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Littérature Allemande - Page 4

  • L’honneur perdu de Katharina Blum - Heinrich Böll

    blum.jpgKatharina Blum, femme de ménage discrète, honnête et droite, appréciée dans les milieux bourgeois se rend au commissariat de police et avoue le meurtre de Tötges un journaliste. Quelle mécanique infernale a pu mener cette fille solitaire à ce crime ? Böll remonte le fil de l’histoire. C’est le coup de foudre de Katharina pour Götten, un criminel, après une seule soirée qui est le point de départ de cette tragédie. En l’aidant à fuir le lendemain de leur rencontre, elle ne sait pas dans quel engrenage elle met le doigt. Elle va être la proie des journaux à sensations qui vont lui gâcher la vie et la conduire à l’impensable. C’est une charge féroce de l’auteur allemand contre cette forme de journalisme extrême et sans scrupules, sans déontologie. Il dénonce à travers les affres subies par son héroïne, les mensonges, les méthodes peu scrupuleuses, les faux témoignages, les détournements de propos et surtout le cannibalisme impudique de cette presse. Malheureusement, Böll a voulu donner à son récit une forme d’objectivité et d’originalité en le livrant comme un rapport impersonnel et distancié des évènements. Le récit pâtit de ce choix. Il faut donc faire avec une certaine lourdeur, une relative désincarnation du récit, un peu moins percutant, plaisant qu’il n’aurait pu l’être.

  • L’ami retrouvé - Fred Uhlmann

    ami retrouvé.jpgC’est une histoire d’amitié touchante entre deux lycéens à l’orée des temps sombres de l’Allemagne. L’un est juif, l’autre seulement allemand. Une distinction qu’ils vont ignorer jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Alors l’histoire va les séparer. Mais avant, l’antisémitisme, la folie brune auront eu le temps de se mêler à leur amitié. Le récit est sobre, et l’histoire d’amitié d’abord très (trop ?) classique. Il faut seulement attendre la seconde partie du récit pour que les choses se gâtent. Cette structure très (trop ?) simple a le mérite d’être efficace dans sa dénonciation du nazisme. Le texte plafonne avec son dénouement qui est une véritable leçon de courage. C’est une lecture surtout très bénéfique aux plus jeunes. Elle manque peut-être pour les autres d’un peu de complexité ainsi que d’un petit plus difficile à définir. Peut-être simplement que les livres - de qualité - concernant cette période sont nombreux..

  • Amok - Stefan Zweig

    amok.jpgAmok ou le feu, la folie de la passion dans tout ce qu'elle a d'extrême, d'aliénant et de fascinant, d'effrayant aussi. Ce recueil est composé de trois nouvelles dont le cœur est à chaque fois, la passion amoureuse et le mécanisme d'action, la divulgation du secret. Que ce soit dans Lettre d’une inconnue ou la ruelle au clair de lune ou le fou de Malaisie, Stephen Zweig installe rapidement et facilement une atmosphère émotionnellement chargée et d'une densité follement attirante.

    L'Amok est là, le mystère douloureux de la passion, totalitaire, cruelle. On peut aimer jusqu'à la folie, jusqu'au meurtre, jusqu'à l'avilissement, dans le silence, dans la douleur les plus profonds, jusqu'à l'autodestruction. Stefan Zweig est avant tout un formidable conteur d’histoires. Il a un sens de la narration qui plonge son lecteur dans l'addiction de ses histoires envoûtantes. Son pari est de faire ressentir à son lecteur la passion dévastatrice qui emporte l’humain au-delà du rationnel, du conventionnel pour en faire une créature différente, pathétique et à la fois extraordinaire. Et il est réussi car Stefan Zweig sait jouer la carte de la proximité avec le lecteur - récits sous formes de confessions, lettres, aveux surprenants au narrateur, etc - ainsi que celle du cheminement - lyrique - dans le dédale du cœur et des sentiments.

    On a des sueurs froides devant le visage possédé, la vie dévastée des héros perdus par la passion et le secret. En même temps, on a le cœur qui bat plus vite, qui prend un peu plus de place dans la poitrine, gonflé par le feu de ces histoires. On a envie d’être consumé par la même passion, tout en étant effrayé. Beaucoup de profondeur dramatique et humaine.

    Brûlant.