Henri Désérable a un certain sens de l’humour et arrive à entraîner ses lecteurs à travers des chapitres plutôt courts et vifs et par l’intermédiaire d’un style direct. Il interpelle constamment son lecteur et à l’audace de se livrer à lui en s’écartant du récit et de la fiction. Il n’hésite pas à se mettre en scène et à mêler de l’autofiction à son entreprise littéraire. De la genèse de sa vocation littéraire à la cuisine romanesque même de ce livre en passant par quelques réflexions littéraires, il emprunte des chemins de traverse qui révèlent progressivement des ponts entre eux.

    Très plaisant sans être totalement convaincant, cet exercice inégal, parfois bavard, ne manque pas d’intelligence, d’humour et  par moments de brio.

    OK.