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Littérature Française - Page 5

  • Conversation après un enterrement - Yasmina Reza

    9782226192493g.jpgTout est dit dans le titre. Alex, Edith et Nathan viennent de dire adieu à leur père et se retrouvent à converser de tout sauf du défunt. Ils étalent en fait leurs fragilités et les histoires qui les rongent, dessinant des lignes de fractures entre frères et sœurs. Le nœud des tensions, c’est Elisa, l’ancienne compagne d’Alex qui s’est jetée dans les bras de Nathan le frère aîné. Sa présence à l’enterrement est un choc pour Alex qui s’enfonce dans une humeur ténébreuse et ruminant sa frustration face à ce frère traître, si maître de lui-même, qu’il admire secrètement pour une vie supposément plus réussie ou aboutie. Entre ses frères, Edith ne peut que prendre des coups perdus tout en déplorant une ambiance délétère que parviennent difficilement à rendre comique un oncle et son ingénue d’épouse, également présents dans la maison familiale.
    Conversation après enterrement est une pièce d’un intérêt plutôt limité. Il y a effectivement dans cette pièce, un minimalisme exacerbé qui lui nuit profondément. Les personnages sont plutôt monolithiques, avec une psychologie à peine dessinée. Ils se résument à une esquisse plutôt brouillonne autour de cette histoire de femme partagée entre deux frères. L’enterrement qui est censé être le cadre permettant à ces conversations d’advenir paraît plutôt artificiel, éloigné. La mayonnaise ne prend que par intermittences car l’ensemble est souvent banal. Les répliques ne font pas toujours mouche, flottant parfois dans un vide que Yasmina Reza a créé.
    Conversation après un enterrement n'exploite pas assez son potentiel pour pleinement exister et convaincre même si son matériau de départ peut paraître intéressant, même s’il arrive à générer quelques fugaces moments d’émotion, même si l’effet de comique autour du personnage de l’oncle prend parfois. Le potentiel que recèle conversation après un enterrement n'est finalement pas si bien exploité et la pièce peine à marquer le lecteur.

    Moyen.

  • L’homme du hasard - Yasmina Reza

    L'homme du hasard.jpgParis-Francfort, un homme et une femme se retrouvent seuls dans un compartiment de train. Chacun est perdu dans ses pensées. Deux monologues à priori déconnectés mais qui se révèlent rapidement reliés. La femme est en train de lire l’homme du hasard, le dernier ouvrage de l’écrivain renommé Paul Parsky qui n’est personne d’autre que l’homme en face d’elle, qu’elle a reconnu.
    Cette pièce de théâtre joue sur plusieurs ressorts évidents : une mise en abyme potentielle avec son titre qui est celui du livre que la femme a entre les mains, un autre jeu autour du titre au sujet du hasard qui amène de manière improbable l’écrivain à se retrouver face à une femme en pleine lecture de son dernier ouvrage, une tension ou un suspens sur ce dont peu accoucher une telle mise en situation de ces deux personnages.
    Malheureusement aucun de ces ressorts ne fonctionne pleinement et il est difficile de dépasser une sensation de vacuité et d’inabouti à la lecture de cette pièce. Il y a un aspect artificiel dans ces procédés qui est encore plus criant en raison du minimalisme de la pièce.
    Restent maintenant les deux monologues qui constituent pour chacun des personnages des regards en arrière – contraste facile avec le train qui avance etc. Ces derniers sont plutôt banals avec cet écrivain un peu misanthrope, doutant quelque peu de la valeur de certains de ses ouvrages, et cette femme qui hésite sentimentalement. Une épaisseur proche du néant et un ton froid n’aide pas à donner de la chair à ces personnages de papier.


    Une première rencontre très décevante avec Yasmina Reza.
    Déjà oublié.

  • L’œil du purgatoire – Jacques Spitz

    L'oeil du purgatoire.jpgPoldonski est un peintre ambitieux et vaniteux qui aimerait toucher au génie mais qui n’entrevoit que la médiocrité. Abîmé dans une aigreur envers son entourage et le monde entier, la jouissance des plaisirs charnels ne suffit plus à l’écarter de l’idée du suicide. C’est à ce moment-là qu’il est l’objet d’une expérience folle qui va radicalement transformer son expérience de la réalité. Son nerf optique, infecté par un bacille lui permet de voir l’avenir des choses périssables, chaque jour un peu plus loin dans le temps. Un monde s’effondre pour le peintre qui voit la pourriture et le néant gangrener un univers de moins en moins tangible et gérable au quotidien pour lui. Partout, des ruines, des cendres, des cadavres, des squelettes et bientôt uniquement de la poussière et du néant. La désintégration totale.
    Le présent vieilli, le concept autour duquel est bâti le roman, est vraiment original et vaut à lui tout seul le détour. C’est un véritable tour de force que de poursuivre jusqu’au bout cette idée d’une perception nouvelle de la réalité. Jacques Spitz en renouvelle l’intérêt et en tire le maximum avec des trouvailles épatantes (l’utilisation de la photographie, la mise en scène d’un monde des idées…). Avec beaucoup d’habileté cette idée est aussi utilisée pour créer une expérience esthétique unique et assez troublante autour des thèmes de la décomposition, de la mort, de l’invisible et du vide.
    Le livre est en effet d’une force visuelle saisissante avec des images remarquables et des descriptions mémorables qui déroulent cet univers qui s’étiole. Une atmosphère de chute, sombre, putride même, exhale de l’aventure d’un Poldonski qui s’enfonce dans le désespoir et dans la marginalité au fur et à mesure que sa vue se dégrade ou plus exactement dégrade le monde. Le lecteur est totalement immergé, happé dans cette illusion optique qui possède une beauté morbide et captivante et qui est également utilisée comme ressort par Jacques Spitz pour mener une réflexion subtile sur différents thèmes.
    L’œil du purgatoire s’interroge ainsi sur l’art, posant des questions sur son évolution (décomposition ?) sur l’essence du génie. Le regard unique que ce dernier peut poser sur le monde, en décalage avec ses contemporains, sa solitude face à son époque, sont illustrés par l’expérience visuelle vécue par Poldonski. La réflexion dépasse largement le thème de l’art pour aborder plus généralement le rapport à autrui: par l’intermédiaire du corps, mais aussi par l’expression d’une misanthropie qui est paroxystique au début du livre ou encore par le dénouement dont il ne faut rien révéler. La mort, omniprésente, est en fait l’opportunité pour Jacques Spitz d’aborder sous un angle original, des thèmes classiques.

    Chef d’œuvre élégant et dérangeant.