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Littérature Italienne - Page 4

  • Le poids du papillon – Erri De Luca

    papillon.jpgCa faisait un moment que j’avais envie de découvrir Erri De Luca qui jouit en France d’une certaine renommée ou en tout cas d’une réelle visibilité dans les médias et les rayons de librairie. C’est donc chose faite avec Le poids du papillon…qui ne restera pas dans mes annales.

    Ce très court récit est celui d’une opposition entre un braconnier, ancien révolutionnaire devenu chasseur ermite et le mâle dominant d’un troupeau de chamois dans les alpes italiennes. Les deux créatures sont sur le déclin et le savent. Leur duel revêt une importance d’autant plus particulière que c’est le chasseur qui a abattu la mère du chamois. Au milieu de tout ça, il y a le papillon dont il ne faut pas trop en dire sur le rôle d’arbitre dans le dénouement. Même si ce dernier est révélateur de ce qui cloche dans ce livre.

    Tout est un peu trop gros et lourd dans le poids du papillon. On est saturé d’images faciles, usées, le long des pages. Erri De Luca est vraiment convenu dans sa mise en scène du chasseur, comme du chamois et même du décor hivernal et montagneux des alpes. Il y a une impression de déjà vu, de stéréotypes et de clichés qui rendent la lecture plutôt longue malgré le nombre réduit de pages. La poésie qui pourrait se dégager de l’ensemble est irrémédiablement gâchée au détour d’une page par une guimauve de sentiments éculés prêtés aux personnages. Je pourrais faire quelques concessions aux thuriféraires du style de l’écrivain italien, mais cela ne changerait pas grand-chose à l’affaire.

    Si je ne compte pas en rester là avec Erri De Luca, très grande est ma déception. Heureusement que c’est court. 

    Quelconque. Déjà oublié.

  • Cinq questions de morale – Umberto Eco

    9782246561613.gifCe livre est un recueil de cinq textes d’Umberto Eco qui sont à l’origine des conférences ou des interventions. Ils concernent 5 thèmes dont l’actualité est toujours brûlante et qui concernent des secousses profondes qui animent la civilisation occidentale. Avant de survoler chacun de ces thèmes, je tiens à souligner le caractère accessible de chacun de ces textes ainsi que la vigueur et l’originalité de la pensée d’Umberto Eco qui ne se lasse pas de surprendre et donc de stimuler le lecteur.

     

    1/ Penser la guerre est un collage de 2 textes parus respectivement à l’occasion de la première guerre du golfe et de l’intervention militaire de la communauté internationale au Kosovo. Si on peut rester prudents devant l’impossibilité et l’inutilité de la guerre comme le proclame Umberto Eco, force est de reconnaître la mise en lumière qu’il fait des difficultés de mener et de gagner les guerres au sens traditionnel. Depuis le caractère néfaste pour des pans de l’économie en passant par l’impact des opinions publiques et l’interpénétration du village global jusqu’à la nécessité de faire le moins de victimes, il nous montre que les enjeux de la guerre ont changé et qu’elle n’est peut-être plus « efficace ». Une réflexion à apprécier au regard de l’intervention US en Irak et Afghanistan.

     

    2/ Le fascisme éternel est un texte qui essaie de préciser la nature polymorphe et insidieuse du fascisme et donc d’expliquer sa renaissance et sa menace permanente sur les démocraties du monde entier. Umberto Eco distingue le fascisme d’autres types de totalitarismes et surtout définit un ensemble de 14 traits intrinsèque du fascisme. Une grille de lecture intéressante.

     

    3/ Sur la presse, est un rapport présenté devant le Sénat italien et qui porte sur les difficultés de la presse en raison notamment de la concurrence des autres médias. Ce qui est frappant dans ce texte, est la perception aigüe qu’à Umberto Eco de la tabloïdisation progressive, du grégarisme et des enjeux financiers et rédactionnels de la presse. Si l’auteur italien semble très (trop ?) remonté contre l’influence de la télé et des hommes politiques à ce sujet, il perçoit également la menace internet alors que le rapport n’est écrit qu’au milieu des années 90. Notons qu’Umberto Eco propose une voie de secours qui n’est pas la tendance actuelle en raison du degré d’exigence et des moyens qu’elle demande. Il souligne les dangers d’un quatrième pouvoir défaillant et dénaturé.

     

    4/ Texte le moins abouti à mes yeux alors qu’il porte sur un sujet qui m’intéresse, Quand l’autre entre en scène. C’est un morceau de la correspondance d’Umberto Eco avec le cardinal Martini sur l’éthique naturelle et celle fondée sur la transcendance ou la foi. Il aurait tout simplement fallu développer un peu plus.

     

    5/ Les migrations, la tolérance et l’intolérance est un collage de textes. Je veux souligner leur caractère original sur le thème de l’immigration. La distinction que fait Umberto Eco entre migration et immigration est vitale pour un regard neuf sur les mouvements de population. Sujet d’actualité s’il en est. Le lien est tout trouvé avec une réflexion sur le caractère naturel et profond de l’intolérance qui nécessite un travail d’éducation à la base. Rien de novateur dans ce 2ème texte, surtout comparé à celui sur l’intolérable qui propose ni plus ni moins que de redéfinir constamment notre seuil d’intolérable et de sortir de nos règles communes à chaque fois qu’il nous semble avoir atteint quelque chose que nous ne pouvons plus supporter.

     

    Ouvrage intéressant, pistes de réflexion ouvertes sur ces sujets.

  • Dernier noël de guerre – Primo Lévi

    Le-dernier-noel-de-guerre.jpgCe recueil a été constitué de nouvelles de Primo Lévi qui ne font pas partie d’autres recueils mais qui sont parues dans ses œuvres complètes au titre de pages éparses. Et le moins que l’on puisse dire après lecture de ces textes courts est qu’ils sont de natures différentes et donc forcément inégaux.


    Pour commencer par les nouvelles qui me sont apparues comme les moins intéressantes et les moins réussies, je vais évoquer les interviews d’animaux. Primo Lévi se glisse dans la peau d’un journaliste qui interviewe une girafe, une taupe, une araignée ou encore une bactérie logée dans l’intestin humain. En quelques mots : l'humour tombe à plat et ce que ces nouvelles ont à nous dire sur les hommes et leur société est souvent banal, provoque un certain ennui et un profond désintérêt. C’est vraiment dommage que ces nouvelles occupent une place importante dans le recueil.


    Les nouvelles d’inspiration vaguement fantastique, ou encore teintées de science-fiction forment le deuxième contingent du recueil. Si En une nuit possède un certain mystère que je recommande d’explorer et que le Buffet ou encore Etat civil ont des touches plaisantes d’humour et de décalage, Les fans de Spot de Delta Cep s’avère être une nouvelle ratée. Ces nouvelles sont globalement peu marquantes et pas d’une folle originalité.


    Les nouvelles en forme de souvenirs de Primo Lévi sont les plus réussies. La fin du gars de Marineo ou encore la chair de l’ours sont des textes qui portent une certaine intensité, un propos intéressant et font montre d’un art narratif plus captivant à défaut d’originalité. Il n’est pas non plus surprenant que la nouvelle la plus aboutie et la plus marquante du recueil soit celle qui donne son titre à ce dernier. Dernier noël de guerre est un témoignage poignant et fort dans la veine de ceux qui ont fait la notoriété de Primo Lévi – Si c’est un homme, la trêve


    Ce recueil de nouvelles assez décevant peut relancer la question de la valeur des œuvres de Primo Lévi hors témoignages incontournables et capitaux concernant son expérience des camps de la mort.