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Nouvelles - Page 2

  • L’Iguifou, nouvelles Rwandaises –Scholastique Mukasonga

    Iguifou.jpgCes nouvelles de Scholastique Mukasonga sont un parfait écho à son livre Inyenzi ou les cafards. Elles auraient pu prendre place dans ce dernier, s’intercaler entre quelques chapitres de l’autobiographie de l’auteur pour donner encore plus de chair –si c’est possible - à son récit. Bien entendu il n’est pas besoin d’avoir lu Inyenzi ou les cafards pour reconnaître la valeur et l’intérêt de ces nouevlles.

    Dans la nouvelle éponyme, l’Iguifou, Scholastique Mukasonga raconte la faim, celle d’une enfant au bord de la défaillance tout simplement parce qu’elle n’a pas assez à manger. Cette faim dont elle nous dit les tourments a pour cadre, la période durant laquelle l’auteur a vécu en tant que déportée ethnique dans la région de Nyamata au Rwanda à la fin des années 50.

    La nouvelle, la peur, essaie de traduire ce que c’est que de vivre dans la peau d’un Tutsi, de ressentir la peur, de vivre avec elle constamment vissée à ses entrailles, parce qu’à tout moment, on peut être la victime d’un Hutu. Après tout, on n’est jamais que des Inyenzi ou des cafards. Scholastique Mukasonga dit comment la peur marque, conditionne envahit tout l’espace mental et reste quelque part nichée dans la mémoire, peut-être pour toujours. Elle en profite aussi pour dire les exactions qui sont à l’origine de cette peur vorace.

    Le malheur d’être belle est à mes yeux, la nouvelle la moins intéressante. Elle raconte l’histoire d’Helena, une fille Tutsi, maudite d’une certaine façon en raison de sa beauté et qui connaît une trajectoire glauque vers les limbes, à base d'exil, de prostitution, d'exactions. Un destin à la Hubert Selby Jr – remember Tralala in Last exit to Brooklyn - façon Rwanda, dimension ethnique en plus.

    Le deuil est une nouvelle qui renvoie à la dernière partie du livre Inyenzi ou les cafards. Elle raconte comment Scholastique Mukasonga a fait face au génocide et au deuil qu’il implique, alors qu’elle était loin de chez elle. Les tourments du deuil et du retour au pays, pour ses morts, ceux dont les noms sont inscrits sur la feuille de papier, c'est la substance de cette nouvelle.

    La gloire de la vache est une nouvelle qui raconte l’importance de la vache dans la culture Tustsi, et donc la tristesse de ces derniers lorsqu’ils se sont retrouvés exilés à Nyamata sans leurs troupeaux. Comme amputés d’une partie d’eux-mêmes, de leur histoire. Le souvenir des vaches a hanté les déportés. Ils ont essayé de transmettre à leur descendance, ce pan de leur culture lié aux vaches. Où l’on comprend que d’une certaine façon, c’était une première mort, une attaque contre leur culture que de priver ces hommes de leur vaches.

    Un recueil de textes qui marquent par une voix qui dit avec simplicité et force, la douleur, la peur, le mal, le deuil, le souvenir.

  • Dernier noël de guerre – Primo Lévi

    Le-dernier-noel-de-guerre.jpgCe recueil a été constitué de nouvelles de Primo Lévi qui ne font pas partie d’autres recueils mais qui sont parues dans ses œuvres complètes au titre de pages éparses. Et le moins que l’on puisse dire après lecture de ces textes courts est qu’ils sont de natures différentes et donc forcément inégaux.


    Pour commencer par les nouvelles qui me sont apparues comme les moins intéressantes et les moins réussies, je vais évoquer les interviews d’animaux. Primo Lévi se glisse dans la peau d’un journaliste qui interviewe une girafe, une taupe, une araignée ou encore une bactérie logée dans l’intestin humain. En quelques mots : l'humour tombe à plat et ce que ces nouvelles ont à nous dire sur les hommes et leur société est souvent banal, provoque un certain ennui et un profond désintérêt. C’est vraiment dommage que ces nouvelles occupent une place importante dans le recueil.


    Les nouvelles d’inspiration vaguement fantastique, ou encore teintées de science-fiction forment le deuxième contingent du recueil. Si En une nuit possède un certain mystère que je recommande d’explorer et que le Buffet ou encore Etat civil ont des touches plaisantes d’humour et de décalage, Les fans de Spot de Delta Cep s’avère être une nouvelle ratée. Ces nouvelles sont globalement peu marquantes et pas d’une folle originalité.


    Les nouvelles en forme de souvenirs de Primo Lévi sont les plus réussies. La fin du gars de Marineo ou encore la chair de l’ours sont des textes qui portent une certaine intensité, un propos intéressant et font montre d’un art narratif plus captivant à défaut d’originalité. Il n’est pas non plus surprenant que la nouvelle la plus aboutie et la plus marquante du recueil soit celle qui donne son titre à ce dernier. Dernier noël de guerre est un témoignage poignant et fort dans la veine de ceux qui ont fait la notoriété de Primo Lévi – Si c’est un homme, la trêve


    Ce recueil de nouvelles assez décevant peut relancer la question de la valeur des œuvres de Primo Lévi hors témoignages incontournables et capitaux concernant son expérience des camps de la mort.

  • L’aleph – Jorge Luis Borges

    9782070296668.jpgL’aleph est un recueil de dix sept nouvelles originellement paru dans les années 50. Uniques, ces nouvelles portent l’empreinte de Jorge Luis Borges. C'est-à-dire, outre le fait qu’elles comportent souvent une dimension fantastique, une atmosphère d’étrangeté, elles suintent l’érudition et sont truffées de références littéraires, historiques, culturelles, directes ou implicites. Ce sont des constructions originales qui ouvrent des pistes de réflexion sur des thèmes classiques : l’immortalité, la vengeance, etc. Parfois, les nouvelles de Jorge Luis Borges ne tiennent que sur un concept, une idée autour de laquelle est brodé avec plus ou moins de réussite le texte. Ce qui peut amener à relativiser  la valeur de certaines de ses nouvelles. Mais celles d’aleph dont je rends compte ci-dessous sont en majorité réussies et font montre d’une rare intelligence:

    1/ L’immortel : une nouvelle réussie sur l’immortalité et sa quête. Elle a un rythme soutenu avec un enchaînement d’aventures qui mêlent mythologie, histoire et littérature – on y croise Homère…L’idée : le contraire de toute chose existe quelque part.

    2/ Le mort : l’histoire d’un argentin qui devient bandit en Uruguay et, très ambitieux, désire grimper dans sa bande jusqu’à être Calife à la place du Calife. Ca ne se passe pas comme prévu. Nouvelle plaisante, avec un dénouement surprenant. Rien de plus.

    3/ Les théologiens : nouvelle sur la bataille entre Aurélien et Jean de Pannonie, deux gardiens de l’orthodoxie chrétienne qui démontent les hérésies. Tous les deux finissent sur le bucher. Ironie. Nouvelle aussi sur la jalousie et le talent car c’est Aurélien qui amène la chute de Jean, bien plus brillant. Nouvelle très intéressante et très érudite.

    4/ Histoire du Guerrier et de la Captive : réflexion sur l’intégration et l’assimilation qui prend à la fois appui sur l’histoire d’un guerrier longobard au sixième siècle et celle d’une anglaise chez les indiens. Nouvelle intelligente.

    5/ Biographie de Tadeo Isidoro Cruz : c’est une nouvelle sur la découverte subite et brutale de sa nature profonde, de sa destinée par un homme. L’illustration par l’histoire de Tadeo Isidoro Cruz vaut surtout pour sa chute.

    6/ Emma Zung : Ma nouvelle préférée. La vengeance machiavélique d’une jeune fille. Brillant stratagème.

    7/ La demeure d’Astérion : Une nouvelle qui fait référence à la mythologie et à l’un de ses personnages d’un point de vue interne. Original et mystérieux jusqu’à son dénouement.

    8/ L'Autre Mort : nouvelle sur les modifications de l’histoire et les paradoxes spatiotemporels qui est péniblement illustrée à travers les doutes et les changements dans la biographie d’un gaucho.

    9/ Deutsches Requiem : Une de mes nouvelles préférées du recueil. Le nazisme vu de l’intérieur. Après la défaite, avant son exécution, les pensées d’un bourreau sur ce qu’a été cette idéologie et son application. Glacial.

    10/ La Quête d'Averroës : nouvelle un peu ennuyante sur le sens des mots, avec un Averroes qui bute lors de la traduction d’Aristote sur les mots comédie et tragédie.

    11/ Le Zahir : ou le thème de l’obsession. Il s’agit ici d’une pièce de monnaie. Bof.

    12/ L'Écriture du Dieu : Une nouvelle à l’atmosphère étrange, très prégnante, à l’histoire originale entre la folie, l’obsession et le mystique. Un homme enfermé avec, de l’autre côté des barreaux qui séparent la cellule en deux, un jaguar. Il est à la recherche d’une phrase, d’un mot ultime pour se libérer (Cf.UNDR)

    13/ Abenhacan et Bokhari mort dans son labyrinthe : l’histoire d’un homme qui se cache dans un labyrinthe pour échapper à un poursuivant. Une espèce d’histoire policière dont la solution révèle une histoire autre que celle qui est d’abord perçue. Exercice intéressant, pas inoubliable.

    14/ Les deux Rois et les deux labyrinthes : Très courte et très brillante. Nouvelle sur la nature polymorphe du labyrinthe qui n’est pas toujours ce qu’on croit. Une histoire de vengeance aussi.

    15/ L'attente : peut-être lue comme une histoire sur la destinée. Un homme se cache visiblement par peur de quelque chose qui relève de l’inéluctable. Pas si originale mais bien construite.

    16/ L'homme sur le Seuil : une nouvelle plutôt faible sur ce qui est arrivé à un juge impitoyable, délégué par l’administration anglaise en Inde, pour ramener l’ordre dans une province.

    17/ L'Aleph : dommage que l’idée originale de cette nouvelle, l’aleph lieu ou objet qui permet de voir tout l’univers d’un coup, soit noyée dans une histoire manquant d’intérêt, mais pas de longueurs...

    Ce recueil est à lire.