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Science-Fiction - Page 5

  • Les menhirs de glace – Kim Stanley Robinson

    les-menhirs-de-glace-kim-stanley-robinson-9782070313044.gifXXIIIème siècle, Mars, une révolution éclate contre le comité, instance dirigeante suprême plutôt portée sur l’autoritarisme. Au même moment quelque part dans l’espace, l’expédition davydov profite de cette diversion pour mettre à exécution un plan fou minutieusement préparé : tenter la grande aventure, partir explorer l’espace à l’aide de vaisseaux minéraliers volés et modifiés. 3 siècles plus tard, la révolte martienne a été écrasée et sa mémoire est victime d’un mensonge d’état. Et si la Sédition n’était pas ce qu’en dit le comité ? Et si la version officielle trahissait la vérité ? C’est ce que cherche à démontrer le professeur Hjalmar Nederland en fouillant les ruines de New Houston, dernier bastion des insurgés. Au même moment, un monument mégalithique constitué de blocs de glace est découvert sur Pluton : Icehenge. A-t-il quelque chose à voir avec la Sédition comme le pense le professeur Nederland ? Ou relève-t-il d’une incroyable mystification  comme tente de le prouver plus d’un siècle après l’obstiné Edmond Doya ?

    Cette intrigue pluriséculaire est bâtie sur un postulat, celui d’une humanité qui a repoussé les limites de l’âge et qui tutoie plutôt facilement le millénaire sans que la mémoire n’ait pu suivre. La Mémoire, l’Histoire, l’oubli écrivait Paul Ricoeur en 2003, c’est le trio au centre du livre de Kim Stanley Robinson. Dans la mesure où la mémoire n’est que d’une centaine d’années sur une durée de vie de 1000 ans, qu’une grande partie de l’existence des hommes tombe dans l’oubli, l’histoire, les activités humaines prennent un sens différent. C’est ce à quoi sont confrontés les personnages du livre de Kim Stanley Robinson. La question n’est pas anodine : que valent nos liens de parenté, l’amour, l’engagement, l’action sur une telle durée de vie ? Surtout si nous sommes condamnés à l’oubli ?

    C’est une question que Kim Stanley Robinson traite en filigrane – seulement - à travers les journaux des trois personnages : Emma Weil - qui a participé aux évènements de la Sédition, Hjalmar Nederland et Edmond Doya. Il ne lui donne malheureusement pas assez de force, préférant surtout insister sur la manipulation politique et historique autour de la révolution martienne et d’Icehenge. Qui a construit ce monument ? Quand ? Pourquoi ? C’est un choix regrettable au vu de la longueur du roman et malgré les interrogations face auxquelles se retrouvent ses personnages sur l’objectivité, le sens de l’histoire, ses trous béants, ses vérités révisables, sa manipulation par le politique etc. devant le mystère d’Icehenge

    Si la construction romanesque est plutôt habile, difficile de ne pas trouver que Kim Stanley Robinson est parfois ennuyeux à force de longueurs, de passages pas forcément inintéressants mais trop étirés, d’un jargon pas tant abscons – encore que - qu’omniprésent. L’intérêt du livre est diminué, noyé malgré des personnages forts et des problématiques passionnantes. Le roman finit par tourner comme un derviche autour de quelques éléments et par décevoir ou fatiguer le lecteur. Kim Stanley Robinson est passé à côté d’un roman plus fort et plus riche.

    Très moyen. 

  • La séparation – Christopher Priest

    La-S-paration.jpgSaviez-vous que le 10 mai 1941, Rudolph Hess, haut-dignitaire nazi, considéré à un moment comme le dauphin du Führer, s’est envolé à bord d’un Messerschmitt en direction du Royaume-Uni dans l’intention de discuter des possibilités d’une paix entre le IIIème Reich et Albion ? Parachuté en catastrophe au-dessus de l’Ecosse, Hess est arrêté et emprisonné jusqu’au procès de Nuremberg durant lequel il est condamné à perpétuité pour complot et crime contre la paix. Il s’est finalement suicidé en 1987 après vingt années passées comme le dernier pensionnaire de la prison de Spandau. Alors, fou Hess comme accusé par Hitler à l’époque ? Initiative personnelle d’un romantique, d’un ambitieux ou d’un visionnaire ?

    Le premier pari réussi par Christopher Priest est celui de faire de la seconde guerre mondiale, le contexte de la séparation. Des jeux olympiques de Berlin de 1936 au Blitz sur le Royaume Uni, l’auteur anglais restitue quelque chose de l’ambiance qui a prévalu de la montée du nazisme jusqu’à l’apocalypse de la guerre totale de 39-45. Du roman ressortent des images saisissantes, une perception aigüe des  enjeux qui ont nourris ces moments clés, notamment en 36 et 41 : comment les jeux olympiques de Berlin constituaient une vitrine du fascisme triomphant d’Adolph Hitler, comment la question juive était déjà omniprésente, comment la population de Londres a subi de plein fouet le Blitz et a résisté, dans quelle mesure les frappes aériennes d’un côté comme de l’autre constituaient des boucheries aveugles, quelle a été l’importance du rôle de Winston Churchill, entre autres dans le moral de la nation, et bien sûr le mystère de l’arrivée de Rudolph Hess au Royaume-Uni.

    C’est à travers des personnages fouillés, tellement humains, que Christopher Priest appréhende ce morceau d’histoire. Les frères jumeaux Sawyer, au cœur du roman, sont le fondement d’une dualité qui ne cesse d’être brouillée et remise en question par l’auteur.  Alors que l’un est un pacifiste forcené dans la tradition familiale, objecteur de conscience au service de la croix rouge en tant qu’ambulancier pendant la guerre, l’autre est un pilote émérite au service de la RAF. C’est pourtant le premier qui est imprégné des questions politiques et qui rejette le nazisme dès les jeux olympiques de 1936 alors que le second apparaît plutôt éloigné de ces considérations. Trajectoires dissemblables et complexes qui ouvrent des réflexions sur la gémellité, se recoupent en raison du lien filial, de l’amour porté à la même femme, juive rescapée de Berlin, de profondes interrogations métaphysiques sur la nature de la guerre et surtout Rudolph Hess et sa tentative de traité entre l’Allemagne et le Royaume-Uni.

    La tentative de Rudolph Hess est un pivot du livre, à partir duquel Christopher Priest se lance avec maestria dans ce qui est plus qu’une uchronie. Et si en fait Rudolph Hess avait réussi ? La question brutalement posée par Christopher Priest est de taille : la paix à tout prix ? Quelle paix et quelles conséquences ? La formidable structure narrative du livre dépasse la simplicité d’une rupture historique à partir d’un instant T qui dessinerait une autre ligne du futur pour se lancer dans quelque chose de plus complexe et de plus intéressant sur le plan littéraire et celui de l’imaginaire. Assez rapidement, le lecteur croît comprendre la coexistence de deux univers, celui que nous connaissons qui a vu la défaite de l’Axe en 1945 et un autre qui a vu réussir la tentative de paix de Rudolph Hess. Dans les deux cas, l’un des frères jumeaux Sawyer se trouve confronté à Rudolph Hess et à sa proposition de paix et joue un rôle crucial dans la suite des évènements.

    Seulement voilà, folie, rêve, histoire, fictions, néant ? Tout s’emmêle et plus rien n’est vraiment clair. Mais où sont donc les lignes de démarcation ? Où ? La réalité est-elle celle que nous connaissons, l’autre qui a vu Rudolph Hess réussir ou autre chose ? Progressivement Christopher Priest construit un jeu de pistes et de miroirs qui fait du lecteur un jongleur de réalités. Un jeu pervers qui peut perdre le lecteur peu exigeant à coup de similitudes, de convergences, de ruptures et de renvois. A la fin de la séparation, le talent de Christopher Priest est manifeste. Brisant les codes de l’uchronie,  il a écrit un des chefs d’œuvre de la science-fiction. C’est tout simplement habile, sinueux, brillant, profond.  

    A lire.

  • L’homme dans le labyrinthe – Robert Silverberg

    9782290332887.jpgMais qu’est ce qui a bien pu pousser Richard « Dick » Muller à se réfugier depuis neuf ans dans le terrifiant labyrinthe bâti et abandonné par une civilisation extraterrestre inconnue sur la planète Lemnos ? La mission conduite par l’ambitieux homme de pouvoir Charles Boardmann, vieille connaissance de Dick Muller, a-t-elle une chance d’atteindre le cœur du labyrinthe où se terre ce dernier et de l’en faire sortir ? Quelle est donc la raison impérieuse qui justifie un tel déploiement de moyens pour le seul Muller ? Le jeune Ned Rawlins sera-t-il à la hauteur du rôle que lui a attribué Charles Boardmann malgré sa naïveté et ses scrupules ?

    Robert Silverberg sait y faire en matière de suspens pour réussir à agripper son lecteur en attente des réponses aux questions évoquées ci-dessus. Malgré cela il y a plusieurs moments de flottement dans le livre. La découverte du labyrinthe et de ses pièges – une exploration minutieuse portée par la tension du risque mortel que l’on peut rapprocher de celle de Rendez vous avec Rama d’Arthur Clarke – n’est pas suffisante en soi. Même si l’expédition de Charles Boardmann pour atteindre Müller est riche de mésaventures. C’est divertissant par à coups, mais on est en droit d’attendre plus. Notons quand même que le livre perd en intensité, s’essouffle dès que le terrain de jeu s’éloigne du labyrinthe dans le dernier tiers du récit.

    Alors décevant, l’homme dans le labyrinthe ? Oui, très. Robert Silverberg dresse face à face des personnages assez caricaturaux, simplistes par moments. Il ne maîtrise pas forcément le jeu psychologique – finalement assez basique - qu’il met en scène. Il y avait clairement moyen d’aller plus loin avec ses personnages voire dans la trame de ses intrigues et des possibilités de ces dernières. Robert Silverberg aborde directement plusieurs thèmes comme une situation de premier contact, la survenue de mutations humaines, etc. mais sans forcément de brio. En fait l’impression générale laissée par le livre le rapproche par certains côtés de la SF moyenne de l’âge d’or, qui ne lésine pas sur les effets, les ficelles et les dialectiques assez grossières.

    Il y a pourtant une idée très intéressante dans ce livre, c’est celle du mal dont est victime Richard Müller, la misanthropie, l’exclusion qui en ont découlé, la fatalité qui veut que ce mal puisse finalement servir au plus grand nombre après avoir été une sorte de punition face à l’Ubris, l’ambition démesurée de ce personnage. Est-ce suffisant ? Assurément non.

    Je ne conseillerai pas la lecture de L’homme dans le labyrinthe à grand monde.